DIAGNOSTIC
Après ce que nous avons dit au début de ce travail sur la nécessité de séparer l’asthme essentiel des asthmes symptomatiques ou pseudo-asthmes, il suit ici que nous devons indiquer les différences cliniques qui permettent d'établir la distinction. Comme nous l'avons dit, d’un côté on a affaire à une maladie qui est une affection spéciale complète ; c’est une manifestation, une manière d’être particulière d’une maladie générale, ayant des expressions locales très diverses, se traduisant tantôt par des accès de dyspnée formant le tableau clinique de ce qu'on appelle asthme, tantôt par des attaques de goutte, ou de gravelle, de rhumatisme, de migraine, etc. L'un autre côté, les pseudo-asthmes, ne sont que des dyspnées qui simulent plus ou moins l'oppression asthmatique, mais qui s’en différencient nettement par ce fait qu’ils ont comme cause une maladie organique, quelquefois d’un des grands appareils; tous les auteurs ont en effet répété à satiété que la notion de causalité était l’élément le plus important pour le diagnostic.
Quels sont les principaux asthmes symplomatiques ?
L'asthme cardiaque est de tous le plus fréquent et le plus difficile à reconnaître; il tient à une affection du
SATA
cœur et desgros vaisseaux ; il peut donner tout à fait le tableau clinique de l'asthme vrai, avec grandes crises nocturnes, à retours périodiques, affectant tantôt la forme sèche, tantôt la forme humide ou catarrhale. Mais un examen approfondi du malade permet le plus souvent un diagnostic précis. A volonté on peut provoquer un accès de dyspnée asthmatique chez un individu affecté d’une lésion un peu sérieuse du cœur; une marche plus rapide que d'habitude, l’action de monter un escalier suffisent pour déterminer une oppression plus ou moins considérable portée dans quelques cas jusqu’à la suffocation. Or, jamais les efforts ou les fatigues n’ont pu donner un accès d’asthme franc. L'accès d’asthme se comporte d’une façon analogue à un accès de fièvre, c’est-à-dire que débutant avec une certaine lenteur, quelquefois, il est vrai, assez brusquement, il arrive peu à peu à son apogée, comme toute affection névrosique; puis il décroit de même pour s’éteindre petit à petit, laissant alors l'individu qui l’a éprouvé dans un état de parfaite santé pendant un temps plus ou moins long, jusqu’au retour d’une nouvelle attaque.
Est-ce là la marche? Est-ce là la forme de la dyspnée symptomatique d’une maladie de cœur? Certainement non, ici l'invasion est ordinairement brusque et jamais elle ne se tait complètement; jamais l'oppression ne cesse aussi absolument qu’elle le fait après l’asthme. Toujours imminente, elle ne laisse pas l'individu après la crise dans l’élat de parfaite santé où se trouve l'asthmatique. Celui-ci, lorsque son accès est passé, n’est plus exposé à son retour à propos de la moindre émotion, d’un exercice
or
un peu plus violent que d'habitude. Jusqu'au moment où il sera arrèlé par une autre altaque survenue sans qu’il sache souvent pourquoi, il reprendra sa vie et ses occupations ordinaires, aussi libre de ses actions que s’il n'était pas malade.
L'individu, atteint d’une affection du cœur, restera toujours sous le coup d’un accès à venir que réveillent les moindres causes. ]l sera toujours bon d’ausculter le malade et l’on pourra reconnaître des signes stéloscopiques qui permettront de poser le diagnostic de lésions de l’orifice aortique, de l'aorte ou des coronaires ; les affections mitrales interviennent moins souvent. Mais il ne faut pas trop compter sur l’auscultation à une période avancée. Lorsque le cœur fonctionne mal, que l’asystolie est confirmée ou imminente, les signes stétoscopiques n’ont qu’une importance toute secondaire : lout est sourd et voilé, les souffles ont disparu.
L'asthme brightique est une dyspnée que l’on voit survenir chez les albuminuriques à une période avancée de leur affection, lorsque l’urémie est proche. Lorsque l'insuffisance urinaire retentit sur le poumon, elle peut amener trois variétés de dyspnées, soit le type de Scheyne Stockes, soit le type de dyspnée d'effort, soit le type asthmatique.
Les considérations que nous avons fait valoir pour l'asthme cardiaque sont en majeure partie valables ici : le début, l’évolution, sont de bons caractères de di fféren ciation. D'autre part, l’asthme brightique coïncide chez un même sujet avec tous les symptômes de la néphrite
(albuminurie, œdème, polyurie et polecturie, troubles
visuels, hypertrophie du cœur et bruit de galop), avec les premiers symptômes de l’urémie tels que les vomissements, la diarrhée, les maux de tête, la diminution de la quantité d'urine, la bouffissure des paupières.
En dehors de cette dyspnée brigthique au moment des crises d’urémie, il faut signaler que les bronchites albuminuriques, dont la fréquence et l’histoire ont été bien indiquées par Lassègue peuvent simuler très bien l'asthme, étant données leur recrudescence nocturne et leur abondante sécrétion.
L'asthme pulmonaire est la dyspnée à forme asthmatique qu’on peut voir dans certaines maladies organiques des poumons ; nous voulons parler de la dyspnée due à lemphysème ou à la bronchite chronique.
L’asthme, avons-nous dit, se complique fréquemment de ces deux maladies : or, lorsqu'elles sont dues à une autre cause, elles entraînent une oppression que l'on pourrait prendre pour de l'asthme vrai; mais les commémoratifs et l’auscultation permettront le diagnostic.
En cas de bronchite nous apprendrons que le malade tousse depuis longtemps avec recrudescence aux époques froides et humides, que ces crises d’oppression ne sont survenues que longtemps après le début de la toux, et n'ont lieu d’ailleurs que dans les phases de recrudescence de l'élément catarrhal. L’auscultation révèle des râles sibilants ronflants et muqueux en permanence. Quant à l’emphysème, il en est à peu près de même : il n’y a aucun rapport entre la lésion organique qui persiste nécessairement et les phénomènes passagers qui consti-
tuent l’accès d'asthme. Chez l’asthmatique l'inspiration
est plus lente, plus profonde que chez l'individu qui respire librement, tandis que l’expiration au lieu de se faire passivement est active et violente, c'est absolument ce qui se produit dans l'emphysème, mais l'expiration prolongée est un symptôme permanent dans un cas et passager dans l’autre.
Quant à l'asthme laryngé, nous n’en parlons que pour mémoire tant le diagnostic est facile. En effet, les dyspnées qui tiennent à une maladie du larynx et qui peuvent simuler l’asthme, le simulent toujours assez mal.
Les affections qui sont le point de départ de cette dyspnée sont bruyantes et faciles à reconnaître.
Il y a par exemple la dyspnée due à l’œdème de la glotte, dyspnée continue aux crises paroxystiques. Mais dans l'intervalle de ces crises qui ne durent d’ailleurs que quelques instants, la respiration est loin d’être normale, elle est toujours gênée et sifflante ; d'autre part, il y a l’examen direct de la glotte et le toucher qui permettent de reconnaître l'infiltration séreuse des replis arythéno-épiglottiques, enfin il y a l'étude des antécédents qui sera toujours de grande valeur.
La dyspnée dans le croup ne saurait pas davantage nous tromper. Par cette maladie nous nous trouvons en présence d’un sujet qui le plus souvent a commencé par faire une angine à fausses membranes. Dans ce cas la voix et la toux s’altèrent, deviennent rauques et enrouées. Viennent ensuite les crises de dyspnée, mais les crises sont très courtes, durent à peine quelques minutes, se
répètent fréquemment, s’accompagnent de cornage et de
Loge tirage ; on passe rapidement à la période d’asphyxie ou de guérison.
L'asthme de Millar est une maladie spéciale, une névrose frappant les enfants et qui est due au spasme de la glotte ; la crise survient brusquement au milieu de la nuit, chez un enfant en parfaite santé. Elle dure quelques minutes pendant lesquelles on craint un dénouement fatal, puis tout se calme et disparaît.
L’asthme vrai a une durée beaucoup plus longue, ilest rare chez l'enfant au moins dans sa forme dyspnéïque (la forme bronchitique est de beaucoup la plus fréquente).
Quant à l’asthme des foins (hay-fever), nous n’en parlerons pas au chapitre diagnostic différentiel, nous verrons plus loin qu’il faut le regarder comme de l’asthme vrai ayant une cause particulière.
La dyspnée asthmatique, symptomatique des lésions nerveuses centrales et en particulier bulbaires, ne s’observe que rarement. Brissaud en a vu cependant un cas chez un homme atteint de sclérose en plaques. Presque toujours la dyspnée bulbaire n’a pas la franche allure de l'asthme vrai.
Les dyspnées consécutives à la compression trachéobronchique dans les cas, par exemple, de tumeurs cervico-médiastines (adénopathies, goîtres, anévrysmes, etc.), n’empruntent guère le mot de spasmodique qui appartient à l’asthme.