‹ Contribution à l'étude de l'œdème dur traumatiqueChapitre 14 sur 19 · OBSERVATION XVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVI

(Brouardel

B..., 53 ans, fut, le 19 mars 1902, projeté à l'extrémité d'un wagon dans lequel il se trouvait, par suite d’un tamponnement d'un train. Un certificat médical rédigé le même jour porte «une éraflure du bout du nez : sur la main droite, sur le pouce et l'index, trois éraflures ; une douleur dans le genou gauche ». Le blessé continua le voyage : le lendemain un nouveau cerUlicat renseigne : « le matin, le genou est plus douloureux qu'hier {11 y à du gonfiement : dans ces conclusions le repos est lormellement indiqué ». Du 18 avril 1902 au 3 octobre 1903, cinq cerlficats du médecin traitant déclarent que le blessé est allemt d'une arthrite sèche du genou gauche avec œædème de la jambe du même côté. Du 8 avril au 31 juillet 1902, “on conslale de l'œdème de la jambe gauche et de l'intégrité de

AMOSUE l'articulation du genou après palpation et examen radioscopique.

Le 9 janvier 1904, l'examen est fait par M. Brouardel en commun avec M. le docteur Raymond. B....esl vigoureux. Pas de lésions viscérales. Bonne santé générale. N'a souffert que de quelques fluxions hémorroïdales.

Au membre mlérieur gauche, on constate une atrophie considérable de la jambe, à partir de la ligne articulaire du genou, jusqu à l'extrémité du pied : la peau est rougeûtre jusqu'à un certain point, une hypertrophie des papilles ; l’empreinte du doigt persiste dans les tissus. La sensibilité sous tous ses modes est complètement abolie : cependant la piqûre provoque une contrachon des pupilles, cette piqûre a été perçue, mais à l'insu du malade ; le trouble de la sensibilité a une limite très nette : elle est, suivant l'expression classique, en forme de jambe de pantalon.

L'articulation du genou est absolument intacte, on ne percoil pas de craquements. Les vaisseaux de la cuisse, du creux poplité ne présentent aucune altération. Il existe un léger tremblement des doigts qui paraît dû à un certain degré d’é-

thylisme.

OgservarTiIonN XVII

(Due à l'obligeance de M. Marlin)

V..., âgé de 21 ans, mécanicien, glisse le 5 septembre el se laisse tomber contre un mur sur lequel son coude droit heurte assez violemment ; lorsqu'il se relève il a une vive douleur de l'épaule et de l'impotence. Le médecin appelé diagnostique une simple contusion et prescrit des compresses humides. NT à celte date, ni les jours suivants, son épaule ne présente d'ec-

chymose.

LEVO Es

Quinze jours après, l'épaule est le siège d'un gonflement légèrement rougeàtre qui se propage dans la région de l’aisselle et du scapulum. Le médecin traitant pensant à un phlegmon envoie le malade à l'hôpital ; mais à ce moment-là les douleurs avaient disparu et le malàde n°2 souffrait plus. L'm- ‘erne de garde diagnostique et réduit une luxation intra-Coracoïdienne. Trois jours après le malade sort de l'hôpital.

Il rentre de nouveau le 28 septembre el voici ce que nous observons : le teint est terreux, jaunâtre, la langue saburrale, il n'y a pourtant pas de fièvre. Le moignon de l'épaule est très tuméfié et présente une coloration rougeâtre. La tuméfaction s'étend en avant sur le pectoral Jusqu'au sternum, en arrière jusqu'au milieu de l'omoplate. Le membre supérieur est augmenté :e volume, mais sa couleur blanchâtre tranche nettement sur celles du moignon de l'épaule. Le malade ne souffre

pas; à la pression, 1} ressent une légère douleur : à la palpalion, la partie malade est d'une dureté hgneuse ; la peau très infiltrée, ces parties ne sont pas dépressibles et la pression n'y détermine pas de godet d'œdème. Cette induration occupe le pectoral et le creux de laisselle (dans lequel on ne peut limiter la masse ganglionnaire). Les muscles scapulaires parlicipant au même processus sont moins indurés. Sur le bras l’'œædème est très mou, la pression y détermine des godets déprimés, blancs, très persistants. La sensibilité est normale.

Tout mouvement de l'épaule est impossible. L'avant-bras et la main gauche peuvent exécuter quelques mouvements, mais très récuils et Himités par la disitension du tissu cellulaire.

Pensant qu'il s'agit d’une Suppuralion profonde axillaire ou sous-pectorale, M. le professeur de Rouville décide d’intervenir.

Le 29 seplembre, une large incision de la paroi antérieure de laisselle est pratiquée : le tissu cellulaire, très induré;

me S

forme un véritable mastie qui engaine et comprime le paquet vasculo-nerveux, expliquant l'œdème mou du bras. Il n'y a pas de trace de collection purulente, ni dans l’aisselle, ni sous le pecloral. Drainage large et suture de l'incision.

Les Jours suivants l'aspect du malade se colore, l'appétit revient. L'induralion ligneuse et l'œdème du bras persistait toujours. Pas de trace d'écoulement purulent.

Un mois plus tard l'induration et l'œdème ont dininué. Les plaies opératon’es sont cicatrisées. Le 10 décembre l'indura- Hion a presque disparu. Les mouvements de l'articulation sca: pulo-humérale sont tout à fait impossibles. Les muscles de l'avant-bras se contractent bien, mais l'articulation et les gaines immobihisées par linflammation plastique obéissent peu aux contractions musculaires.

- Le 15 janvier 1905, M. le professeur Tédenat a revu le malade, linduration a presque disparu, les mouvements de larhiculaltion commencent à se faire. Comme traitement on a employé les pansements humides.

OBsERvATION XVIII (Moreau)

B..., 44 ans, en descendant du train, le 4 novembre 1903, dans l'obscurité, eut le pied gauche pris entre deux rails et fit une chute sur le sol. Le même jour il fut visité par le docteur X..., qui déclara que B... s'était fait une entorse du pied gauche.

Huit jours après, un autre médecin fit les constatations suivantes : « Le pied et la jambe gauches sont le siège d’un gonflement assez considérable. À la palpation on ne perçoit nulie

part de chaleur inflammatoire, ni de douleur vive, sauf en un

PSE

point situé sur le péroné, à quelques centimètres au-dessus de la malléole. Les mouvements de latéralité du pied ne sont pas douloureux ; les attaches du pied sont bien conservées ».

Le 6 février 1904, je l'examinai et constatai : santé générale bonne, langue saburrale, estomac dilaté par des gaz ; pouls

Symptômes subjectifs du côté du membre inférieur gauche : impossibilité presque complète des mouvements dans l’articulation du cou-de-pied ; douleurs permanentes dans la jambe, qui empêchent même parfois le patient de dormir.

Symptômes objectifs : tuméfaction de toute la jambe gauche ; la température du membre gauche est moins élevée que celle du membre droit au-dessous du genou. La jambe est œdématiée et la pression des doigts forte et prolongée y reste marquée. Il existe aussi un certain épaississement dans les gaines des muscles fléchisseurs du pied. Les mouvements passis de l'articulation tibio-tarsienne sont très limités.

Le 11 août nous constatons toujours le même étal et nous décidons de le faire radiographier, ce qui nous fit constater une fracture du péroné.

infin le 19 novembre 1904, après un dernier examen, nous constatons que tous les (raitements scrupuleusement suivis ont échoué ; la situalion du malade n'a pas changé ; mais l'œdème du membre blessé à augmenté. La peau est légèrement cyanosée el lisse. La pression des doigts y laisse une empreinte. Il reste loujours incapable de s'appuyer sur son membre blessé.

FR à

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