‹ Contribution à l'étude de l'astasie-abasieChapitre 21 sur 22 · OBSERVATIONS XVI ET XVII · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS XVI ET XVII

Le, premier cas concerne un jeune homme de vingt-sept ans, fort et bien musclé.

Pas d’antécédents nerveux et héréditaires. La mère est une femme bien portante, le père est mort depuis dix ans d’une maladie de vessie, ses quatre frères et ses cinq sœurs jouissent d’une bonne santé. À l’âge de dix-sept ans le patient a eu de l’inflammation du poumon. Il y a six ans déjà, quand le malade en service comme garçon d'hôtel à Paris portait un jour un grand paquet de linge, son pied gauche ayant glissé, il tomba en renversant tout le paquet sur le pied gauche, s'étant relevé il a éprouvé une forte douleur - dans la jointure du genou gauche et ne pouvait pas bouger. On le prit et le coucha, et il garda le lit pendant huit jours après lesquels il recommença à travailler, n'éprouvant plus

aucun mal dans la jambe gauche. Jusqu'en septembre de

1888 il resta bien portant mais à cette époque il ressentit une douleur dans la jointure du genou gauche quoique ce mal ne l'empèchät pas de remplir le service de garçon d’hôtel ; il y avait même des jours où ce malaise disparaissait. En 1889 le malade commençait à s’apercevoir qu'il lui devenait très diflicile de monter l'escalier. IL a remarqué aussi que cette ascension lui devenait plus facile quand il déplaçait ses pieds de maniêre que les bouts des pieds soient dirigés en dedans. D'abord il prenait cette démarche bien rarement mais après cela lui arrivait plus souvent. Enfin il a commencé à éprouver une telle faiblesse dans les jambes qu'il a dû quitter son service à l'hôtel et partir à la campagne en qualité de jardinier. En habitant la campagne il a remarqué que sa démarche avec les pieds tournés en dedans lui devenait habituelle et qu'en marchant il ne pouvait plus changer cette position des pieds jusqu'à ce qu'il s’arrêtât et se tint debout tout immobile. Après trois mois de séjour à la campagne le malade se maria, mais six mois après son mariage sa femme mourut. Cette perte a produit sur lui une forte impression et en même temps la faiblesse de ses membres inférieurs augmenta surtout dans la jambe gauche. Une douleur survint. Le malade ne pouvait marcher et se tenir debout que lorsque les pieds étaient dirigés en dedans. Autrement il ne pouvait pas marcher, même étant debout il éprouvait l'incertitude.

En se plaignant de la faiblesse dans les jambes et de l'irrégularité de sa marche il demandait conseil chez plusieurs docteurs mais Le traitement médical ne lui apportait aucun soulagement. En avril 1892 le malade arriva à Paris et vint

à La consultation externe de la Salpêtrière où il est resté.

Etat actuel. — Le malade marche avec les pieds tournés en dedans, dans cette position les pieds se tiennent avec certitude et force. :

En marchant, s’il désire changer cette position des pieds il doit s'arrêter et se mettre immobile ; si on lui met les pieds régulièrement on remarque dans sa démarche une grande incertitude ; il se fatigue bien vite et ne peut se tenir longtemps dans la position normale. Pour se relever de chaise sans embarras le malade doit d’abord mettre les bouts des pieds en dedans mais il lui est impossible de se relever en gardant la position normale des pieds. Etant assis et redressant d’abord les deux jambes, le malade peut croiser les jambes, en mettant la jambe droite sur la jambe gauche et peut relever facilement lc deux jambes ensemble mais quand il met la jambe gauche sur la jambe droite il les relève difficilement. Les muscles dans les deux membres inférieurs sont bien développés. La force musculaire dans les deux jambes est égale. Etant couché il exécute tous les mouvements avec précision et régularité. Les pupilles sont égales, leur réaction à la lumière et à l'accommodation est normale. Le champ visuel ne présente rien d’anormal. L’ouie, le goût et l’odorat sont normaux. La sensibilité cutanée à la douleur et tactile est normale. Les réflexes cutanés sont assez vifs, les réflexes tendineux cubitaux sont normaux, le réflexe rotulien est bien vif. Les vaso-moteurs sont irritables. En passant le doigt sur la peau apparait tout de suite la chair de poule. Du côté des organes intérieurs on n'a aperçu aucun phénomène pathologique. Du côté psychique le malade se présente bien impressionnable, son humeur

change facilement.

Pendant deux semaines de son séjour à la Salpêtrière on n'a remarqué aucune amélioration dans son état.

Dans le deuxième cas il s’agit d’une fillette âgée de treize ans. La malade appartient à une famille normale et bien por tante. Le père est porteur de journaux, la mère s'occupe du ménage. Pendant sa première enfance la fillette a eu la coqueluche et la rougeole deux ans et demi auparavant elle a eu la fièvre scarlatine après laquelle elle s’est rétablie bientôt et a commencé à fréquenter l’école où elle étudiait très bien. Jusqu'en janvier 1892 elle était en santé parfaite quand à la fin de ce mois elle est devenue malade de l’influenza, pendant laquelle elle était restée au lit seulement trois jours. Etant relevée elle sentit une faiblesse dans les jambes et la douleur dans les muscles des mollets. Après huit jours elle remarqua qu'elle traînait en marchant sa jambe gauche.

Pour renforcer sa santé on l’envoya à la campagne chez sa grand'mère. Là apparurent bientôt les différents symptômes maladifs. La malade a éprouvé une forte douleur dans la région de la poitrine. La douleur était sivive que la fillette criait et en même temps elle tressautait sur le lit à un tel point qu’elle tombait quelquefois sur le plancher. Au début de la maladie ces accès se renouvelaient quatre fois par jour, et chaque fois l’accès durait avec des intervalles à peu près d’une heure. Avant le commencement d’un tel accès la malade éprouvait une certaine inquiétude, une désagréable

sensation dans la région de l'estomac et quelquefois la diflieulté de la respiration. Outre tout cela la malade éprouvait aussi des battements dansles tempes etde temps en temps le

vertige. Plus tard tous ces accès sont devenus plus rares.

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En revenant de chez sa grand’mère à Paris près de ses parents, la malade se plaignaïit de la faiblesse dans les jambes pendant la marche et des accès qui sont décrits plus haut et qui maintenant n’ont apparu qu'après quelques jours. En avril la malade était conduite par ses parents à la Salpêtrière dans la division du professeur Charcot.

Etat actuel. — La malade est bien développée pour son âge; les tissus muqueux visibles sont d’une couleur normale. La forme du crâne est normale, la mâchoire supérieureavance beaucoup, les dents sont rares. En lui faisant montrer la langue on aperçoit un faible tremblement, les pupilles sont également dilatées. Le champ visuelest aussi normal. [’ouie. le goût et l’odorat sont normaux, le réflexe pharyngé est intact, les réflexes cutanés sont normaux, les réflexes rotuliens sont un peu exagérés.

La sensibilité à la douleur est un peu élevée, la malade éprouve une douleur insignifiante quand on lui fait pression dans la région du cœur. Les vaso-moteurs sont irritables ; les mains sont couvertes de sueurs et cyanotiques.

Dans la station verticale et dans la marche elle éprouve une grande faiblesse dans les jambes. elle marche bien lentement en traînant un peu la jambe gauche. Les muscles des membres inférieurs sont développés bien régulièrement. La malade étant couchée ou assise peut exécuter avec ses membres inférieurs tous les mouvements avec force et précision, on ne constate aucun dérangement dans l’appareil des membres inférieurs ainsi que dans l'appareil nerveux des jambes. La malade est un sujet nerveux et impressionnable, son

humeur varie souvent : quand le temps est mauvais, la ma-

lade devient fort capricieuse et irritée.

| Après deux semaines s de séjour à a Salpétrière, sous line BE S fluence du traitement par les douches et par r électricité son * état s ‘améliora sensiblement : > Ta: faiblesse dans les jambes | * diminua ; en Marchant elle traînait moins la jambe gauche.

Durant la seconde semaine on ne e remarquaît plus d'accès. dE LP + ù | : : \|

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