‹ Contribution à l'Étude de l'Appendicite aiguë au cours de la Gestation (Travail de la Clinique Obstétricale)Chapitre 9 sur 63 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les premieres observations historiques interessant uotre étude furent publiées par FINDLEY dans un a’ticle de l’American Journal of Obstetrics de

Cet auteur rapporte deux cas cités par EDEBOHLS dans sa Revue d'Histoire et Littérature de l'Appendicite.

Le premier cas fut observé par MESTIVIER en 1759 : il s’agissait d’une femme atteinte d’une crise appendiculaire dans le huitième mois de sa gestation. Cependant, il n’y eut pas de vérification nécropsique.

Le deuxième cas constitue la première observation d’appendicite au cours de la puerpéralité, confirmée par l'intervention. Cette intéressante chservation fut publiée dans The Lancet en 1848 et présentée par HANocx à la Clinical Society de Londres. Ce praticien avait drainé un abcès appendisulaire survenu au cinquième mois d’une grossesse. La malade avorta quelques jours après, mais guérit.

En 1885, Korn communiqua à la Société de Gynécologie de Dresde lobservation d’une femme morte de péritonite au sixième mois d’une grossesse. À l’autopsie, il avait constaté une péritonite généralisée consécutive à une perforation appendiculaire,

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Ces quelques observations ne présentérent tout d’abord qu’un simple intérêt de curiosité, l’appendicite étant encore méconnue.

L'année 1886 fut le point de départ de recherches nombreuses sur cette affection, à la suite de la publication du Mémoire original de REGINALD Firz qui fit de l’appendicite une entité clinique, substituant ainsi à la vieille conception imprécise de typhlite d’ALBERS, de BoNN la notion de lésions initiales intéressant l’appendice iléo-cæcal.

Les observations d’appendicite chez la femme enceinte ne tardèrent pas à apparaitre et c’est ainsi qu’en 1890 et 1891, SriIMSON, HIRST et WiIGGiN en publièrent plusieurs cas.

De 1894 à 1895 les travaux de Paul MunDE viennent préciser les relations qui existent entre les lésions appendiculaires et la grossesse. Cet auteur montre la fréquence relative de l’appendicite chez la femme enceinte, insiste sur sa gravité et la nécessité d’un traitement chirurgical.

En 1897, ABRAHAMS, dans un article de l’American Journal of Obstetrics, confirme les travaux précédents.

Dans le courant de la même année, TUFRIER et LEGENDRE rapportent en France la première observation et insistent également sur le caractère de gravité de l’affection.

DiEüLaroy consacre à cette étude la seizième

leçon de ses Cliniques de l'Hôtel-Dieu de 1897-

En 1898 et 1899, le Professeur PINARD présente à l’Académie de Médecine une première étude

or

d'ensemble résultant de l’analyse de 45 cas, et aboutit aux conclusions suivantes :

L’appendicite peut apparaître à n’importe quel moment de la gestation qui semble y prédisposer.

L’appendicite est grave pour la mère et pour l'enfant (11 morts maternelles et 15 morts fœtales).

Le diagnostic est souvent facile et doit être précoce, permettant une intervention également précoce, seul traitement rationnel qui améliore considérablement le pronostic.

En 1900, Pixarp publie de nouveaux cas dans les Annales de Gynécologie de Paris.

De nombreuses thèses ont paru en France sur cette question :

JARCA (Paris, 1898)

BAPTISTE (Lyon 1899)

PERES (Toulouse, 1900). Envisage le traitement médical.

PENARD (Paris, 1912). Recueille 137 ob-

servations et résume tous les travaux publiés.

KOUTSIEFF (Bordeaux, 1914). Envisage l’'appendicite comme facteur des vomissements incoerci-

bles.

GLOTAIN (Paris, 1915)

Homsy (Bordeaux, 1918). Etudie l’appendicite chronique ét la grossesse.

CHAPUT (Bordeaux, 1923). Insiste sur le

diagnostic différentiel,

Air

Boury (Paris, 1925) SEGUY (Paris, 1927). Fait une mise au

point complète de la question ct étudie les indications opératoires et les différentes

techniques.

VIGOUROUX (Bordeaux, 1928) SZILAGYI (Paris, 1929) FILHASTRE (Bordeaux, 1930) PIGEAUD (Paris, 1931)

En 1914, VAUTRIN rapporte dans les Annales de Gynécologie et d'Obstétrique une série d’observations relatives aux erreurs de diagnostic.

Par la suite bien des observations et discussions ayant trait à la pathogénie, à la fréquence et au traitement de cette affection, ont paru sur les différentes revues médicales et plus particulièrement dans le Bulletin de la Société d'Obstétrique et de Gynécologie de Paris. Nous aurons l’occasion de rappeler, au cours de notre étude, l’essentiel de ces nombreux travaux.

Parmi les auteurs allemands qui ont étudié lPappendicite au cours de la gestation, retenons surtout les noms suivants :

BouE qui, en 1903, réunit 76 cas.

Fur qui décrit la disposition anatomique de l’appendite pendant la grossesse, (1905)

FELLNER, envisageant, en 1906, la question du traitement.

RENVALL donnant une étude complète en se basant sur de nombreuses observations

personnelles et sur toutes les observa-

tions de la littérature (1908).

En Italie, les premiers auteurs qui s’intéressérent à cette question furent Crisrazzi (1901) et CATURANI (1913).

Les Anglais et les Américains ont également collaboré à ces recherches par une multitude de publications. Citons, parmi les plus intéressantes, celles de GRATTAN.

Les conceptions actuelles sur l’appendicite au cours de la grossesse, devenues presque classiques, n’ont pas été partagées au début par tous les auteurs, et ce n’est pas sans de vives controverses qu’on a pu enfin établir que cette affection s’observe assez fréquemment et que son seul traitement est l’intervention chirurgicale précoce.

En effet, on a tout d’abord pensé que lappendicite était très rare au cours de la gestaticr ; on a même prétendu que la grossesse constiluait un état réfractaire à l'apparition de l’appendicite.

Cette croyance résultait de lexamen de vastes statistiques comportant des dizaines de mille accouchements

SCHAUTA : 4 cas sur 34.000 accouchements.

RosrTHoRN : 2 cas sur 27.000 accouchements.

Cependant, de sérieuses critiques doivent être faites à ces statistiques.

En premier lieu, de nombreuses erreurs de diagnostic ont pu être commises puisqu'il n’y a pas eu de contrôle nécropsique.

Ensuite, il n'existait pas, à ce moment, de consultations régulières pour les femmes enceintes dans les maternités.

Ces statistiques ne sont donc constituées que

par les cas d’appendicite apparaissant pendant l'accouchement ou les quelques jours qui le précèdent et le suivent. Elles ne permettent pas de conclure sur ce qui s’est passé pendant l’évolution beaucoup plus longue de l’état puerpéral.

es statistiques plus récentes montrent que l’appendicite gravidique est plus fréquente qu’on ne l'avait pensé.

C’est ainsi que RENVALL, en revisant les observations parues dans le journal Jahres Berichten Der Geburtshilflichen Klinik, rapporte 3 cas d’appendicite sur 2.500 accouchements observés annuellement. Il a également noté à la Polyclinique Gynécologique d'ENGSTROM 10 cas d’appendicite sur 1.109 grossesses.

Enfin, le traitement, aujourd’hui uniquement chirurgical, préconisé déjà par les premiers auteurs, mais combattu vivement par d’autres, pour des raisons minimes (principalement ia crainte d'une interruption de la grossesse), est actuellement approuvé et pratiqué heureusement par tous les chirurgiens.

CONDITIONS ETIOLOGIQUES ET PATHOGENIE

La question de la fréquence de l’appendicite chez la femme enceinte, déjà signalée dans le rappel historique précédent, nous paraît d’une telle importance pratique que nous ne croyons pas superflu de revenir sur ce point de vue pour en faire un exposé plus complet.

L'opinion des premiers auteurs qui ont étudié le mécanisme de l’apparition de l’appendicite gravidique fut que la gestation constituait une prédisposition toute particulière au développement de cette affection en raison des modifications générales et locales de l’organisme mater-

nel.

Cependant, FRAENKEL, PONCET, VINAY, BONE, La- BHART, et WEBER ont soutenu que cette complication était rare.

PENARD, dont la thèse très documentée remonte à 1912, bien qu'ayant donné une excellente étude pathogénique des accidents appendiculaires pendant la gravidité en insistant sur les facteurs mécaniques réalisés par le développement de lutérus gravide, prétend néanmoins que celte éventualité est rarement observée,

Comme nous lPavons mentionné plus haut, ces affirmations semblaient justifiées par des chiffres aussi imposants qu’éloquents, provenant de maternités ou de services de chirurgie :

FRAENKEL : 4 cas d’appendicite coexistant avec la grossesse sur 40.000 cas d’affections obstétricales et gynécologiques.

PINARD : 1 cas d’appendicite sur 11.497 femmes entrées à la Clinique Baudelocque du 1er janvier 1898 au ler janvier 1904.

LOBENSTINE : 5 appendicites sur 30.000 gestations au Lying Hospital de New-York.

RouTIER : 12 observations chez la femme enceinte sur 1.300 cas d’appendicite opérés chez des femmes.

CooKkE : 7 appendicites de la gestation sur 731 appendicectomies à l'Hôpital du Mont-Sinai à New-York.

SONNENBURG : 3 observations chez la femme enceinte sur 2.000 appendicite opérées chez des femmes.

Il semble, aujourd’hui que lappendicite soit plus souvent observée au cours de la gravidité. Ce fait est démontré par de récentes statistiques dues tant à une meilleure connaissance de laffection qui [a fait plus souvent suspecter, qu’à une organisation nouvelle des maternités dont certains services spécialisés suivent régulièrement chaque gestante du début au terme de sa parturition.

C’est ainsi que :

COUVELAIRE ‘observe 8 cas d’appendicite sur 13.132 accouchements à la Clinique Baudelocque ;

BRINDEAU, 16 cas sur 12.000 accouchements à Ja Clinique Tarnier ;

CHROBACK (de Vienne), 13 cas sur 15.000 accouchements,

Nous avons pu nous-même, en consultant les archives de la Clinique Obstétricale d'Alger, poar une période de quatre années allant du 1er janvier 1931 au 1er janvier 1935, obtenir les chiffres suivants :

ATINÉES tt. El ee 1931 | 3932 | 1933 | 1934 | TOTAUX Femmes enceintes ..| 840 | 1379 | 1013 | 1035 | 4297 Appendicites ..,... ré! éd mage sr Hd Appendicites au cours Den ere men dé Re de la gestation .... # 3 3 8 18 |

D'où, les proportions suivantes

4,18 appendicites pour 1000 grossesses, et 15,38 appendicites de la gestation sur 100 appendicites.

Dars ces conditions, peut-on, avec VAUDESCAL, quan... ue rare une telle affection, même si elle ne devait s’observer, selon cet auteur, qu’une fois environ sur mille femmes enceintes ?

Nous pensons qu’il est plus exact de considérer Pappendicite comme une complication relativement assez fréquente de la grossesse. Cette notion présentera l’avantage d’alerter le praticien qui n'aura pas tendance à éliminer trop facilement dans la discussion de son diagnostic un état morbide dont l’ignorance, favorisée par une symptomatologie souvent trompeuse exposerait les malades à de sérieux dangers.

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