OBSERVATION IV
(Inédite. Prise avec le concours de M. DUMUR, interne de service.) Arthroxesis du genou. Tumeur blanche. Mort. Érysipèle.
F... (Marie), soixante ans, ménagère, rentre le 20 avril 1889 dans le service de M. le D' Dudon, salle 2 bis, lit n° 24, pour une tumeur blanche du genou.
Ses antécédents héréditaires sont nuls. Son père et sa mère s'étaient bien portés, morts de vieillesse.
Antécédents personnels : strume dans le bas-âge; pas d’antécédents morbides importants.
Il y a quelques mois, notre malade se trouva prise d’une douleur au genou droit, qui persista; elle crut à un rhumatisme et en suivit le traitement, quand bientôt il se forma un abcès, qui vint percer au dehors et former une fistule, une ulcération au niveau du tendon rotulien de la grandeur d’une pièce de 50 centimes. Cette fistule était fongueuse, à bords déchiquetés, et permettant, avec le stylet, d'arriver sur la rotule dénudée. On percevait nettement l’existence de fongosités des deux côtés de la rotule, mais on ne pénétrait pas dans l'articulation, dont la synoviale n’était pas ouverte.
Un point douloureux osseux est à noter au niveau de la rotule. Rien au fémur, rien au tibia.
Le 1° mai. On décida de racler cette partie malade. Incision semi-circulaire en U. On enlève la rotule qui est fongueuse, et en présence des lésions étendues, on est obligé de pénétrer dans la synoviale, où on est en présence d’une quantité énorme de fongosités.
Les ligaments croisés sont en partie détruits. Les cartilages sont sains.
Après avoir largement débridé la plaie, et raclé le tout avec la curette moyenne de Volkmann, on procède à la désinfection au chlorure de zinc au 42°, on place deux gros drains, un de chaque côté, et un plus petit à la place de la rotule.
Sutures profondes et superficielles. Pansement listérien, immobilisation dans une gouttière.
Le lendemain matin, T. 37°2, Le soir, 37°6. Pas de fièvre; repos; pas de douleurs; appétit excellent.
Il nous parait inutile de rapporter ici la courbe thermométrique, car la température, durant les quinze jours qui suivent l'opération, a oscillé entre 37°2 et 38°. Donc, état on ne peut plus satisfaisant de notre malade.
Le 15. On procède au premier pansement. La plaie était dans un état très satisfaisant. Il n’y avait pas eu de suppuration, à peine quelques taches de sérosités sanguinolentes, la réunion des tissus était accomplie. On enlève les sutures, on enlève les deux drains latéraux et on raccourcit le petit drain du tendon rotulien.
Le soir, la malade mange de bon appétit et ne souffre pas. T. 3708.
La nuit est un peu agitée.
Le lendemain malin, à huit heures, un frisson; la température s'élève à 39°. Sueurs, diarrhée, vomissement, inappétence.
Le soir, T. 3995.
Le 16 au matin. T. 3895, nuit mauvaise; soir, T. 3905, et à huit heures 40°. Acéphalée intense, vomissements persistent. C’est alors qu’on se décide à regarder sous le pansement avec précaution, et on constate une rougeur caractéristique de l’érysipèle. Transfert en médecine. T. 40°.
Le 17. Mort.
Réflexions. — 1 est, dans ce cas, à remarquer que, en plus de sa tumeur blanche, le sujet avait, au poignet gauche, une tumeur allongée fluctuante ; on supposa qu’elle était de même nature, opérée le même Jour de ces deux affections, on reconnut un kyste synovial des gaines tendineuses, et ayant examiné le liquide on y trouva des bacilles de Koch. La plaie guérit en huit
jours par première intention. Il est donc à croire que, sans cette complica-
tion d’érysipèle, nous aurions eu un succès de plus à enregistrer, que la malade peut être considérée comme guérie de l'opération.
Force