‹ Contribution a l'étude de l'arthroxesis ou abrasion intra-articulaire dans le traitement des arthrites fongueusesChapitre 10 sur 29 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le procédé opératoire de l’arthroxesis est assez simple, voici en quoi il consiste :

1° Soins préliminaires. — Après chloroformisation, afin de s'entourer des précautions antiseptiques les plus minutieuses, on fait un lavage d’abord de tout le membre et de toutes les parties qui peuvent avoisiner le champ opératoire ; sur ce dernier on procède aussi à un lavage encore plus minutieux, au savon et à la brosse; on rasera toutes les productions pileuses, puis après avoir donné une dernière ablution à cette partie avec de l’eau phéniquée au 50°, il ne sera pas inutile de frotter vigoureusement le champ opératoire avec de l’ouate imbibée d’éther, qui aura la propriété de dissoudre les dernières traces de pus qui aurait pu s’imprégner dans les pores, en même temps c’est un désinfectant. |

2° Opération. — Elle se divise en trois parties : 1° l’arthrotomie, ou ouverture de l’article; 2 l’abrasion totale des fongosités ; 3° la cautérisation au chlorure de zinc.

A. Arthrotomie. — Avant de procéder à l'ouverture de l’article, il est bon de pratiquer une petite manœuvre prudente et utile à la fois, nous voulons parler de l'application de la bande d’Esmarck ou d’Houzé de Launoy, grâce à laquelle il

est possible d'opérer à sec, et d'obvier aux hémorragies importunes, qui, surtout .chez les enfants et les personnes débiles doivent toujours être évitées.

La bande en place, on pose le membre sur un drap phéniqué et on incise avec un bistouri préalablement désinfecté dans une solution phéniquée.

Il y a divers procédés pour pratiquer l’arthrotomie, les uns conseillent de se servir des fistules préexistantes, les autres au contraire engagent fortement à les éviter.

Pour le genou, il y a divers modes d’incision ; par exemple les incisions latérales, parallèles à l’axe du membre, réunies au-dessous de la rotule par une incision transversale sur le tendon rotulien, ineision dite en H: par ce moyen on ouvre l'articulation en deux lambeaux; enfin nous préférons un autre procédé, l’incision dite en U ou semi-lunaire à lambeau arrondi, qui réunit toutes les conditions désirables. Je ne parlerai ici que pour mémoire des incisions cruciales, +, qui, outre leur incommodité dans le cas présent, laissent des eicatrices défectueuses. ,

Pour l'articulation tibio-tarsienne, le procédé de choix est celui de M. Moreau père qui consiste à enlever Le bord postérieur du péroné en recourbant en L l’incision, qu’on continue ensuite perpendiculaire à la première. C’est un procédé coms mode qui rend la tâche plus facile. Je ne m'attarderai pas à décrire le procédé d’Hueter qui consiste à pratiquer un lambeau antérieur, nous savons en effet qu'il n’est pratique d'attaquer l'articulation tibio-tarsienne que par les côtés, car avant nous avons la gaine des extenseurs, le nerf et les vaisseaux tibiaux antérieurs, et en arrière le tendon d'Achille: il faudrait donc suturer le tout, et même chaque tendon en particulier.

Il en est de même de l’incision en étrier d’une malléole

à l’autre divisant parties molles et os qui « a un tel caractère de haute gravité qu'on ne peut s’y arrêter que pour la blâmer d’une manière énergique. » (Clin. chir., T. Piéchaud, 1888, p. 303.)

Pour le coude, lincision linéaire classique, c'est-à-dire parallèle au membre, est la seule employée jusqu'ici dans l’arthroxesis.

B. Raclage. — L’incision pratiquée, au moyen de crochets, l’aide soulève les lambeaux, soulève la rotule et le tendon rotulien, si c'est au genou; ou bien il luxe temporairement l’article si c’est le coude ou la tibio-tarsienne, et l’on procède au second temps de l'opération, c’est-à-dire au raclage. Muni de la cuillère tranchante de Volkmann, l'opérateur doit faire le nettoyage complet de l’article; il doit fouiller toutes les cavités fongueuses, latérales et postérieures, et déblayant l’articulation par de fréquentes injections d’eau phéniquée tiède, il ne doit pas craindre de promener sa curette bien au delà du tissu fongueux pour s'assurer de l’état du tissu ambiant. Si les os sont érodés superficiellement, il ne faut pas craindre d’évider ces débuts de carie, et profondément, jusqu’au tissu osseux sain; C'est ainsi qu'on arrive à d'excellents résultats.

C. Cautérisation. — Enfin, ayant minutieusement abrasé les fongosités, excisé même au ciseau celles qui étaient adhérentes à la synoviale, on place dans l’article deux ou trois tampons de ouate hydrophyle imbibée d'acide phénique de manière à produire une compression pendant qu'on va enlever la bande d'Houzé de Launoy.

Le sang afflue vers l’article, et une légère hémorragie en nappe se produit. Nous disons légère, car la plupart du temps elle est insignifiante. Alors on procède à la désinfection énergique au chlorure de zinc au 12° qui, outre ses propriétés caustiques et agissant comme tel, à une action modificatrice

sur les microgermes, causes de ces accidents inflammatoires consécutifs, de ces suppurations persistantes. Nous croyons, en effet, que, par ce procédé, les fongosités qui auraient pu échapper à la curette seraient modifiées dans leur essence même, et que les bacilles qui les habitent seraient impitoyablement frappés de mort.

L'acide phénique au cinquantième est aussi un bon désinfectant, mais il n’est peut-être pas assez énergique, aussi donnons-nous la préférence au chlorure de zine au douzième.

3° Pansement. — [La plaie sera saupoudrée d’iodoforme, puis on placera de gros drains à caoutchouc vulcanisé, de manière à faciliter le suintement muqueux consécutif; de plus on pourra ainsi pratiquer des injections détersives, quand on renouvellera le pansement. On suture la plaie au erin de Florence et au crin ordinaire, on saupoudre à nouveau le pourtour de la plaie. On enveloppe alors l'articulation de gaz iodoformée, imbibée d’une solution boriquée, de manière autant que possible à ne pas produire d’érythème, puis on entoure le tout de gutta-percha; au-dessus, coton salicylé, puis on mettra enfin par dessus de l’ouate ordinaire en grande quantité, le tout entouré de bandes assez serrées, formant ainsi un vaste pansement de manière à assurer une compression régulière et une immobilité absolue sans gouttière ou appareil silicaté. Un peu plus tard, quand la réaction inflammatoire sera calmée, il sera utile de mettre un appareil plâtré, mais ceci ne doit pas être fait d'emblée.

C'est à ces conditions, avec l’asepsie la plus rigoureuse, la plus minutieuse, que sont offertes les chances à peu près certaines de succès.

4° {nstruments. — L'appareil instrumental est peu compliqué : un bistouri droit, des ciseaux, une sonde cannelée, des écar-

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teurs mousses et pointus, les diverses curettes de Volkmann, quelques pinces hémostatiques, une pince à disséquer, des aiguilles à suture, enfin la bande d’Houzé de Launoy.

5° Traitement consécutif. — Il consiste surtout dans le traitement général: le grand air, nourriture substantielle et reconstituante. Quant au traitement local, il sera bon de faire accomplir à l’article de petits mouvements, dès que la réaction inflammatoire aura à peu près disparu, de manière à empêcher dans les limites possibles l’ankylose et l’atrophie des muscles. Enfin, des bains sulfureux locaux ont rendu d'importants services (observation de Gabrielle V...). Et nous ajouterons que les pansements devront être surveillés avec soin, être refaits minutieusement, et dans les salles communes sous un spray phéniqué, car nous avons malheureusement dans notre statistique un cas de mort à enregistrer à cause d’un érysipèle, alors que tout promettait un succès certain, une guérison à bref délai.

Nous terminerons ce chapitre par une note sur une méthode de pansement pour les enfants. Nous voulons parler du pansement sous le chloroforme.

Tout le monde sait combien peu les enfants supportent la moindre douleur; un pansement est souvent chez eux une cause de terreur, et souvent de fièvre; ils voient arriver le jour du pansement avec crainte, et les cris déchirants qu'ils jettent pendant la manœuvre, sont pénibles pour les assistants et fatigants au suprême degré pour le jeune malade, qui sue, gesticule, se défend et rentre dans un état d’hyperexcitation, souvent cause d'accidents consécutifs.

Le chloroforme, aujourd’hui manié avec prudence, rend d'immenses services dans ces cas, où alors l'enfant est inconscient de la douleur. Certes, loin de nous la pensée de vouloir

ES A apphquer la chloroformisation à tous les pansements en général, nous n'avons en vue ici que €es pansements longs et douloureux presque autant que l’opération elle-même, qui nécessitent même chez l’adulte une ferme volonté pour ne pas pousser des cris.

Nous arrivons ainsi à la fin de notre travail, il nous reste à produire nos observations, les unes inédites, les autres empruntées aux thèses de M. Piéchaud et de Laprade, que nous ferons suivre d’un tableau synoptique de toutes les observations parues jusqu’à ce jour. Nous en dresserons la statistique et poserons nos conclusions.

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