Gazette des Hôpitaux, avril
Depuis ce temps-là, il a gardé une raideur des jointures qui est venue se surajouter à d’autres troubles paralytiques qu’il a présentés. :
On lesoigne pour ses arthropathies. Guéri, on veut le faire lever, mais on s'aperçoit qu'il ne peut se tenir sur ses jambes. |
On le garde au lit six semaines, puis il recommence à mar cher mais reste dans un état très précaire au point de vue de la force des jambes et de la marche.
En février on lui fait 4o piqûres de bi-iodure de mercure, le considérant comme atteint de paraplégie syphilitique.
Entré dans notre service Le ro décembre, sa démarche me frappa et dès les premiers jours nous la qualifions d'hésitante et de phobique. Il marchaït avec d'infinies précautions comme un homme qui a peur de manquer d'équilibre et de tomber ; il présentait assez bien l'apparence d’un paraplégique incomplet. De plus nous trouvions les réflexes rotuliens un peu exagérés, une légère trépidation du pied, unehyperesthésie plantaire, une inégalité pupillaire, pas de signe d'Argyll, pas de troubles des réservoirs, pas de points hystérogènes. Seulement, en l’interrogeant,.il nous a dit plusieurs choses tout à fait contraires à l’idée d'une lésion organique. : I nous a dit en effet que s’il ne pouvait pas marcher il pou- Vait travailler avec une machine à coudre à deux pédales en les faisant manœuvrer avec ses pieds.
En outre il nous a dit qu'il faisait bien de la bicyclette, ne pouvant pas se donner le départ, mais roulant indéfiniment
une fois lancé.
IL est certain que nous ne gommes pas habitués à voir des
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parapl égiques aller à bicyclette : ceci est paradoxal et nous a fait dire qu'il s'agissait non de troubles anatomiques mais de troubles fonctionnels. Nous ne pouvons admettre en effet qu'un trouble de la moelle qui empêche de marcher puisse permettre ausujet de pédaler correctement. Une autre fois il s'était trouvé dans la rue mêlé à une querelle et làil avait laissé canne et béquille pour cogner sur son adversaire.
Voilà donc un type bien singulier de paraplégique qui boxe avec son adversaireeta le dernier mot. Nous avons donc bien affaire à un fonctionnel.
Il y avait cependant en faveur de la lésion la syphilis, mais si la syphilis est une grande productrice de lésions au point de vue du cerveau, elle névropathise tout autant qu’elle lèse, et on ne compe plus les hystériques et les neurasthéniques d’origine syphilitique. Nous pouvons donc luiattribuer aussibien un rôle pathogène comme ceux de troubles fonctionnels. |
D'autre part, sa légère inégalité pupillaire est quelque chose qui n'entre pas dans le cadre des troubles fonctionnels que nous avons constatés. À ce point de vue, ce malade demande à être maintenu en observation, car il y a là un symptôme un peu suspect, dont nous connaissons toute la valeur au début du tabes et surtout au début de la paralysie générale.
Autre chose :: ce malade, au début, présentait un état émotif ; quand on voulait le faire marcher,on voyait que tout son système nerveux était sous pression, ses yeux devenaient saillants, sa figure se congestionnait, il avait l’air de
faire un effort énorme. D'autre part, en l’examinant nous ne
d'A era AS GILLES A S ARE) DA EC re
La GO trouvions aucun signe d’hystérie, pas de point hystérogène, pas de rétrécissement du champ visuel, pas de crises convulsives, pas de stigmates de neurasthénie, pas d’allure neurasthénique, rien.
Qu'incriminer alors, comme cause de cet état fonetionnel bizarre ?
Cet état correspond à l’astasie-abasie : aucun trouble de sensibilité ou de coordination ; quand j'ai voulu fléchir sa jambe je l’ai trouvée rigide.
Nous avons pu guérir notre malade par un traitement purement suggestif et psychique. Nous lui avons bien fait,il est vrai, des injections de spermine de Poehl, mais nousiavons employé ce produit parce que nous étions sûrs que le malade n’en avait pas entendu parler. D'autre part, quand on veut intervenir psychiquement,il faut préparer le malade, le mettre en état d'attente favorable : on a alors beaucoup plus de chances d'agir que si, d'emblée, l’on brüûlait toute sa poudre.
Nous avons fait la mise en scène voulue et vingt-quatre heures après la première injection, il marchait plus correctement que la veille et se considérait lui-même comme en voie de guérison.
Nousluiavons alors fait une deuxième injection, et il va
quitter le service à peu près guéri.
Deuxième groupe. — Pithiatiques, — Le pithiatisme est un nom proposé par Babinski pour désigner un état psychique se manifestant par des troubles guérissables par la persuasion et devant remplacer celui d’hystérie.
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Le symptôme pithiatique est celui qui peut apparaître ou disparaitre par suggestion soit en état de veille, soit en état de sommeil hypnotique (après une colère, après une peur, etc.).
Sous ce nom, nous réunissons loules astasies-abasies disparaissant par auto ou hétérosuggestion ; les causes et les débuts en sont une peur, une contra-
riété, une émotion, etc... les sujets ont pour la plu- : part une tare : épilepsie, hystérie, etc.
Dans tous ces cas, cette astasie-abasie débute par une émotionet se termine soit spontanément, soit par auto ou hétérosuggestion.
Etudiée chez les pithiatiques, l’astasie-abasie ne nous apparaît pas comme une maladie indépendante, mais comme un syndrome survenant chez les hystériques, les épilepliques, les neurasthéniques. Cette affection peut apparaître sous l'influence de l’autosuggestion chez les hystériques, de l’obsession chez les neurasthéniques, enfin sous l'influence de ces deux causes ensemble.
Et comme le groupe des pithiatiques est le plus nombreux, l’hystérie et la neurasthénie indiquent
les causes les plus fréquentes de son origine.
OBSERVATION XIV (Due à l’obligeance de M. le D: Marcel Nathan)
Ils’agit d’une jeune fille de dix-sept ans, employée dans
uae boulangcrie, qui subitement est prise en mai 1909 d’une
20 DUMREE crise d’'hystérie nette et typique, classique, avec période de grands mouvements, elle avait ses règles à ce’ moment. |
À Le suite de cette crise, elle reste un peu obnubilée, soudain elle ne peut plus marcher ni se tenir debout, mais s'affaisse ; transportée à l'hôpital on constate qu’elle ne peut ni marcher ni se tenir debout sur ses jambes. Mais au lit, tous les mouvements sont possibles. Cette jeune ‘fille est nerveuse, elle pleure dans son lit, a de la céphalée et un peu de raideur de la nuque, on fait une ponction lombaire, mais elle est négative. |
Antérieurement notre malade n’avait eu aucune crise d’hystérie, aucun trouble ni de la conduite ni du raisonnement, ni de l'intelligence, ni de la volonté.
Après quelques jours de repos et dès que le diagnostic fut certain, la malade fut amenée dans le cabinet de la surveillante où eut lieu une séance de suggestion hypnotique ; à la suite de cette séance, la malade, qui avait été portée dans le cabinet de la surveillante, put retourner toute seule àson lit et faire tout ce qu’on lui commanda.
D'abondantes crises de larmes suivent le réveil ; puis subitement survient une paralysie du pouce droit qui est replié dans la paume de la main droite ; au bout de quelques secondes, contracture de toute la main droite.
Une nouvelle séance de suggestion hypnotique est faite tout de suiteet tout rentre dans l’ordre, tous les troubles
sont terminés.
TROISIÈME Groupe. — Staso-basophobiques. — On appelle staso-basophobie une crainte morbide que
présentent cerlains malades, de marchet ou de se tenir debout. |
Les staso-basophobiques font partie de la grande famille des déséquilibrés psychiques. C’est une phobie qui se développe sur le terrain du déséquilibre intellectuel, avec exagération de la sensibilité, abolition de la volonté et persistance presque complète de l'intelligence ; c’est le terrain propice aux obsessions, impulsions, phobies.
Si nous lisons des observations de staso-basophobiques, nous voyons qu’un fait caractéristique est la survenance des troubles par période avec une intelligence tout à fait conservée. en
Au point de vue séméiologique, le malade ne peut - marcher car les mouvements de la marche lui procurent une angoisse indéfinissable, des mouvements somatiques pénibles cessant dès que le malade est assis ou couché. |
Cette astasie-abasie a tous les caractères des phobies : elle survient chez des malades conscients et reconnaissant eux-mêmes l’inanité de leurs phobies.
Ce qui caractérise bien la staso-basophobie, c’est que souvent elle guérit, mais hélas, pour être remplacée par une autre obsession ou une autre impulsion, par un autre trouble psychonévropathique du déséquilibre intellectuel.
La staso-basophobie a tous les caractères des différents troubles psychonévropathiques :
19 Apparition par accès;
2° Indépendance de la volonté ;