HISTORIQUE
Bien avant que l’embolie graisseuse fût observée chez l'homme, elle avait été produite artificiellement chez l'animal par un grand nombre d’expérimentateurs. En 1669 déjà le célèbre Lower rapporte dans son Tractatus de Corde qu’il a injecté dans les veines d’un chien 18 onces de lait, c’est-à-dire une émulsion de graisse ; l'animal mourut avec des palpitations et tous les symptômes d’une violente dyspnée. Les mêmes injections de lait furent répétées à différentes époques et dans des buts divers par Clarke (déjà en 1668), Courten (1678), E. King, Drelincourt, Gaspard, Donné! et Beck ?. Ces auteurs observèrent des troubles prononcés et souvent mortels de la respiration; mais le poumon ne fut ordinairement pas examiné (sauf dans les cas de Beck).
Les plus anciennes injections d’huile non en émulsion dans le torrent circulatoire paraissent remonter à Magendie*. Dans son premier essai, l’animal succomba à l'introduction d’une once d'huile dans la veine jugulaire; les dernières ramifications de l’artère pulmonaire furent trouvées entièrement remplies par le liquide. Une autre fois, il en injecte deux onces dans une des branches de la veine porte. « Le chien sur lequel je fis cette expérience, dit-il, resta pendant plusieurs jours dans un état voisin de
1 Voir Donxé, Cours de microscopie, 1844, p. 89 et 593, et GASPARD, Journal de physiolog'e, t. I, 1821, p. 178.
2 Beck, Untersuchungen und Studien im Gebiete der Anatomie, etc. Carlsruhe, 1852. Expériences 19 et 21.
3 MAGENDIE, Note sur l'introduction des liquides visqueux, etc., Journal de physiologie, t. 1, 1821, p. 37. — Virchow cite aussi Ségalas comme ayant fait des injections d'huile; je n’ai pas vérifié le fait.
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la mort, couché sur le côté, respirant avec difliculté, ne faisant aucun mouvement. » L'animal se remit cependant, mais une nouvelle injection de 3 onces d’huile le tua en peu d’heures en produisant les mêmes symptômes. Magendie attribue l'issue fatale de la première expérience à l'huile, qui a agi «comme une poudre inerte, impalpable, en suspension dans l’eau, et qui produit immédiatement la mort si on l’injecte dans la veine jugulaire, parce qu’elle obstrue les dernières divisions de l'artère pulmonaire ». A l’autopsie du second cas, le foie lui parut offrir une grande analogie avec le foie gras des oiseaux ; mais il ne parle pas du poumon.
Plus tard, Virchow! injecta de la graisse liquide dans la veine jugulaire des chiens. Il en résulta constamment une forte dyspnée. Dans un cas l'animal ne tarda pas à expirer en rendant par la bouche un liquide spumeux. À l’autopsie, on trouva un œdème aigu du poumon; tous les canaux respiratoires étaient remplis de sérum mêlé d’air, et les vaisseaux bouchés par la masse injectée. Toutes les fois, conclut Virchow, que de la graisse liquide, non en émulsion, est introduite dans la circulation, la plus grande partie s'arrête au poumon; elle y forme une injection des capillaires parfois si belle et si complète, qu'on peut la mettre à profit pour l'étude de leur distribution. La petite quantité de graisse qui réussit à traverser l’organe s'en va remplir de même les vaisseaux du foie et les glomérules du rein. L’obstruction d’une si grande étendue du réseau pulmonaire a pour conséquence, dans le reste de ce réseau, une élévation considérable de la pression sanguine, et une transsudation séreuse aussi abondante que dans les cas d’embolie d’une artère pulmonaire de premier ordre.
En 1844, Gluge et Thiernesse publièrent le compte rendu de leurs expériences sur la destinée de l’huile d'olive et de l’huile de foie de morue dans l’organisme?. Ils avaient expérimenté sur diverses espèces d'animaux tant carnivores qu’herbivores. Aux uns, ils mgurgitaient l'huile par la bouche; à d’autres, ils l’injectaient dans les veines. Dans presque tous les cas, l'animal leur
1 ViRcuow’s Archiv, V, p. 388, ou Gesammelle Abhandlungen, p. 297. ? Hxsers Archiv für die gesammte Medecin, Bd. VI, p. 494.