INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS
Comme on le voit, d’après les chirurgiens qui ont pratiqué l’'arthrotomie, elle serait indiquée dans tous les cas de luxation ancienne du coude, ayant résisté à tous les autres moyens de réduction. Ils seraient même plutôt disposés à la faire primitivement, sans essayer ni les sections sous-cutanées, ni la myosyndesmotomie, ni les appareils de force.
IL est certain qu’en présence d’une luxation ancienne du coude, si on constate une ankvlose fibreuse absolue, ou si, par la palpation et des mouvements combinés, on sent une gêne considérable de la mobilité, en même temps que des os épaissis et altérés dans leur forme, avec des néoformations et des brides nombreuses, il sera inutile d'essayer de la réduction forcée, qui irriterait les tissus périartieulaires; il ne sera pas nécessaire non plus de pratiquer des sections sous-cutanées qui n'auraient d'autre résultat que de produire dans l’intérieur des délabrements qui rendraient plus pénible l'intervention consécutive, ou retarderaient, la cicatrisation de cette dernière.
Dans ces cas, donc, on est autorisé à pratiquer d'emblée larthrotomie.
Mais, en dehers de ces cas qui présentent une mdication évidente et palpable, la plupart des auteurs sont d'avis de tenter auparavant quelques moyens moins radicaux. Garmany, en 1888, n2 conseille l’arthrotomie, suivie ou non de résection, que lorsque tous les autres movens ont échoué. Albert l’admet chez les jeunes sujets, mais il
veut qu'on essaye auparavant la section du triceps. Chez les adultes,
— A0 — au contraire, il ne croit pas beaucoup à la possibilité de la restauration fonctionnelle, et il préfère mobiliser la jointure par les sections. sous-cutanées, la flexion forcée avec ou sans rupture olécrânienne, pour obtenir une ankylose en bonne position.
Ollier juge favorablement l’arthrotomie; et quoiqu'il soit partisan de la résection, il pense qu’il v à ordinairement indication de commencer par l’arthrotomie, qui permet, si l’état des parties exige, de terminer par la résection.
Néanmoins, malgré les nombreuses indications de cette opération, il y a des cas où elle ne sera pas suffisante, et où même un simple examen suffira pour reconnaitre son inutilité.
Ainsi chez les enfants trop jeunes, dont les surfaces articulaires et les condyles huméraux s’atrophient très vite, on pourra souvent constater au palper l’atrophie et la déformation irréparables. On n'aura plus alors d’autres ressources que la résection. De même, sil y a eu de nombreuses déchirures du périoste, on trouve des excroissances osseuses se prolongeant dans les ligaments, dans la capsule, formant des ponts de substance osseuse, ou des noyaux isolés disséminés dans les parties fibreuses. Le travail le plus patient ne saurait extirper et régulariser toutes ces néoformations, en épargnant les parties molles nécessaires, Là encore la résection est la seule ressource. Enfin, s’il y a eu des fractures partielles, des débris osseux arrachés, modifiant trop la forme des extrémités osseuses, on sera bien obligé de donner aux os une nouvelle coupe, pour pouvoir refaire une articulation.
La meilleure époque, d’après les auteurs, serait de 15 à 25 ans. Passé cet âge, on peut encore remettre en place les os luxés, mais on a moins de chances de voir revenir des mouvements très étendus. Nous avons déjà dit pour quelles raisons, avant 15 ans, l’arthrotomie
a d'autant moins de chances de succès que l'enfant est plus jeune.