OBSERVATION VII
(Thèse D' PrÉcHAUD.) Tumeur blanche. Incision. (Professeur Saxtorph.)
N... (B...), jeune personne de vingt ans, très peu intelligente, presque idiote. Elle nous donne des renseignements bien obscurs et incertains sur sa maladie, mais il paraît qu’elle a eu le genou gauche plus gros que l’autre dès son enfance ou au moins pendant plusieurs années; cela ne la gênait pas beaucoup et elle a pu marcher, faire de longues courses même, jusqu’au moment où la maladie actuelle a commencé.
Il y a six jours, elle tombe dans la rue et se fait une contusion au genou gauche; immédiatement elle est prise de douleurs assez fortes pour l’obliger de se mettre au lit, et voyant que les applications d’eau blanche ne Ia soulageaient pas, elle entre dans mon service. Nous trouvons une tuméfaction générale de l’articulation, sans épanchement, mais avec un peu de fluctuation dans toute l’étendue de la capsule. On dirait une arthrite aiguë entrée
ASE
sur une arthrite fongueuse chronique; les mouvements de flexion et d’extension, qui étaient assez libres, à ce qu’il paraît, avant la chute, sont maintenant complètement abolis, elle souffre au moindre attouchement; fièvre intense. La seule chose qui me semble indiquée, pour le moment, est d’immobiliser l'articulation, ce que je fais à l’aide d’un bandage amidonné et des attelles; le membre est placé dans une gouttière.
L'état général continue aussi mauvais ; pouls à 410.
Ayant défait le bandage quelques jours plus tard, je trouve le genou aussi gros et aussi douloureux que le premier jour.
Au côté interne du genou, tout près du condyle du tibia, il y a un point très circonscrit où je crois sentir une fluctuation profonde; ponctionné avec un aspirateur, il en sort du pus, mais quelques gouttes seulement. La fièvre continuant, malgré la quinine, l'acide salicylique, je me décide à faire une incision trois semaines après son entrée dans le service. Chloroforme. Incision comme pour la résection du genou; un large lambeau semi-lunaire antérieur des parties molles, qui comprend la rotule, est relevé pour découvrir l’intérieur de l'articulation. Je trouve la cavité remplie de masses fongueuses, avec ramollissement en un seul point au côté interne, adhérentes à la capsule, mais faciles à enlever par la rugination; les surfaces cartilagineuses sont saines et polies. Ayant gralté et ruginé partout où il y avait des fongosités, je rabats le lambeau dont la base est transfixée par un tube à drainage; un drain en catgut passe entre les surfaces articulaires pour sortir aux deux angles de l’incision; les bords sont réunis exactement par un grand nombre de sutures. Pansement phéniqué. Bande amidonnée. Attelle postérieure en bas. Attelle en fil de fer à la partie antérieure du bandage, le tout suspendu dans un cerceau (appareil à résection du D' Watson, d'Édimbourg). C'était le 4° mars 1879. Changement du bandage le 5, le 49, le 24 (il n’y à de pus que dans les points où sortent les drains), le 28; le 4 avril la plaie est complètement cicatrisée, le 14 avril, le 22 les sutures et le tube ont été enlevés; elle se lève le 2 mai; sort un mois après, marchant bien.
OBSERVATION VIIL (Thèse Dr pE LAPRADE.)
Arthrite fongueuse du coude.
. (Augustine), née à l’Arbresle (Rhône), dix-neuf ans (Hôtel-Dieu, salle Saint-Paul). Mauvais état général, tempérament lymphatique; la maladie remonte à six ans. Tuméfaction considérable, le membre est immobilisé par
dei
Ja douleur. Fluctuation à la face antérieure du coude, foyer de fongosités en dedans, au-dessus de l’épitrochlée.
Le 17 juillet 4879. — Arthroxesis. Les règles décrites par M. Létiévant à propos du coude de Bador, furent suivies de point en point. Les masses fongueuses intra-articulaires occupaient surtout les régions radio-humérale, olécrânienne et coronoïdienne; celle qui est située au-dessus de l’épithrochlée communiquait par deux filons fongueux, longs de deux à trois centimètres et divergents, avec la masse huméro-radiale et avec la masse olécrânienne interne.
Les fongosités furent enlevées jusqu’à la dernière.
Mêmes soins immédiats que dans la première observation : suture mélallique, un premier drain traverse le trajet sus-olécrânien, l’autre passe au-dessous de l’apophyse coronoïde; irrigation phéniquée; pansement antiseptique que l’on renouvellera tous les deux jours. Immobilisation dans la demi-flexion et pronation an moyen d’une gouttière.
Pas de réaction inflammatoire vive.
Le 17 au soir, 38°; pas de douleurs aiguës.
Le 19. Premier pansement, bon aspect de la plaie, la malade ne souffre pas et a de l’appétit; 37°8.
Second pansement le 21. Toujours état local et général satisfaisant. Le drainage est maintenu jusqu’au commencement de septembre ; à cette époque le coude est encore tuméfié et la suppuration assez abondante; novembre, les mouvements communiqués s’exécutent dans une certaine étendue; la suppuration persiste.
Février 1880. Rien de bien particulier à noter, les deux plaies se cicatrisent en partie, mais la suppuration ne disparaît pas. La malade quitte l’Hôtel-Dieu le mois suivant.