‹ Contribution à l'étude de l'emploi de l'éther en obstétriqueChapitre 3 sur 52 · COMMENT NOUS AVONS ÉTÉ CONDUIT À EMPLOYER L'ÉTHER EN OBSTÉTRIQUE · texte numérisé non relu

COMMENT NOUS AVONS ÉTÉ CONDUIT À EMPLOYER L'ÉTHER EN OBSTÉTRIQUE

Pendant notre stage aux hôpitaux de Montpellier, nous avons eu souvent l’occasion de faire des anesthésies dans les différents services de M. le professeur Forgue. Nous avions eu l’occasion de remarquer personnellement la supériorité de l’éther sur le chloroforme, pour la majorité des cas. Nous avions donc cru que cet agent produisant de si bon effets et si employé en chirurgie avait aussi son emploi en obstétrique. Nous fûmes donc profondément surpris en apprenant l’abstention dont l’éther était l'objet dans cette branche de la science médicale. Nous nous expliquions, en partie, cette abstention en songeant que l’éther avait été importé de Lyon par M. le professeur Tédenat et propagé par lui à Montpellier, aidé dans cette tâche par notre Maître M. le professeur Forgue. Il était

donc relativement admissible que cette influence ne se fût pas fait sentir .dans la clinique obstétricale. Nous avions encore l'illusion de croire que l’éther était au moins employé à Lyon dans toutes les cliniques sans exception. Cette dernière 1llusion tomba bientôt et nous apprimes, un jour, l’emploi unique du chloroforme dans le service du professeur Fochier.

Devant cette abstention générale, nous en cherchâmes longtemps la cause. Aucune raison ne put nous en donner une explication satisfaisante. Ayant été sur ces entrefaites nommé interne à l'hôpital de Nice, nous fimes part de nos impressions à M. le docteur Lautard, accoucheur audit hôpital. Nous décidämes d'essayer à la première occasion l'emploi de l’anesthésique devant lequel des grands Maitres avaient peut-être reculé. Cette occasion se présenta bientôt. Le 24 mars 1897, à T heures du soir, entra, à l'hôpital de Nice, une femme en travail, avec une dilatation supérieure à 9 francs. La poche des eaux était intacte. Au palper et au toucher on constatait une présentation de la face en MIGA. Les bruits du cœur étant un peu obscurs, le docteur Lautard se décida à rompre la poche des eaux à 8 heures 114. Les eaux s’écoulèrent teintées de méconium, et au toucher on pouvait constater la mobilité de la présentation et un promontoire accessible. Il était évident que le fœtus souffrait et comme le travail livré à sa propre initiative devait durer très longtemps, il était de toute nécessité d'intervenir. Üne application de torceps fut décidée et la femme fut au préalable anesthésiée à l’éther. Au bout de trois minutes et demie l'anesthésie élait complète. À ce moment-là, la tête se trouvait à la vulve et avait ainsi dans un si court laps de temps accompli la dilatation, lengagement, la descente et la rotation, qui eussent normalement exigé plusieurs heures. La tête sembla alors vouloir s'arrêter, mais une simple application directe de forceps fut suffisante pour la dégager. L'enfant sortit'vivant,

sans bosse séro-sanguine, sans ecchymose et sans la laideur caractéristique de la présentation de la face. Beaucoup de raisons mililaient cependant en faveur d’une issue contraire. La femme était une primipäre âgée déja de 28 ans; son diamètre promonto-pubien mesurait sans déduction 9 112, c’est-à-dire 8 ; le fœtus avait, par contre, comme diamètres bipar. 9, bimal. 8. Un tassement a donc été obligé de se produire pour laisser passer cette grosse tête fœtale. Cet accouchement dystocique n'a d’ailleurs pas eu de suites fâcheuses pour cet enfant et, à sa sortie de l'hôpital, au bout de 8 jours, il avait augmenté de 80 gr. La femme se réveilla presque de suite, reprit connaissance et resta seulement sous le coup d’une ivresse gaie. Les suites de couches furent abso- ‘lument normales.

À peine cet accouchement dystocique était l terminé que nouseûmes l’occasion d’expérimenter l’éther sur un autre également dystocique. À dix heures entra à l'hôpital une femme avec une présentation de l'épaule et une main horsde la vulve. Elle avait de plus une procidence du cordon. Cette main hors de la vulve et ce cordon procident existaient depuis midi et plusieurs tentatives de version avaient échoué. Le palper était impossible étant donné l'état des contractions permanentes de l'utérus. M. le docteur Lautard ayant introduit sa main dans les voies génitales constala que le col était très serré et ne permettait pas d'arriver dans la cavité utérine. La présentation était très engagée et ne pouvait pas être soulevée. La version étant impossible dans ces conditions, on décida de faire une embryolomie par la décollation. La femme fut éthérisée à fond. La main introduite de nouveau dans les voies génitales ne püût atteindre ie cou du fœtus, la présentation étant ceile du tronc tout-à-fait franche. On rengnça à la décollation pour faire place à l’éviscération. Dès que le perforateur entama le gril costal, on s’aperçut que la matrice, très fortement tétani-

MARIE RTE

sée, se mit à se relâcher et la version s'exécuta très facilement. La femme se réveilla calme et paisible.

L'anesthésie avait produit dé bons résultats dans ces deux accouchements. Dans le premier, elle avait, peut-être, sauvé l'enfant, qui serait sans doute mort par la longueur du travail. Dans.le second, la femime se trouvait dans les conditions voulues pour être infectée; l'enfant était mort depuis longtemps et certainement l’air avait pénétré pendant les tentatives de version qui avaient été faites. L’anesthésie ayant permis d'extraire le cadavre fœtal avait, par suite, enlevé la cause d'infection. La femme eut, en effet, des suites de couches absolument normales,

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