SAGE
nérée. » Glascow la trouva tellement friable qu'il lui fut impossible de la fixer par des points de suture à la paroi abdominale. Gersuny nous signale dans un cas « de grands et de petits foyers nécrotiques. »
Dans le cas que nous avons observé dans le service de M. Heurtaux, la rate présentait l'aspect suivant :
« Son tiers inférieur, qui en réalité représentait le tiers supérieur de l’organe culbuté, offre à peu près son aspect normal, sauf un peu de congestion. Sa face est lisse.
» Les deux tiers supérieurs, au contraire, sont altérés. Le tissu splénique montre à la coupe un tissu plus compact, mais aussi peu friable, hépatisé en quelque sorte. La capsule de cette zone manque dans une grande étendue, car elle est restée adhérente au péritoine pariétal et aux organes voisins, par suite de la péritonite qu'avait suscitée la torsion du pédicule et sans doute aussi parce que les connexions entre la capsule et le tissu splénique avaient perdu une partie de leur résistance.
» Chose singulière, il semblait y avoir une tendance à la nécrose et à l’élimination de la portion de rate enflammée, car on voit fort bien, non seulement à la surface extérieure de l'organe, mais aussi sur la coupe longitudinale de la pièce, à l'union du tiers inférieur avec ses deux supérieurs, une sorte de sillon qui tend à séparer la partie malade de celle qui était à peu près saine. »
Citons enfin l’observation de Cabriolus où « la rate, libre de toute adhérence, nageait dans la cavité abdominale. »
Ce dernier cas peut être rapproché de ceux où des kystes de l'ovaire à pédicule tordu et rompu, ont été trouvés desséchés, atrophiés, au milieu des viscères.
Que les veines soient imperméables, alors que le sang continue à se déverser par les artères, et l’on trouvera des
lésions variant depuis la congestion simple jusqu’à la rupture et l’hémorrhagie, pouvant en fin de compte amener la gangrène de l'organe.
Dans un premier degré, on observe une stase passive, sans infarctus hémorrhagiques. L’organe est augmenté de volume, turgescent, induré (cas d'Hartmann); (1) son volume s’accroît dans ces conditions d’une façon subite, rapide; si la torsion s’accomplit lentement, par étapes successives, on verra s’accomplir ces fluctuations dans le volume de la tumeur, dues évidemment aux périodes de stase correspondant à chaque degré de torsion. L’infection primitive est sans doute capable de modifier le volume et la consistance de la rate, mais non d’une façon aussi rapide.
Dans le cas de Eawrason {2) « la rate pesait $4 onces 1/2; elle était fortement hypertrophiée. Or, dégagée du sang qu’elle contenait, elle avait son volume normal et présentait au microscope une structure également normale. La circulation en retour était interrompue dans le pédicule, et les veines, énormes, atteignaient la grosseur de l'intestin. »
Voilà un exemple fort net de cette augmentation de volume due uniquement à la torsion du pédicule.
La stase passive peut s’accompagner de foyers hémorrhapiques. C'est un second degré dans les lésions. Les observations où sont signalés ces infarctus de la rate, sont celles d'Albert — Rokitansky — Kôrte — Maccall et Rünge. (3)
Dans le cas de Maccall, il y avait une hémorrhagie dans la capsule splénique. Dix pintes d'un liquide épais rouge brun, furent retirées par une première ponction; la réaccumulation
(1) Obs. XVIII. (3) @bs. XI IN, IX, XIV, XX, C)RObS XIITe
fat très rapide, et lors de l'opération, huit pintes d'un liquide semblable s’échappèrent.
Dans un troisième degré, la tension sanguine peut produire des ruptures de l’organe, comme cela arrive pour les kystes de l'ovaire à pédicule tordu.
Le fait néanmoins ne semble pas ici fréquent. Dans un cas
de Penrose(r), « la torsion du pédicule avait produit un engor-
J gement de la glande, dont le volume était quadruplé, suffisant pour avoir produit sa rupture, près du hile. »
La suppuration de l'organe ne nous semble pas avoir été signalée, en dehors des cas de gangrène. La rate à pédicule tordu, est cependant dans des conditions favorables pour la suppuration, comme tout organe dont la circulation est défectueuse, où il y a stagnation de liquides. Ne faut-il pas en conclure que la rate qui suppure facilement dans certaines maladies aiguës, n'est pas habitée dans le cas d’ectopie ou d’impaludisme chronique, par des germes pyogènes ?
Les lésions de voisinage sont à peu près constantes.
Signalons tout d’abord les adhérences de la rate et du pédicule avec l’intestin, l’épiploon, le cœcum, la paroi abdominale.
Le grand épiploon a été trouvé altéré. Ces adhérences sont dues à une péritonite adhésive, produite par irritation mécanique de la séreuse; l'augmentation de volume de lorgane ectopié et ses déplacements, le dépoli de sa surface dû à ses altérations, sont la cause de cette irritation.
Ces adhérences étaient remarquables dans le ças de M. Heurtaux.
« Avant la découverte et le traitement du pédicule, on avait
(1) Obs. XV.
eu à se débarrasser d'adhérences notables. D'abord avec le péritoine pariètal qui adhérait largement à la rate et assez intimement pour que, dans une grande étendue, la capsule splénique lui soit restée adhérente ; la décortication se faisant entre le tissu de la rate et sa capsule.
L’épiploon, adhérant à la partie supérieure de la tumeur, est lié et coupé.
Deux anses d’intestin grêle adhèrent intimement à la rate : l'une à gauche, l’autre dans Pexcavation pelvienne. En outre, le cœcum et son appendice sont maintenus en dehors et en arrière par quelques adhtrences facilement détruites.
On peut donc dire que cette rate, à part quelques points très limités, était unie à tous les organes qui l’entouraient. »
Dans le cas de Maccall (1), « il y avait de larges adhérences, si solides en un point, qu’une portion de la paroi kystique ne put être enlevée. »
Des germes, venus du dehors propablement à travers les parois intestinales, peuvent venir infecter la séreuse péritonèale, et les cas de péritonite septique en sont la preuve. Dans celui d'Heurtaux, à l’ouverture de l’abdomen, il s’écoula « un liquide grisâtre ressemblant à du pus. »
Le liquide ascitique qui existe parfois a été trouvé exempt de germes (Hartmann). (2)
L’étranglement intestinal peut être la conséquence de la torsion du pédicule d’une rate déplacée ; témoins les faits observés par Babesiu (3), où « une anse intestinale était étranglée entre le ligament gastro-splénique tendu et la colonne vertcbrale » et celui de Helm et Klob (4), qui signalent « la com-
(1) Obs. XIV. GEO bS AV (2) Obs. XVIII, (4) Obs. VI.
pression de la dernière portion du duodenum par le pancréas contre le vertèbres ; l'estomac, en outre, était rouge sombre, gélatiniforme ; la dégénérescence complète dans le grand culde-sac. »
Dans le cas cité par Kôrte (1) « au-dessous de Pextrémité supérieure de la rate, entre des adhérences et le pédicule tordu, se se trouvait une anse intestinale fortement étranglée, présentant déjà un point de gangrène au niveau du sillon de compression. De là péritonite à exsudat purulent. »
Dans le cas de Coomans et de Cnaep (2), il y avait des symptômes manifestes d’occlusion intestinale, mais dus, dans la circonstance, à l’enclavement de la rate comprimant l'intestin, plutôt qu’à la torsion elle-même.
Pour nous résumer, disons que les principales lésions de voisinage dues à la torsion du pédicule de la rate, peuvent consister :
1° En péritonite adhésive.
2° En périsplénite suppurée.
3° En étranglement intestinal.
(1) Obs. IX. (2) Obs. VIL.
CÉAPROREANN