LENS
ner. Rien d’alarmant dans son état général. Sans être grasse, Mme B... présente un certain embonpoint, mais son entourage ne peut assez nous dire combien elle avait maigri et quelle transformation complète s’est opérée depuis un mois. Le facies est encore un peu pâle, mais la langue est bonne, l’æœdème des jambes a disparu, l’appétit est très satisfaisant. La malade étant dans la position couchée, on constate que la moitié droite de l’abdomen est légèrement plus saillante que la gauche.
Au palper, on sent dans le haut de la fosse iliaque, à trois travers de doigt au-dessus de l’arcade de Fallope, et remontant jusqu’à trois travers de doigt au-dessus de la crête iliaque, une tuméfaction grosse comme un œuf de dinde, peu douloureuse, sonore à une percussion superficielle, mate à une percussion profonde. Quand on appuie fortement sur cette tuméfaction, il semble qu’elle soit réductible. Et, de fait, on voit apparaître un peu de pus au niveau d’un orifice fistuleux, placé un peu à droite et au-dessous de l’ombilic. Un stylet introduit par cet orifice fistuleux nous permet d’explorer la fistule. Il pénètre tout entier dans le trajet, se dirigeant de haut en bas et de dedans en dehors pour venir aboutir au niveau de l’épine iliaque antéroinférieure. Le toucher vaginal et rectal est absolument négatif.
Nous pouvions nous demander si nous étions en présence d’une adénopathie secondaire, à un cancer du cœcum, à une suppuration péri-cœcale par ulcération cancéreuse du cœcum (le fait, pour rare, n’est pas cependant exceptionnel), ou à une suppuration péri-appendiculaire. C’est ce dernier diagnostic qui nous parut le mieux expliquer la reprise de l'appétit, de l’embonpoint et des forces, après l'évacuation spontanée du pus. Cette « véritable résurrection », pour employer l’expression de
ceux qui la soignaient, n'aurait jamais pu se produire, s’ils’était
agi d’un cancer cœcal, D'autre part, la connaissance des accidents intestinaux antérieurs, des poussées d’entéro-colite auxquelles notre malade était sujette depuis de longues années, militaient en faveur de l’appendicite.
Au reste, l’indication opératoire nous paraïssait formelle.
Il fallait donner une large issue au pus. Une mcision parallèle à l’arcade de Fallope nous conduisit dans une cavité de parois fongueuses. Cette poche fut lavée et drainée. Au bout de quinze jours, le drainage n’était plus nécessaire. Au bout d’un mois, la cicatrisation était complète. Quant à la fistule ombilicale, elle s'était fermée spontanément trois jours après la contre ouverture. La malade est aujourd’hui dans un état de santé parfaite, et la fosse iliaque droite est presque aussi dépressible que la
gauche.