tue
Les Observations XI, XII, XIII, XIV, XV, XVI ont été prises dans le ‘service de M. le professeur Carrieu et sont dues à l'obligeance de M. Roger, interne des hôpitaux.
Observation XI. — Variole hémorragique chez une vieille femme. — Bronchopreumonie. — EÉlectrargol. — Guérison.
G... Victoire, 65 ans, domiciliée à Pignan (Hérault), entre le 21 octobre 1907 dans le service du professeur Carrieu pour variole.-
Antécédents personnels : La malade a présenté, vers l’âge de 40 ans, une ostéomyélite du maxillaire inférieur, d’origine dentaire, avec élimination de séquestres : il persiste depuis des cicatrices très apparentes et une limitation assez marquée des mouvements de mastication. Il y a 7 à 8 ans est survenue une arthrite coxofémorale gauche qui à laissé de l’'ankylose de la hanche.
Cette femme a eu 7 enfants dont trois sont morts du croup, un de gastro-entérite ; les trois autres sont en bonne santé.
Elle n’a pas été vaccinée depuis son enfance.
Début de la maladie : il y a cinq jours, par frissons, nausées, vomissements, céphalée intense et constipation, ayant duré deux jours environ. La malade a présenté chez elle quelques lipothymies.
Il y a trois jours est survenue une éruption qui a augmenté depuis, mais semble rester stationnaire depuis la veille.
La malade vient de Pignan où sévit en ce moment une épidémie assez grave de variole.
Etat actuel le 22 octobre : La malade présente une éruption variolique typhique ; il s’agit de papules, très nombreuses, siégeant en | tous les points du corps, mais surtout au niveau de l'abdomen où elles sont tout à fait cohérentes. Ces papules sont très aplaties, mal venues à la face. En aucun point nous ne constatons de passage à la suppuration, mais quelques-unes de ces papules sont bleuâtres ou noirâtres, particulièrement au niveau des membres inférieurs ; ce sont de petites hémorragies.
La langue est très sale; la malade n’est plus constipée, la température est de 3805 ; il y a de la dyspnée: 24 respirations à la minute. La malade tousse et expectore quelques crachats visqueux
I Re
blanc-jaunâtre. Nous constatons de la matité et un foyer de râles sous-crépitants à la base du poumon droit.
Il s’agit donc d’une variole à tendance hémorragique survenant chez une vieille femme, et le pronostic nous paraît grave.
Nous prescrivons la médication habituelle éthero- Épiacées du chlorure de calcium (2 gr.) à cause des petites hémorragies cutanées et une potion stimulante à la strychnine (0 gr. 005).
Mais les symptômes s’aggravent: le surlendemain, 24 octobre, l’éruption est confluente en un grand nombre de points. Au niveau de l’abdomen et à la face antérieure du thorax de nombreuses papules, peu surélevées d’ailleurs (éruption sort mal); elles sont rouge vineux, purpuriques,; au membre supérieur, des vésicules confluentes atteignent la dimension de pièces de 50 centimes et même de 1 franc; les membres inférieurs présentent des phlyctènes nettement sanguinolentes et, à côté, en des points non papuleux, en peau saine, se trouvent de petites taches rouge vif, purpuriques, de la dimension d’une tête d’épingle. En de très rares points nous apercevons une légère suppuration.
Le foyer de râles et la matité de la base droite ont beaucoup augmenté ; ils remontent au tiers moyen; la base gauche devient submate et nous y percevons quelques râles.
La température est à 3708, le pouls à 92 ; les bruits du cœur assez bons, bien frappés ; la respiration est à 36 ; l’adynamie est intense. A notre médication nous ajoutons de l'ergotine (0 gr. 75) et de l’acétate d’ammoniaque (4 gr.) ; nous augmentons la dose de chlorure de calcium (4 gr.) et de sulfate de strychnine (0 gr. 01).
Le pronostic nous semble des plus sombres. Nous lui faisons une injection sous-cutanée de 10 ctm. d’électrargol.
Le lendemain, 25 octobre, nous apprenons que la malade a‘un peu reposé pendant la nuit. La plupart des vésicules passent à la suppuration. L'état général ne s’est pas aggravé : la température est à 380-3805 ; le pouls ne s’est pas accéléré, mais il est un peu plus faible ; les signes pulmonaires persistent. Nous faisons une nouvelle injection d'électrargol (10e) ainsi que le lendemain 26 octobre.
Les pustules hémorragiques ne deviennent pas plus nombreuses, quelques-unes commencent à se sécher. Peu à peu elles se couvrent
de croûtelles, dont un assez grand nombre sont noirâtres ; la
desquamation se fait normalement, sauf au niveau de la lèvre inférieure où la malade passe sans cesse sa langue. Il y a des ulcérations recouvertes de croûtes noirâtres très épaisses, tandis que l’ensemble de la lèvre est très tuméfié.
Les symptômes généraux de prostration et d'adynamie s’amendent; il persiste pendant longtemps une faiblesse. générale et un peu d’inappétence.
Les phénomènes pulmonaires persistent jusque vers le 30, déterminant même vers le 28 une dyspnée intense et un peu de fièvre 3706 à 38, nous prescrivons des cataplasmes sinapisés et des ventouses.
La malade sort guérie le 18 novembre.
Observation XII. — Variole hémorragique, délire violent. — Electrargol. — Guérison.
G... Camille, 44 ans, charretier à Pignan, entre à l'hôpital dans le service de M. le professeur Carrieu, le 21 novembre 1907, pour variole.
Antécédents personnels. — Ethylisme habituel (4 à 5 litres de vin par jour, apéritif matin et soir). Le malade n’a pas été vacciné depuis sa première enfance.
Il entre en plein délire, avec une éruption variolique généralisée.
D’après les renseignements fournis par l'entourage, la maladie aurait débuté, il y a cinq à six jours environ, par de la céphalée, de la courbature générale, plus marquée à la région lombaire, des frissons et des vomissements. Dans la maison voisine de celle qu'habitait le malade, étaient survenus plusieurs cas de variole.
L'éruption aurait commencé, il y a 2 ou 3 jours ; le délire est constant depuis deux jours, très intense ; le malade veut se lever; son médecin traitant a porté un pronostic fatal à brève échéance.
A son entrée, nous nous trouvons en présence d’un malade très agité, qui gesticule, parle, crie, veut à tout instant se lever; son délire est surtout professionnel (le malade est charretier et parle surtout à ses chevaux).
L’éruption variolique est typique ; elle est confluente au niveau de la face où les papules et vésicules sont un peu aplaties; un
assez grand nombre de vésicules sont opalescentes ; la suppuration est donc déjà installée. L’éruption est moins abondante mais plus saillante au thorax et à l'abdomen. Le nombre d’éléments atteint son maximum aux membres inférieurs ; il y a là, particulièrement sur les orteils, de larges vésicules et surtout un grand nombre de vésicules bleuâtres, purpuriques. Il existe du purpura en dehors des vésicules.…
La température n’est cependant pas très élevée ; elle atteint à peine 3706 ; le pouls est assez bien frappé.
Dans les périodes d’accalmie, l’adynamie est assez marquée. Nous prescrivons, le soir même, un traitement éthero-opiacé intensif :
Extrait gommeux d’opium 0 gr. 20
SITOD I 'éthÉL + 228 ee 150% Eau de mélisse, q. s. pour 120cc
Liqueur d’'Hoffman.......
auquel nous associons le chlorure de calcium (3 gr.) et le rhum.
Dès le lendemain, M. le professeur Carrieu fait faire, matin et soir, deux injections de 10e délectrargol.
L'agitation, qui avait été considérable pendant la nuit, devient moindre dans la journée. La température ne S’élève pas comme
lors de la période habituelle de suppuration : 3704 matin et soir, alors que la suppuration envahit de plus en plus les vésicules du membre inférieur.
Les pustules purpuriques semblent un peu plus nombreuses, assez larges ; le pouls est à 900 ; état général toujours grave.
Le 23 novembre le délire diminue : température 3703 et 3768 ; les éléments éruptifs n’augmentent pas.
Electrargol 20e. — Le 24 novembre, le malade a un peu reposé la nuit ;ilne délire plus, répond aux questions qu’on lui pose. Les taches purpuriques n’ont pas augmenté, mais nous constatons au niveau de l’œil droit, une hémorragie sous-conjonctivale d’un rouge vif intense, qui existait sans doute depuis quelques jours, mais que nous n'avions pas aperçue. — Température 3701 et 3705.
Electrargol 10e, — Le 26 novembre, l’éruption est en voie de dessication ; l’état général est très bon ; nous supprimons la médication éthero-opiacée et lé chlorure de calcium.
Le malade tousse un peu; température 37 cet 3703.
OT e
Le 27 novembre la température s'élève à 3708 le soir : le malade tousse et expectore quelques crachats visqueux, adhérents, légèrement colorés par du sang ; à la base gauche existe un peu de matité et un foyer de râles.
Le 28 novembre, la dessication est complète au niveau des pieds, des mains et, sur les jambes, apparaissent des croûtes noirâtres aux points où s'étaient faites de petites hémorragies ; température : 380 le matin et 3706 le soir.
Même état pulmonaire. — Nous faisons prendre au malade une potion tonique au sulfate de strychnine (0 gr. 005) et au benzoate de soude (4 gr.). — Le premier bruit est un peu sourd.
Les jours suivants, l’état pulmonaire s’améliore peu à peu ; la desquamation s'effectue ; aux pieds, c’est toute la semelle qui se détache en bloc.
Le malade est complètement guéri le 15 décembre 1907.
Observation XIII. — Dothienentérie à forme hypertoxique et à lésions intestinales gangréneuses. — Electrargol en injection souscutanée, intra-rachidienne et intra-veineuse. — Amélioration passagère de quelques symptômes. — Mort au 16e jour.
F... Jeanne, 16 ans, domiciliée à Montpellier, entre à l'hôpital suburbaïn dans le service du professeur Carrieu, salle Bichat, numéro 20, le 12 novembre 1907.
Antécédents personnels et héréditaires sans importance. La malade est réglée depuis deux ans; ses règles sont normales durant 4 à 5 jours.
Début de la maladie : il y a 3 jours par frissons, céphalée frontale assez intense, courbature générale, insomnie.
Depuis lors tous ces signes persistent : de plus la malade vomit depuis 2 ou à 3jours, elle ne peut supporter ni le lait ni le bouillon; elle ne présente pas de douleurs abdominales mais de la diarrhée (4 à 5 selles par 24 h.) selles bleuâtres et très fétides. La malade tousse un peu depuis la veille, mais ne crache pas. Pas . d’épistaxis; pas d’angine.
Les dernières règles remontent à vingt jours environ. La malade a été purgée chez elle il y a quatre jours et prend
depuis trois jours du pyramidon.
Etat à l'entrée : La malade est dans le tuphos, répond assez mal aux questions qu’on lui pose. Il est difficile de la tirer de son assoupissement.
La langue est très sale, rouge à la pointe et sur les bords; les lèvres sont fuligineuses ; le ventre est ballonné ; la pression de la région épigastrique et de la fosse iliaque droite est douloureuse.
Le pouls est ample, fréquent (120) dépressible et dichrote ; les bruits du cœur sont un peu assourdis, tendant à se rapprocher.
Temp : 3906.
Le poumon présente des râles de bronchite disséminés.
Nous instituons le traitement par les bains et faisons 2 d’huile camphrée.
Il s’agit donc d’une fièvre typhoïde avec abattement considérable et atteinte d'emblée du myocarde.
Le 13 novembre ; le tuphos et la prostration sont plus prononcés; il est absolument impossible de tirer à la malade quelques réponses sur son état antérieur.
Ventre tendu; diarrhée. Pas de vomissements: la malade supporte et prend assez bien le lait, le bouillon et les tisanes qu’on lui fait absorber.
Les urines contiennent des traces d’albumine.
Le 17 novembre, à 7 heures du matin, la malade qui avait passé une nuit assez agitée, présente une crise de suffocation intense: la face est toute cyanosée ; le pouls est très petit, incomptable. La nuque et la colonne vertébrale sont raides; trismus:la malade n’a pu desserrer les dents de toute la nuit. À
Nous faisons des injections d’éther et de caféine et 250c de sérum caféiné. La malade sort de cet état de crise (quinous paraît due à de l’intoxication du bulbe); mais les bruits du cœur sont très faibles, le pouls est très petit, très rapide : 136; la tension — 10; les traits sont tirés ; les yeux excavés, le lèvres très fuligineuses; la température atteint 4007.
Nous hésitons beaucoup à donner des bains, mais, vu l’ascension de la température et l’état général, nous les prescrivons cependant assistant nous-même à leur administration et les faisant précéder d’injections de spartéine, huile camphrée, éther camphré ou caféine. Nous faisons en outre une injection de 10e d'électrargol.
La malade, dans la soirée, semble un peu mieux; elle peut avaler quelques gorgées de liquide ; la raideur de la nuque et de la colonne vertébrale diminue; le ventre est moins ballonné, n’est pas douloureux à la pression; les selles et les urines sont assez abondantes.)
La température est fortement abaïssée, 3705, sans hémorragie intestinale ; le pouls est à 1320 ; la respiration — 44.
Electrargol 106 ; sérum artificiel caféiné (400 gr.) à 1 heure et 500 gr. à 11 heures du soir ; — glace sur la tête.— (Les bains sont bien supportés.
Le 18novembre, matin : la température reste basse (3804), mais le pouls est très petit, très faible, à peine perceptible : on peut cependant compter jusqu’à 156. Le cœur bat d’une façon assez désordonnée. La dyspnée est intense. La raideur de la nuque est plus accusée que la veille au matin; le trismus est très prononcé; on perçoit des soubresauts des tendons. La malade refuse de boire.
Le facies est grippé, les ailes du nez battent ; les pupilles sont dilatées et ne réagissent pas à la lumière.
Les deux bases sont mates en arrière et on perçoit un soufle tubaire à la base gauche.
M. le professeur Carrieu porte un pronostic fatal à brève échéance; en présence de cette raideur de la muque, du trismus, il pense à une complication méningée et décide de faire la ponction lombaire suivie d'injection intrarachidienne d’électrargol.
La ponction est faite à 10 heures du matin : la température qui n'était le matin à 6 heures qu’à 3804 est remontée déjà à 392. Le liquide céphalo-rachidien n’est pas sous tension ; il est clair; on en extrait environ 14sc et on fait, immédiatement après, une injection de 10: d’électrargol qu’on pousse lentement dans le canal médullaire. On fait en même temps une injection de caféine et 300 de sérum artificiel. Les bains sont supprimés: on met de la glace sur le ventre, sur la tête et au niveau de la région précordiale.
La malade a pu, dans l’après-midi, desserrer un peu les dents et a pu boire. Il n’y a pas eu de frisson après l'injection intrarachidienne.
Nous faisons, à 4 heures encore, 10c d’électrargol en injection sous-cutanée et un peu plus tard 250 de sérum.
sa
L'état général est toujours très déprimé. La température atteint 4002 ; le pouls est aussi fréquent que dans la matinée (à près de 160) et très faible. Cependant, de même que le trismus, la raideur de la nuque a un peu diminué.
A 11 heures du soir, nouvelle injection de 10cc d’électrargol.
Dans la journée et dans la nuit ont été faites, en outre, toutes les 3 ou 4 heures, une injection, soit de caféine, soit de spartéine, soil d'huile camphrée. ‘
Le 19 novembre : la malade est au stade préagonique, la température atteint 4006; le pouls est à peu près incomptable, mal frappé. M. le Dr Bousquet, chef de clinique, compte cependant environ 180 pulsations à la minute. La malade n’a rien avalé de la nuit; mais il n’y a plus de trismus.
Sérum artificiel : 300 gr.
Nous faisons encore à 10 heures une dernière tentative: une injection intraveineuse de 20 d’électrargol.
La malade meurt au 16e jour de son affection, à 4 heures du soir : sa température atteignait, demi-heure avant sa mort, 4102.
L’autopsie n’a pu être faite complètement : mais nous avons pu prélever la partie terminale d’intestin grêle et la partie initiale du colon ascendant. fa
La congestion qui était des plus intenses au niveau de tout l’intestin, l’est à son maximum sur l’anse enlevée. Les ganglions mésentériques sont très tuméfiés.
L'anse intestinale enlevée montre des plaques de Peyer très nombreuses, énormes et ulcérées, gangréneuses en certains points ; la tunique intestinale est très amincie, la perforation intestinale était imminente. La valvule de Bauhin est absolument tomenteuse, mais au-dessous, dans le cœcum, n’existe aucune lésion.
Il s'agissait donc d’une dothienentérie des plus graves, vu l’intensité des lésions à type gangréneux constatées à l’autopsie; il s’agissait surtout d’une forme hypertoxique atteignant tous les organes : cerveau, cœur, poumon et intestin.
L'électrargol semble avoir fortement contribué à maintenir la malade pendant quelques jours, alors que la mort semblait imminente: l'injection intrarachidienne a fait notablement s’atténuer
Te
les symptômes d'intoxication bulbaire (trismus et raideur de la nuque). Peut-être est-il regrettable qu’on n'ait fait que très tardivement une injection intraveineuse à dose peu élevée !
Observation XIV. — Angine ulcéro-gangréneuse à bacille de Lœfler et à staphylocoque.— Croup. — Intoxication générale intense : Albuminerie considérable. — Traitement par le sérum antidiphtérique et l'électrargol. — Trachéotomie. — Guérison. — Eruption sérique. — Paralysie du voile du palais et des membres inférieurs.
T... Marie, âgée de 4 ans et demi, demeurant à Montpellier, rue Joseph Vidal, 11, entrée dans le service du professeur Carrieu (pavillon des contagieux), le mardi 19 octobre 1907, à 10 heures du soir. -
Antécédents héréditaires. — Père et mère en bonne santé. Un frère mort à 5 semaines.
Antécédents personnels. — Pas de maladie antérieure. Le début de la maladie actuelle remonte au vendredi précédent, c’est-à-dire à 5 jours. Le matin de ce jour, l'enfant se plaint des dents et de la région sous maxillaire droite: la mère constate à ce niveau une tuméfaction saillante, un peu dure du volume d’une grosse bille. L'enfant a moins d’appétit, un peu de difficulté pour avaler et présente un peu moins d’entrain dans-ses jeux ; pourtant elle sort, se promène. Elle se sent déjà bien mieux le dimanche et le lundi, lorsque dans la nuit du lundi au mardi (le 4e jour) la malade tousse, la respiration devient un peu gênée et la voix un peu rauque.
Le lendemain matin ces symptômes ont diminué, mais ils réapparaissent plus intenses dans l’après-midi : l’enfant est un peu chaude et affaissée. Un médecin éonsulté seulement vers les 8 heures du soir ordonne son transfert à l'hôpital.
A son arrivée, à 10 heures, nous constatons un facies pâle et terreux; la respiration est rapide : il y a de la gêne respiratoire évidente, avec tirage sus et sous-sternal ; la voix est voilée, le pouls rapide (110), mais assez bien frappé.
L'examen de la gorge décèle, sur les piliers du voile du palais, un enduit blanc-grisâtre, épais, crêmeux, avec sur l’amygdale, droite une plaque plus foncée, noirâtre. Au niveau de la région sous-
maxillaire droite on sent un ganglion non enflammé, indolore à la pression, dont le volume, au dire de la mère, serait inférieur à ce qu'il avait été au début.
Nous portons le diagnostic d’angine diphtérique, datant déjà de cinq jours, avec propagation au larynx et intoxication générale. Nous appliquons un traitement intensif: injection massive de 20k de sérum antidiphtérique. Dans la pièce, nous laissons s’évaporer sur un réchaud une solution contenant :
ACide-phénique...7 SAR 10 gr.
Teinture d’eucalyptus..... 20 gr.
Essence de térébenthine,.…. 50 gr.
FAUEGASSDOULR ETES 1000 gr.
L'enfant passe la nuit très assoupie.
Le lendemain matin, mercredi 30, le professeur Carrieu trouve la malade plus affaissée ; le teint est tout à fait plombé, les yeux s’excavent, la respiration est encore plus gênée, avec tirage très marqué. La malade se cyanose facilement quand elle pleure.
L'examen de la gorge, assez difficile, montre les mêmes signes que la veille ; l’amygdale droite présente surtout une ulcération recouverte d’une plaque noirâtre, très adhérente : toute tentative faite pour la détacher, ne permet de recueillir qu'un peu de bouillie grisâtre, légèrement hémorragique, qu’on envoie au laboratoire pour l’examen bactériologique.
La température ne dépasse pas 3705, mais le pouls oscille entre 120 et 130, atteignant même 136 — les ganglions sous-maxillaires sont tuméfiés.
A la base du thorax en arrière et à droite on constate un peu d’obscurité et quelques râles.
Monsieur le professeur Carrieu porte le diagnostic d’angine ulcéro-gangréneuse à bacille de Lœæffler avec probablement association microbienne, propagée au larynx et intoxication générale des plus intenses. — Albuminerie probable.
L'examen de la bouillie grisâtre fait par M. le professeur agrégé Lagriffoul, montra, en effet, qu’il s'agissait d’une association de bacille de Lœæffler et de staphyloccoque ; l'examen des urines décèla une quantité d’'albumine atteignant 16 gr.
Le pronostic paraît des plus sombres.
et
On prescrit des toniques : Rhum, café dans le lait; une potion
avec :
benzoate dé soude. 147,227 l'or
Fe Hémtlurede nNrrner suc" d1'pT.
Lemtiire dercanneles% 479 %er.
SITO DICO A ME 30 gr.
Julep simple q.s. pour...... 120ec
De grands lavages de la gorge sont pratiqués avec de l’eau bouillie contenant une ou deux cuillérées d’eau oxygénée ; on fait des attouchements de la plaque gangréneuse avec de l’eau oxygénée et une injection de 10 de sérum de Roux.
Le soir, à 4 heures, la dyspnée a augmenté; la petite malade, plus abattue, refuse toute boisson et il devient impossible de lui faire des lavages de la gorge. — La température est toujours basse 3608, le pouls est à 120. — Nous faisons tout préparer pour une trachéotomie et un tubage qui peuvent devenir urgents.
Vers 7 heures, la dyspnée augmente et, coup sur coup, la malade présente {rois crises de suffocation. Très agitée, elle se soulève sur son- lit, se cyanose et retombe ensuite dans un abattement extrême. |
Appelé aussitôt, nous cônstatons cet abattement : la dyspnée est un peu moins intense que pendant la crise mais le pouls est très petit, très faible, rapide, à 130. Il nous est impossible de faire ouvrir la bouche à la malade.
Devant cet état général des plus graves, devant cette dyspnée et cet état du pouls, qui nous font prévoir la fin à peu près certaine, à la prochaine crise de suffocation, nous nous décidons à intervenir d'urgence. Nous préférons la trachéotomie au tubage :
10 À cause des grandes dificultés que nous avons de faire ouvrir la bouche à la petite malade ;
20 Parce que nous craignons, vu l'intensité de la dyspnée, une propagation de la diphtérie à la partie supérieure de la trachée qui rendrait le tubage insuffisant.
L'intervention a lieu à 7 heures 1/2: nous avons quelque difficulté, la trachée une fois ouverte, à introduire la canule qui n’est pas du modèle plus commode de canule de Krishaber. La plaie saigne un peu ; la canule aussitôt mise en place, il en sort une bouillie grisâtre
ENpose
et sanguinolente. Mais la respiration ne se rétablit pas suivant un type régulier ; elle ne reprend que courte et intermittente: le pouls est peu perceptible, très rapide ; la face pâlit et les extrémités se refroidissent. Nous faisons une injection sous-cutanée de 3cc d’éther, 2e d’huile camphrée et pratiquons la respiration artificielle. L'état de stase persiste à 8 heures: nous injectons 0,50 de caféine et 2e d’huile camphrée. Sous cette influence et sous l’action de frictions à l’alcool camphré sur tout le corps, et. particulièrement sur le thorax, la respiration se régularise : le bruit trachéal se perçoit plus nettement et le pouls devient plus plein.
A 11 heures la malade respire facilement ; elle n’est plus abattue comme pendant le jour. La canule est nettoyée et on en retire la même bouillie grisâtre que celle expulsée au moment de la mise en place de la canule.
A cause de la forme infectieuse et toxique de cette diphlérie nous injectons be d’électrargol. , =
La malade passe une nuit bien moins anxieuse que la précédente; la canule est nettoyée une fois pendant la nuit.
Le jeudi matin, 31 octobre, nous trouvons à la malade la face un peu rosée; elle n’a presque plus rien du. teint plombé de ces derniers jours; le regard est plus vif, la mine plus égayée, la respiration plus facile et moins rapide.
Température 3702. Pouls 112.
L'enfant prend, sans trop de difficultés, sa potion et son lait avec du café et du rhum. On peut examiner la gorge avec moins de difficulté, la plaque de l’amygdale droite est moins grisâtre ; elle prend maintenant une teinte blanc jaunâtre. La canule est nettoyée une ou deux fois dans la journée et nous continuons la sérothérapie : 10c matin et soir ; l’électrargol 5 et l'huile camphrée 2cec. Température, le soir, 3704 ; pouls 120. =
Vendredi 17 novembre. — La petite malade a bien reposé toute la nuit. La dyspnée a disparu et le facies est bon. La gorge, qui se laisse facilement examiner, présente un enduit jaunâtre peu épais, en voie de régression ; l’ulcération de l’amygdale droite tend à se combler, et le soir, à notre contre-visite, nous pouvons assez facilement détacher, avec un tampon d’eau oxygénée, le peu d’enduit qui a persisté. L’adénite sous-maxillaire a presque
En DUR
disparu. Par la canule, l’enfant expectore assez abondamment des mucosités glaireuses, visqueuses et denses, bien diffiérentes de la bouillie des premiers jours, et qui nécessitent un nettoyage fréquent de la canule. — La malade émet 600 grammes d’urines contenant, par litre, 33 grammes d’urée, 4 gr. 50 de chlorures et 10 grammes d’albumine. Nous faisons encore deux injections de sérum antidiphtérique de 10, matin et soir, et, dans l'intervalle, une piqûre d'huile camphrée. ;
Un lavement glycériné provoque une selle abondante ; la malade n'était pas allée du corps depuis son entrée. Tempér., 3703-3706 ; pouls, 112.
Samedi 2? novembre. — Le facies et l’état général sont bons; l’enduit crêmeux qui siège sur l’amygdale droite a presque disparu. L'enfant absorbe sans difficulté tous les liquides qu’on lui donne. Température, 3703; pouls, 100. Nous faisons encore, pour soutenir la malade, une injection de 10 d'huile camphrée ef bc d'électrargol,
Dimanche 3 novembre. — Les mucosités expectorées par la canule sont plus fluides, mais encore assez abondantes. L’albumine a diminué: 4 grammes par litre et, le lundi 4novembre, 1 gramme par litre seulement.
Le 5 novembre seulement, on enlève la canule qui est restée en place 5 jours et demi. Aussitôt après, par l’orifice trachéal resté béant, la malade expectore encore quelques mucosités. Elle présente quelque difficulté à respirer et un peu de tendance à la cyanose, quand on ferme momentanément l’orifice trachéal et qu’on essaye de la faire respirer par la bouche. Aussi, le premier jour n’obturons-nous qu'incomplètement cet orifice avec de la gaze. Puis, la malade s’éduque; l’orifice est alors complètement fermé par une mèche de gaze salolée introduite dans le trajet ; la malade ne respire plus.que par la bouche. La voix, d’abord chuchotée, reprend elle aussi, petit à petit son intensité normale.
Le 12 novembre. — La malade tousse un peu ; elle présentait, le 8 novembre, en arrière et à la base droite, un peu de matité ; de la submatité au sommet, quelques runcus disséminés et quelques sous-crépitants à la base. Actuellement persiste encore de la matité.
HE
La plaie trachéale, qui a un peu suppuré, a été saupoudrée d’iodoforme, touchée au nitrate d’argent : elle est en bonne voie de cicatrisation.
Le pouls est toujours resté au-dessus de 100, de 100 à 110 ; mais la température est maintenant tout à fait normale.
L'albumine a bien diminué, malgré une légère recrudescence le 6 novembre (2 gr. 75), alors qu’elle n’atteignait la veille que 1 gramme ; elle descend progressivement le 7 novembre à 1 gramme; le 8 novembre à 0 gr. 80 ; le 9 novembre à 0 gr. 20 et le 12 novembre, il n’y a plus que des traces indosables.
On commence depuis deux jours à lever la malade et on lui
donne une légère alimentation.
Le 15 novembre. — L'enfant a, depuis sa guérison, la voix un peu nasonnée et elle a un peu de difficulté à avaler les liquides tout à fait au début de la déglutition. 11 y a donc paralysie du voile du palais.
La langue est un peu sale et la malade ne va du corps que par lavements. La température, depuis deux jours, atteint, le soir, 3705 ; le pouls est à 110. Survient une éruption papuleuse, lenticulaire, rosée, formée d’éléments irrégulièrement disposés et qui ressemblent assez à des éléments morbilleux; il n’y a, toutefois, aucun catarrhe. Cette éruption, qui a débuté par les cuisses et les bras, envahit bientôt tout le corps, prédominant aux membres (face de flexion), où elle devient presque confluente ; la face est atteinte la dernière. Les éléments éruptifs, discrets au début, lui donnent bientôt une teinte ,érysipélateuse. Cette éruption évolue par poussées et elle est polymorphe, morbiliforme en certains points, crythémateuse et urticarienne en d’autres. La fièvre, qui s'était élevée le soir à 3805, le 16 et le 17 novembre, tombe le lendemain à 37, en même temps que disparaît l’éruption. Le pouls est devenu plus fréquent, montant jusqu’à 135; mais l’état général n’est pas aggravé. Il s’agit d'une éruption sérique (l'enfant avait absorbé 70: de sérum en 3 jours).
Le 22 novembre. — L'alimentation est reprise: lait, soupes, potages, confitures... La voix est toujours nasonnée ; mais il n’y a plus de troubles de la déglutition, L'examen des mucosités de la gorge montre encore quelques bacilles de Lœæffler.
ae —
Le 25 novembre. — L'enfant commence à se lever, mais il lui est absolument impossible de se tenir debout ; elle est beaucoup plus abattue et plus affaiblie qu'avant son éruption sérique, lorsqu'elle avait commencé à se lever.
La malade sort le 1er décembre 1907.
Sa mère nous la ramène le 10 décembre ; depuis 5 à 6 jours elle à constaté, au niveau de la fosse iliaque gauche, une tuméfaction assez considérable, qui aurait diminué depuis que l’enfant, constipée, a ‘eu une débâcle abondante de matières dures. Il y a actuellement, dans toute la fosse iliaque, une tuméfaction parallèle à l’arcade et qui remonte jusqu’à l'épine iliaque antéro-supérieure ; elle est rouge, peu douloureuse à la pression, avec un point, au niveau du pubis, plus rouge et plus saillant où la peau est plus amincie. On y sent nettement de la fluctuation. Il s’agit d’un abcès dû, sans doute, à une des nombreuses injections faites au niveau du flanc.
La langue présente à sa partie droite de la glossite exfoliatrice. Le voile du palais est mobile : la luette est encore un peu tombante, la voix est moins nasonnée.
Les urines ne contiennent plus d’albumine.
L'enfant ne peut marcher toute seule, elle ne peut se tenir sur ses jambes; les muscles du mollet et de la cuisse sont atrophiés ; les réflexes rotuliens sont complètement abolis.
15 décembre: L’abcès de la fosse iliaque s’est percé au point proéminent. La malade marche un peu mieux.
Elle n’a plus été revue depuis.
Il s'agissait, on le voit, d’une forme de diphtérie des plus graves : association du Læffler et du staphyloccoque ; albuminurie intense; facies plombées de la malade. La toxi-infection microbienne était aggravée par l'asphyxie mécanique laryngée qui nécessita la trachéotomie.
L'électrargol, dont on a fait 3 injections de 5° en trois jours, était donc tout à fait indiqué : et nous sommes convaincus qu'il a aidé, pour une grande part, le sérum antidiphtérique à lutter contre cette intoxication.
ER
Observation XV. — Diabète maigre. — Gangrène diabétique de la verge et de la paroi abdominale.
B... Paul, 36 ans, jardinier, demeurant à Montpellier, entré le 1er décembre 1907, dans le service du professeur Carrieu, salle Combal, n° 6.
Antécédents héréditaires : mère morte bacillaire ; père éthylique.
Antécédents personnels : pleurésie gauche à 17 ans, blennhorragie à 20 ans, avec poussée d’orchite sur un testicule ectopique ; pas d’éthylisme ; pas de syphilis. Le malade n’a jamais été gras: il pesait 60 kil.
Histoire de la maladie actuelle. — Début assez brusque en juin 1907, par mictions involontaires la nuit ; dès ce moment, le malade accuse de la polyurie (4 à 5 litres d'urine la nuit), et de la polydypsie, mais pas de polyphagie. — Anaphrodisie. — Le malade va consulter un médecin qui fait analyser ses urines ; on y trouve une quantité considérable de sucre. Le malade est alors soumis au régime ; comme médicament on lui donne bromure, antipyrine, valériane.
La polyurie diminue et les symptômes s’amendent un peu quand, il y a une dizaine de jours, survient un gonflement de la verge et des bourses coïncidant avec des mictions plus fréquentes et plus impérieuses. É
Examen : I s’agit d’un homme plutôt amaigri, qui urine 11 litres par jour (urines contenant 14 gr. 50 de glucose par litre, soit 137 gr. 75 par 24 heures) ; ces urines sont légèrement mousseuses, renfermant du mucus (cystite légère) et de l’albumine AMCLIES dégagent une odeur très nette d’acétone, elles en contiennent d’ailleurs 0 gr. 60 par litre.
La langue est sèche ; les réflexes rotulien et crémastérien sont abolis ; depuis quelques jours le malade présente du subdélire.
I s’agit d’un diabète maigre à marche rapide.
Çe diabète est compliqué de balano-postite ; la verge est très tauméfiée, rouge crysipélateux, douloureuse à la pression. Cette tuméfaction s'étend aux bourses et remonte à la région suspubienne. Température 3706.
Le malade est soumis au traitement par l’antipyrihe et le bicarbonate de soude ; des compresses d’eau bouillie sont appliquées sur la verge. s f
LEE NCA
Les urines sont émises en moins grande quantité, mais le malade souffre de la verge ; la lymphangite envahit la paroi abdominale et le périnée. Le 5 décembre apparaît au niveau du prépuce, tuméfié et rouge, une plaque de sphacèle peu profonde, mais assez large. Cette plaque s'étend en surface et en profondeur, cependant que se montre une escharre sacrée. |
Le 7 décembre. — La lymphangite érysipélateuse avec œdème dur, douloureux, remonte au-dessus du pubis, gagne les flancs et les contourne, va jusqu’à la région lombaire.
Le malade urine 8 litres contenant 178 gr. 50 de glucose et 2 gr. 70 d’acétone par 24 heures. L'examen du liquide céphalorachidien montre qu’il contient de l’acétone.
Délire, abattement et faiblesse intenses. Température : 3608 matin ; 3907 le soir. Pouls : 100.
La sphacèle de la verge augmentant, on institue contre cette infection gangréneuse le traitement par les métaux colloidaux.
Electraurol 106.
Le 8 décembre. — Electraurol 10. Température : 370 matin ; 3903 le soir. Pouls faible, tendance syncopale.
Le 9 décembre. — Le sphacèle de la verge ne s’étend plus et la plaque devient plus sèche, mais la région sus-pubienne est très gonflée, très douloureuse. La soif a beaucoup diminué ; la langue est très sèche, l’affaiblissement est considérable.
Température : 370-3805 ; urines : 7.500c, Délire.
Electrargol 10e.
Le 11 décembre. — Le malade a un peu reposé ; le sphacèle de la verge est complètement limité, mais l’œdème dur érysipélateux, persiste au périnée, dans la région sus-pubienne, dans les fosses iliaques ; il envahit la racine de la cuisse. L’escharre sacrée augmente. La température oscille entre 370 et 3802.
Urines : 8 litres contenant 373 gr. de glucose et 0 gr. 90 d’acétone.
Electrargol 10e.
Le 13 décembre. — Il s’est développé dans la fosse iliaque droite, une collection nettement fluctuante, qui bombe sous la peau et occupe toute la fosse, la racine de la cuisse et une partie du flanc. Dans la fosse iliaque gauche, collection analogue, moins développée. La température ne dépasse pas 375. La collection de la