HISTORIQUE
Les travaux sur la tuberculose de l’appendice étant extrêmement nombreux, il nous paraît impossible de les citer tous, cela dépasserait le cadre de ce travail. Nous puiserons la plupart des données qui vont suivre dans la remarquable monographie de Bonnamour (Journal de Méd. de Lyon, 20 août 1933) qui a grandement contribué à la mise au point de la question.
Les idées ont varié suivant les époques et suivant qu’elles étaient envisagées par des chirurgiens ou par des médecins.
Au début on trouve de nombreuses observations d’appendicite tuberculeuse rapportées par des chirurgiens ayant constaté des complications tuberculeuses de voisinage : péritonites, abcès, fistules. Dix ans après les travaux de Meslier sur l’appendicite, Corbin (d'Orléans) en 1837 publie la première observation d’appendicite tuberculeuse chez un tuberculeux. Vers la même époque Hellowell en Amérique publie un cas semblable chez une fillette bacillaire. A partir de cette date les observations se multiplient, Ce sont celles de Simon (1847), de Dufour, de Broca (à la Société anatomique), d’Albers (1851), de Cless (1853) en Allemagne,
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d’'Habersthon en Angleterre (1857), de Duguet (1869), de Biggs (1888), de Bouilly (1889), de Hartmann, de Roux (1891). En 1892 se place une grosse discussion à la Société de Chirurgie à laquelle Terrier, Bouilly, Richelot, Reclus, Delorme, Reynier prirent part et apportèrent des faits d’appendicites tuberculeuses trai-
tées chirurgicalement. Dans toute cette période nous trouvons aussi des travaux d'ensemble sur la question,
les thèses de Bodard (1844), de Favre (1851), de Crouzet (1859), d’Aynes (1896). Plus récemment, citons les thèses de Petit (1906), de Vignard, de Le Bras (1910), de Mutel (1912), de Mallon (1920), de Brunon (1922). Au point de vue médical la tuberculose appendiculaire n’a pas souvent attiré l’attention, mais les anatomo-pathologistes par contre ont été frappés par la fréquence plus grande qu'on ne le croyait des lésions tuberculeuses de l’appendice. Le premier travail d’ensemble sur ce sujet est celui de Leudet (Arch. gén. de Méd. 1859) qui attribue l’appendicite chronique dans un grand nombre de cas à la tuberculose. Letulle et Weinberg, en 1897 et en 1903 dans la thèse de leur élève Lesueur, faisant l’histo-pathologie de toutes les appendicites, font une place importante à l’appendicite tuberculeuse et aux lésions appendiculaires non spécifiques des bacillaires. Riedel (1898), en Allemagne, apporte une importante statistique d’appendicites d'origine tuberculeuse. De Josselin de Jong (1902), Bouglé (1903) constatent que l’appendicite tuberculeuse est plus fréquente qu’on ne le suppose d'après les données de la clinique et ils insistent sur la néces-
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‘sité qu’il y aurait de faire systématiquement l’examen histologique de tous les appendices enlevés. En 1906 Walther et son élève, Sainte Marie Dodeuil (Th. Paris, 1906), envisagent un rapport nouveau entre l’appendicite et la tuberculose en relatant des cas d’appendicite chronique simulant la tuberculose. De nombreuses observations semblables furent rapportées en 1911 par Faisans, Liégault (Th. Paris, 1911), Bruno, Comby, Siredey, Sergent, Claisse, Walther, de Massary. Enfin, la même année, Sergent pose la question de l'appendicite, cause de tuberculose ; la dyspepsie appendiculaire préparerait le terrain à la germination tuberculeuse. Une forme nouvelle de la tuberculose appendiculaire, la forme hypertrophique, a été particulièrement étudiée par Hartmann et Pillet et à leur suite dans les travaux de Bérard et Patel (1905-1906), Gayet (1908-1909), Leriche (1912), Perrin et Dunet (1922). Les syndromes appendiculaires au cours des infections tuberculeuses générales ont encore fait l'objet des travaux de Patel, Chavannaz (Congrès de Chir. 1905), Gayet et Croizier (1910), Cotte (1912 et 1920), Bérard et Alamartine (1913), Bérard et Vignard (L’appendicite, Masson 1914).
Plus récemment encore, à l'étranger, les travaux de Warwick, de Gatewood, de Silvestri (1920), de Noehren et Muller (1922), de Perera (1927), d’Aaskey, de Popper (1929), de Robles (1930), de W. W., Babcock, de O. Finzi (1932) ont lour à tour traité les différents
aspects de la question.
En France, dans ces dernières années, la tubercu-
lose de l’appendice a connu de nouveau un regain d'actualité. Heitz, dans sa thèse (Lyon 1930), donne une place importante à l’appendicite tuberculeuse dans son étude d'ensemble sur la tuberculose de l’intestin. Toubol (1931) rapporte trois observations d’appendicites précédant immédiatement l'éclosion d’une tuberculose pulmonaire. Il émet l'hypothèse du « terrain lymphatique » commun à ces deux affections. L. Nové-Josserand (1933) publie une intéressante observation montrant les rapports étroits qui peuvent exister entre la tuberculose pulmonaire et l’appendicite bacillaire. Il en déduit des considérations cliniques et thérapeutiques que nous étudions en détail dans cette thèse. Citons enfin, pour lerminer cette énumération un peu longue, le travail de Bonnamour (1933) qui donne au problème, si confus jusqu'à maintenant, des précisions particulièrement nettes.
ÉTIOLOGIE
Fréquence. — Muller en 1909 réunissant de très nombreuses statistiques conclut que 1-2 % de toutes les appendicites opérées sont tuberculeuses. Dans les statistiques publiées par Warwick (1920), ces chiffres varient de 0,2% à 3 % (Deaver et Litz). Pour Hurdon il serait de 1,2 %. Noehren et Muller arrivent à un pourcentage plus fort, 4,4 %. Il semble donc que la proportion des appendicites tuberculeuses de 2 % donnée par Murphy est exacte : l’appendicite tuberculeuse primitive est donc rare.
Les statistiques portant sur des tuberculeux sont plus édifiantes à ce sujet. Letulle, sur 500 autopsies de tuberculeux, a trouvé 144 cas où il y avait des lésions tuberculeuses de l’appendice, soit 28,8 % des cas, dont 132 fois avec quelques autres lésions de l'intestin et 12 fois où la tuberculose de l’appendice existait seule.
Le Bras note 7 à 8 % d’appendicites tuberculeuses chez les tuberculeux, Galouzewski 18 sur 31 autopsies . de tuberculeux. Pour Sabourin, 49-50 %, de tuberculeux se plaindraient de l’appendice. De plus, les faits étudiés par Poncet et Leriche sous le nom de tuberculose inflammatoire,ne se décelant pas par des lésions
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histologiques et n’ayant que des manifestations cliniques, viendraient peut-être augmenter cette proportion.
Bonnamour constate que, 144 fois sur 710 autopsies de tuberculeux, l'appendice présentait des lésions tuberculeuses (16,05 %), chiffre plus fort en réalité (Bonnamour). 7 fois seulement l’appendice était seul atteint.
Nous pouvons donc conclure que :
19 2% de toutes les appendicites sont tuberculeuses ;
20 Environ 25 ‘, de tuberculeux sont atteints d’appendicite tuberculeuse (28,8 % Letulle, 16,05% Bonnamour) ;
30 L’appendicite tuberculeuse isolée sans lésions concomitantes de l'intestin est rare (Letulle 2,4%, Bonnamour 1 %).
Il nous semble cependant que la proportion de 1-2 % d'appendicites tuberculeuses isolées chez les tuberculeux est en réalité beaucoup plus forte quenele prouvent les statistiques portant sur les autopsies. Elles ne nous renseignent, en effet, que sur les cas ayant évolué vers l'extension des lésions, ce que précisément nous cherchons à éviter par un diagnostic précoce.
Age. -— De toutes les statistiques il résulte que c’est dans le jeune âge que l'appendicite tuberculeuse est la plus fréquente. Les deux, les plus typiques, que nous reproduisons, concernent les enfants de 8 et 13 ans.
re)
Dans la statistique de Bonnamour plus de 60 % de cas ont été notés chez des malades de moins de 30 ans.
L'influence des formes de la tuberculose pulmonaire ne semble pas avoir une grande importance à ce sujet. Notons néanmoins en premier lieu les formes excavées et fortement bacillifères.