PÉUIEUR A EI NE MES RE
2 juin. — L'atrophie fait de rapides progrès. Maigreur squelettique du thorax ; c'est à peine s'il existe quelques traces des pectoraux : on voit battre l’axillaire dans le triangle clavi-pectoral.
Les omoplates semblent détachés du tronc; ils ne paraissent maintenus en place que par les téguments qui les recouvrent ; le trapèze, le rhomboïde, le grand dentelé, les muscles des gouttières vertébrales sont complétement atrophiés.
Les sus et sous-épineux sont relativement bien conservés ; les deltoïdes sont un peu atrophiés.
Les bras sont alrophiés, mais exécutent lous Les mouvements comme à l’état normal. L'extension de l’avant-bras sur le bras ne peut se faire d'une facon complète, et l’on sent une certaine résistance du biceps qui semble devenu trop court ; dans le relächement, le muscle n'offre aucune dureté particulière. C’est un simple raccourcissement.
Lo
Les mains sont amaigries, mais l’atrophie y est moins prononcée que partout ailleurs, et les fonctions musculaires y sont conservées ; l’'éminence thénar persiste, l'opposition du pouce se fait bien, la malade serre encore vigoureusement des deux mains, surtout de la droite.
Les muscles du cou ne semblent pas atrophiés, les mouvements de la tète s’accomplissent facilement.
L’atrophie est bien plus marquée aux membres inférieurs, et l’on y observe des déformations remarquables.
Les muscles de la cuisse sont très-atrophiés ; circonférence au-dessus du genou : 19 cent. des? côtés ; au milieu de la cuisse, on a une circonférence de 20 centim. des 2 côtes.
Aux jambes il n'y a plus de relief musculaire ; l’atrophie est surtout marquée sur le groupe antéro-externe qui semble avoir complétement disparu. Les pieds sont dans l'extension et offrent une tendance à former un varus équin, surtout à droite ; la face dorsale du pied est presque continue en ligne directe avec la face antérieure de la jambe. Cependant quand on ramène le pied dans la flexion sur la jambe il n'offre pas de résistance, et la malade arrive à corriger spontanément cette mauvaise situation. Elle soulève bien aussi ses membres inférieurs au-dessus du lit, et exécute assez facilement les mouvements de flexion et d'extension de la cuisse sur le bassin et de la jambe sur la cuisse.
Rien d'anormal au cœur.
Aux poumons, signes de tuberculose assez avancée ; souffle et râles caverneux aux ? sommets.
6 juin. — La malade est prise de dysphagie, d’anorexie, de fièvre; pas d’expectoration ; impossibilité d’absorber aucun liquide ; quand la
malade essaye d’avaler la boisson qu'on lui donne, elle est prise d’une | angoisse extrême ; au niveau du pharynx on entend à ce moment un véritable gargouillement, et le liquide est rejeté pour la plus grande partie.
Pas de troubles de la respiration: celle-ci est régulière, de lenteur normale ; elle offre surtout le type diaphragmatique, les intercostaux étant si atrophiés que leur fonctionnement semble tout à faitimpossible ; de même pour les muscles auxiliaires de la respiration, tels que les pectoraux, les trapèzes, les dentelés qui ont, pour ainsi dire, complètement disparu.
Pit
8 jnin.-— Les accidents de dysphagie, fièvre, soif ardente persistent. La malade montre comme la cause de tous ces troubles de la déglutition son cartilage thyroïde qui, complétement ossifié, offre au devant du cou une véritable tumeur douloureuse à la pression. Intelligence nette ; jusqu'au dernier moment la malade répond aux questions qu'on lui adresse.
Elle meurt le 9 juin à 5 heures du matin.
Autopsie faile le 10 juin. — Rigidité cadavérique assez prononcée.
Muscles. — Les muscles grands pectoraux sont très-atrophiés, surtout dans leur portion inférieure qui est décolorée, jaunâtre, réduite, pour ainsi dire, à quelques filaments musculaires. Les intercostaux ont conservé leur coloration à peu près normale, de même que les muscles antérieurs de l'abdomen.
Presque tous les muscles du tronc et des membres qu'on disséque sont très-atrophiés, et la coloration naturelle rougeâtre du muscle n’est normale que pour très-peu d’entre eux ; du reste des deux côtés l’atrophie est arrivée à peu près au même degré.
Les muscles sus-épineux sont assez bien conservés, et ils comblent presque comme à l'état normal les fosses destinées à les loger; il en est de mème des sous-épineux.
Les muscles du cou sont peu atrophiés, de volume et d'aspect presque normal.
Il n’en est pas de même des muscles du dos et des lombes, du trapèze, du grand dorsal, de la masse sacro-lombaire qui cependant, malgré leur extrême atrophie sont à peine décolorés.
Aux membres supérieurs, les deltoïdes sont peu atrophiés; les biceps ne sont plus représentés que par une corde musculaire, de couleur pâle, les autres muscles des bras paraissent atrophiés au même degré ; ceux de l’avant-bras semblent relativement sains.
Aux membres inférieurs, quand on dissèque les muscles de la jambe, on constate qu'ils sont très-atrophiés, la plupart amincis et réduits à l'épaisseur d’une feuille de papier ; quelques fibres semblent avoir disparu complétement, tellement les faisceaux sont clair-semés; c’est surtout sur les muscles péroniers que porte cette atrophie.
Poumons. —Infiltration tuberculeuse des deux poumons ; au sommet droit caverne assez vaste remplie de pus liquide et grumeleux.
do
Cœur de volume normal; myocarde pâle, présentant une teinte feuille-morte ; les cavités du cœur contiennent quelques caillots fibrinocruoriques se prolongeant jusque dans les artères pulmonaires; caillots dans les auricules. Pas de lésions valvulaires ; pas d’athérome de l'aorte.
Foie el reins d'aspect normal.
Le cartillage thyroïde est très ossifié; on n'observe aucune autre
lésion à ce niveau.
Système nerveux.
Encéphale. — Boite cränienne normale ; adhérences assez fortes de la dure-mère en certains points, au niveau des pariétaux, et del’occipital.
Poids du cerveau : 880 grammes. Les circonvolutions sont intactes ; là pulpe cérébrale est pâle, anémiée. Noyaux centraux intacts.
Protubérance et bulbe normaux.
Moelle. — Examinée à l’état frais, la moelle présente l’état suivant: les méninges sont intactes, pas d’adhérences; les dimensions de la moelle semblent normales. A la partie inférieure de la région dorsale, on remarque une teinte jaunâtre de la moelle; à ce niveau, sur une étendue de trois centimètres environ, les racines antérieures paraissent légèrement atrophiées. À
A l'œil nu, on constate deux foyers de ramollissement: l’un occupe la partie supérieure du renflement cervical, il paraît n'être que périphérique et mesure deux centimètres de hauteur; l’autre siège à la région lombaire dans la moitié supérieure du renflement et un peu au-dessus: il semble intéresser plus profondément l'axe nerveux que le précédent et mesure une hauteur double (1). La moelle parait saine dans tout le
reste de son étendue.
(4) On pourrait, peut-être, émettre des doutes sur la réalité de ces ramollissements, si l’on considère, que l’autopsie a été faite 30 heures après la mort par une température d'été, et que l’on n’a pas observé pendant la vie les symptômes auxquels auraient dû donner lieu de pareilles lésions ; cependant, il n’est guère possible d'admettre leur nature cadavérique, car d’un côté, on trouve dans la moelle au niveau de ce ramollissement des tubes
AG. a Les gros nerfs des membres, le sciatique, le médian et leurs principales branches paraissent avoir leur volume normal, mais ils sont plus aplatis et plus ternes que d'ordinaire.
Grand sympathique cervical examiné à l’état frais, et à l'œil nu paraît sain des deux côtés.
Examen histologique dû à l’obligeance de M. le professeur agrégé Baraban.