‹ Contribution à l'étude de l'éclampsie puerperaleChapitre 4 sur 22 · DÉFINITION · texte numérisé non relu

DÉFINITION

Le mot éclampsie s'applique plutôt à un symplôme de la maladie qu'il désigne, qu’à une entité morbide définitive.

N'est-ce pas, en effet, le scintillement caractéristique

. des yeux qui annonce le début de l'attaque qui a valu . à cette affeclion le nom d’éclampsie donné par Hippo-

. crate d’un mot grec exkarrew signifiant briller, luire, res-

plendir.

L'expression symptomalique de cette maladie est telle-

ment accusée et si grave qu'il n’est pas étonnant qu'elle

ait frappé d’abord l'attention des médecins.

Gallien, Willis, Hoffman, ne virent eux aussi que les

convulsions.

Mauriceau, Deventer, Astruc allèrent plus loin en les confondant avec l’hystérie et l’épilepsie.

Sauvages en 1772, l'appelle Eclampsia parturientium. Baudelocque en décrit trois formes, tétanique, épileptique cataleptique.

Velpeau, M? Lachapelle, Désormeaux, trouvent inutile de décorer de noms divers ces apparences d’une même cause et les réunissent sous le nom d'éclampsie.

Monneret l'appelle épilepsie puerpérale.

Ces épithètes, ces hésitations consacrent en somme une erreur pathogénique et l'interprélation exclusive

d'un symptôme dominant est cause de la confusion qui

a eu heu entre l’éclampsie, l’hystérie et l'épilepsie, qui malgré leurs ressemblances sont l’expression de causes tout opposées.

Les recherches anatomo-pathologiques ayant démontré le rôle prépondérant joué par le rein et peut-être le foie il est plus juste de définir l’éclampsie d’après sa caractéristique causale, que par ses symplômes dominants.

A vrai dire, on ne trouve pas dans les auteurs, une définition bien nette, c'est plutôt par une périphrase qui contourne la difficulté, et visant surtout le trait saillant de la maladie, c'est-à-dire les convulsions, qu'ils abordent la question. « Cette affection, disent-ils, est caractérisée par des accès convulsifs avec perte complète de la connaissance se renouvelant à intervalles plus ou moins éloignés et reliés les uns aux autres par des périodes de coma plus ou moins longues. » À notre avis, c’est là, bien plus une descriplion qu’une explication d’un fait, et en disant qu’il y a des convulsions dans l’éclampsie on ne préjuge pas plus de la nalure de la maladie, de son essence causale, que si on nous disait qu’il y a une élévation de la température ou de l’albumine dans les urines.

Grâce à l'anatomie pathologique qui sous permet de soupçonrer pour ne pas dire connaître la nalure de la maladie, on est plus à même de donner une définition rigoureuse.

D'après les conceptions nouvelles qui sont admises par

la majorité des médecins et même par tous, nous croyons pouvoir dire que :

CPR ER

L'éclampsie est un syndrome clinique avec manifestations convulsives graves, paraissant lié à une aulo-inloæication par défaut d'élimination.

Nous savons qu’on tend à considérer l’éclampsie comme une maladie infectieuse, microbienne, ayant des liens étroits de parenté avec les maladies bactériennes en général, l’auto-intoxication n'étant que le second anneau de la chaîne pathologique, le principe infectieux dominant la situation! Cette question est encore trop ardente, medici certant et adhuc sub judice lisest, et puis d’ailleurs, nous nous éloignerions, en entrant dans cette voie, du cadre que nous nous sommes iracé.

Nous ne discuterons pas davantage les diverses théories pathogéniques qui se disputent les faveurs du monde médical. Les uns voient dans les reins malades et dans leur fonctionnement insuffisant le point de départ de tous les accidents faisant en quelque sorte de l’éclampsie une manifestation de l'urémie modifiée par l'état puerpéral. D’autres, pour des raisons que nous n’avons pas à

invoquer, prétendent que l'insuffisance fonctionnelle du

rein ne saurait à elle seule expliquer tous les cas observés, aussi en acceptant toujours le principe généralement admis de l’auto-infection, ils font intervenir comme concourant à cette fin non seulement le rein, mais encore le foie et tous les organes excréteurs, la peau, les poumons, l'intestin, elc., etc. C’est pour ces diverses raisons, que nous avons préféré donner à notre définition le plus de latitude possible, n’englobant ainsi dans son expression que l’élat des faits sur lesquels l'accord est à peu près absolu.

Casamayor 3

ÉTIOLOGIE DE L'ÉCLAMPSIE

On reconnait à l'éclampsie des causes aussi nombreuses que varices, mais toules ne doivent pas être rangées sous le même chef, car elles ne sauraient présenter une même influence sur le développement de la maladie.

Bien que nous nous soyons promis de ne pas nous occuper des conceptions théoriques de notre époque, nous devons obéir aux exigences qu’elles nous imposent, puisqu'elles dominent l’histoire de celte affection. C’est pour cela que nous ferons un classement distinct desinfluences éliologiques selon leur'importance. Parmi celles-ci, il en est en effet d’absolument prépondérantes, indispensables, premières-sans lesquelles les manifestalions morbides ne pourraient pas exister.

Ces causes efficientes, et nous les étudierons en particuker et successivement, sont le contage, l’albuminurie, l’ètat puerpéral.

Les autres qui sans avoir un effet majeur, n’en sont pas moins des adjuvants puissants quand elles apportent leur contingent pathogène, peuvent exister en dehors de. l’éclampsie, de même que celle-ci peut apparaître alors qu’ils manquent totalement. Quand ils existent, ils mettent l'organisme de la femme dans un état de résistance moindre qui donnera plus de prise aux causes efficientes, | nous les appellerons : causes aggravantes ou secondaires, nous en ferons l’énumération et l’étude tout à la fois.

4 Contagion. — Nous rappellerons seulement, pour n'omeltre aucune des causes invoquées dans l’éclampsie, l'idée émise en 1883 par MM. Doléris et Pouey et soutenue au congrès de Blois en 1884 par M. Delore. Ils avaient cru trouver dans leurs recherches microscopiques l'agent spécifique de la grave affeclion qui nous occupe. Il serait séduisant en effet de voir dans l’éclampsie une maladie infectieuse, ce serait un grand pas fait vers un but thérapeutique rationnel, car il est d'autant plus facile de combattre un ennemi qu'on le connaît mieux. Malheureusement depuis cette époque et malgré les dernières recherches de Blanc la question est encore en litige et nous avons vu au dernier congrès d’accouchements que l'accord était loin d’être fait. M. Doléris, qui a élé le promoteur de la théorie microbienne en émettant l’idée d’un germe pathogène, s'est élevé contre certaines affirmations de M. Hergott au sujet de cultures et d’ensemencements faits avec un bacille trouvé dans l’urine des éclamptiques et déterminant des convulsions chez des lapinés pleines. L’épidémicité de l’éclampsie a été mentionnée et admise même par un certain nombre d’accoucheurs, mais sa contagiosilé, malgré la valeur des cas observés, reste encore une question à résoudre, il ne suffit pas de faits cliniques plus ou moins probants pour trancher des difficultés dont la solution relève seulement du microscope.

Peut-être, espérons-le, arrivera-t-on un jour à démontrer que l’éclampsie est une septicémie spéciale dont la

cause sera aussi clairement prouvée que celle de la fièvre

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