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HISTORIQUE

La résection, si parfaite qu'elle soit, n’a pas pleinement réalisé les désirs de tous les chirurgiens. Elle à un immense avantage sur les autres opérations pratiquées dans le but de remédier aux luxations anciennes du coude, c’est de refaire une articulation complète, et de rendre au malade un membre semblable à l’autre, et, dans les cas les plus favorables, presque aussi fort et aussi mobile. Mais des chirurgiens, désireux de mieux faire, ont cherché, non plus à créer une articulation nouvelle, mais à remettre les os luxés dans la position qu'ils occupaient avant le traumatisme, et dans l’intégrité des fonctions qu'ils remplissaient; en un mot, ils ont cherché la reslitulio in integrum des parties déplacées, en même temps que la restauration fonctionnelle et potentielle. La chirurgie antiseptique les autorisait à ouvrir larticulation afin d'y chercher les obstacles s’opposant à la réduction et de les supprimer.

En 1847, Blumhardt pratiqua avec succès cette opération sur une luxation du coude en arrière. Il fit deux incisions latérales verticales, en arrière de l’épicondyle et de l’épitrochlée, et par ces incisions, put couper les adhérences et les tissus fibreux, et faire la réduction. Le résultat fut bon. Mais des détails plus circonstanciés font défaut.

Aussi on peut se demander s’il y a eu vraiment ouverture de lPartieulation, et s’il n’a pu se contenter seulement de couper les adhérences superficielles. En tous cas, il eut peu d’imitateurs, et cette opération fit peu de bruit, car trente ans après, Kuster, en 1877, pratiquant l’arthrotomie pour une luxation de l’astragale, signala la possibilité d'appliquer ce mode de traitement aux luxations anciennes des autres Jointures. |

Un an plus tard, Trendelenburg, ayant à traiter un cas de luxation ancienne du coude en dehors et en arrière, fit une incision le long du tendon du triceps en dehors, et tomba sur des productions osseuses, nées sur la partie postéro-inférieure de l’humérus. Il les excisa au bistouri et put alors faire la réduction. Il n’obtint, comme résultat, qu'une flexion à angle droit. Dans un second cas, il fit une incision courbe postérieure, convexe en haut, dont le milieu se trouvait à un centimètre au-dessus du bec de lolécrâne, disséqua la peau jusqu’au milieu de cette apophyse, et sectionna celle-er avec un ciseau. Ne pouvant faire descendre le fragment supérieur, il laissa le bras dans l’extension pendant dix-neuf jours, après réduction, pour permettre la réunion des fragments. Puis, après guérison opératoire, il modifia graduellement la position, en fléchissant par force, jusqu’à ce qu’il eut obtenu un angle droit, ce qui arriva au bout de quatre semaines. |

Peu après, Volker opéra chez un garçon de treize ans, atteint de luxation incomplète en arrière et en dehors, datant de six mois. Il y avait ankylose en extension et compression du nerf cubital, ee qui l’engagea à intervenir. Son incision fut en forme de V à pointe inférieure s’arrêtant sur le milieu de l’olécrâne. Cette apophyse fut mise à nu et divisée; puis 1l coupa les adhérences, disséqua et gratta le tissu fibreux qui remplissait la cavité sigmoïde du cubitus, en adhérant au cartilage, et put réduire les os. Il sutura ensuite l’olécräne en le traversant de part en part, ce qui lui permit de mettre, aussitôt après l'opération, le bras dans la flexion, et

d'obtenir ainsi un résultat satisfaisant. Ge succès l’'engagea à conseiller chaudement cette opération dans tous les cas de luxations anciennes, avec inaptitude complète aux mouvements.

En 1885, Nicoladoni pratiqua, sur le coude luxé, deux arthrotomies, dont les observations. seront rapportées plus loin en détail. Il adopta la méthode des deux incisions latérales de Blumhardt ; puis, la peau divisée, tomba, dans le premier cas sur deux fragments osseux détachés de l’épitrochlée et du condyle interne, qu'il fut obligé d'extraire. Dans le premier cas, il obtint une flexion de 35° à 40° avec diminution de la rotation. Dans le second, il n’eut qu’une flexion à angle droit.

Le Congrès français de chirurgie à Paris, en 1886, mit à l’ordre du jour la question du traitement opératoire des luxations anciennes ; et Moilière, jugeant les divers modes de traitement employés jusqu'à ce Jour, exprima l'opinion que les traitements, autres que la résection, ne lui paraissaient pas favorables, étant données les déformations osseuses que lon rencontre presque toujours dans ces articulations; mais il déclara aussi que, l’arthrotomie, par son but, (pui est la restauration complète et in inlegrum de larticulation luxée, par son innocuité avec nos méthodes actuelles d’antisepsie et «le pansement, enfin par la possibilité de la compléter par la résection, si, après examen direct des lésions, l’état des parties le nécessitait, lui paraissait incontestablement la méthode de l'avenir.

A la suite de ces conclusions, le docteur Doyen (de Reims) communiqua une observation d’arthrotomie du coude faite par lui avec un excellent résultat. L’incision qu'il choisit était postérieure et en forme de T renversé. Il libéra, au bistouri, l'articulation des brides et des adhérences, nettoya les cavités comblées, et racla les surfaces articulaires de la trochlée, qui étaient incrustées de tissus fibreux. IL obtint des mouvements de flexion d’une amplitude de 100°. Doyen concluait son observation, en déclarant que larthrotomie lui sem-

blait une opération supérieure à la résection, et que celle-ci devait

LEE être réservée pour les cas où les cartilages sont détruits et les os mortifiés.

Dans la même séance, le docteur Décès, également de Reims, rapporta deux observations analogues d’arthrotomie, dont une, suivie d’un égal succès, avait été faite avec le concours du docteur Doyen.

Enfin, Lewis Stimson, dans un mémoire publié par le New- Yorl Médical Journal, cite sept cas darthrotomies du coude, faites par lui pour luxations anciennes. La première, datant de 1887, ne fut pas favorable, car il fut obligé de la compléter par la résection; et encore il n’obtint qu'une flexion à angle droit. Mais, à ce moment, il ne possédait pas le manuel opératoire convenable; aussi il ne sut pas remédier aux difficultés qu'il rencontra dans ce cas. Mais il put se rendre compte des obstacles qui l'avaient empêché de mener utilement son intervention, et cette observation lui servit à modifier heureusement sa manière d'opérer. Car, dans les six autres cas, publiés en 1891, il eut un résultat plus favorable.

Ces différentes observations seront rapportées plus loin, et nous y joindrons les deux cas que nous devons à lamabilité de M. le D: Piéchaud, qui les à récemment opérés et qui portent : le premier, sur une luxation en dehors et en arrière datant de trois mois et demi, le second sur une luxation du coude gauche en dehors, datant de trois mois. Chez le premier malade, un enfant de 41 ans, quoiqu'il n'y eut pas de tentatives de réduction forcées les surfaces articulaires de l’humérus, et le bec de l’olécrâne étaient déjà déformées, et les cavités comblées par des tissus fibreux. Dans le second cas, une fillette de 44 ans, il y avait encore des amas fibreux et fibro-cartilagineux, mais les os étaient moins altérés, car l'enfant était plus âgée, et on sait que les déformations articulaires se font d'autant plus vite que le sujet est plus jeune.

L’arthrotomie à encore été pratiquée sur:le coude par Von Wahl de Dorpat en 1879 et par Von Lesser en 1881, mais nous n’en

possédons pas les observations.

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