OBSERVATION TI
Encéphalite épidémique à forme lélhurgique, suivie de syndrome parkinsonien. — Hémiparésie droite. — Agitation nocturne, — Crises épileptiformes. — Troubles mentaux.
M... Marcel, 12 ans et demi.
A. H.: Père, employé de chemin de fer, bien portant.
Mère bien portante : 4 enfants, 3 vivants (un enfant mort de misère en 1914, pendant l'invasion allemande). — Pas de fausse couche.
A. P.: Enfant venu avant terme (8 mois et demi) : accouchement normal. Nourri au sein 3 mois, puis au biberon. — À marché à l’âge de 14 mois ; a parlé comme les autres enfants,
C'était un enfant intelligent, gai, travaillant bien. — Rougeole à 2 ans. — Pendant la guerre, se serait plaint de douleurs
abdominales qui ont disparu complètement.
Histoire de la maladie : À partir de fin décembre 1919, l’instituteur remarque que l'enfant n'est plus aussi attentif en classe et prévient plusieurs fois les parents. L'enfant était un des meilleurs élèves de la classe.
Le 8 février 1920, un dimanche, début brusque, le soir, par une céphalée violente et des vomissements. — L'enfant reste au lit deux jours (lundi et mardi) : les vomissements ont cessé et n'ont duré qu'une nuit, mais la céphalée persiste, un peu moins violente. — L'enfant retourne en classe pendant une journée : il se sent très fatigué et, le soir même du jour où il a été en classe, une fois couché, il ne s'endort pas et reste agité dans son lit, se plaignant de courbature ; il ne dort pas de toute la nuit.
Le 11 février, un mercredi, l’enfant a donc été en classe. — Nuit agitée du mercredi au jeudi.
12 février, jeudi : l’enfant reste au lit, agité jusqu’à 6 heures du soir, mais sans délire ; il s'endort et passe une nuit normale,
13 février, vendredi : l’enfant, calme dans son lit, semble aller mieux, ne dort que la nuit.
14 février, samedi : vers 9 heures du matin, l’enfant com-
et =
mence à délirer, croyant voir toutes sortes de scènes étranges.
Ce délire dure deux ou trois jours, mais en diminuant progressivement, L'enfant a cependant des moments de lucidité et répète à ses parents des phrases qu'ils ont dites devant lui pendant son délire.
Après cette phase aiguë, l’enfant tombe dans un soximreil profond durant nuit et jour et dont on n'arrive à le sortir qu’en le secouant, puis il retombe aussitôt dans sa léthargie. Ce sommeil dure 3 à 4 jours, pendant lesquels l'enfant n° s'alimente même pas. La température oscille entre 38°5 et 39°. — Au début, le malade aurait eu de la raideur de la nuque et du Kernig, mais la ponction lombaire n’a pas été pratiquée.
L'enfant se réveille au bout de 4 jours, la fièvre tombe et le médecin autorise le lever. La mère remarque aussitôt qu'il marche très lentement, en traînant les jambes.
Les jours suivants, la mère constate qu’une fois au lit, dans la soirée, l’enfant ne s’endort pas tout de suite comme auirefois. Il s’agite, se remue dans son lit, dessine, même privé de lumière, déchire du papier, et ne s'endort que vers 2 Gu 3 heures du matin. Au contraire, pendant la journée, l'enfant reste somnolent, ne parle presque pas, ne joue plus, s’endort dès qu’il est assis ou même debout, comme quelqu'un accablé de sommeil. Le facies est inerte, hébété, sans expression. A certains moments, il semble fixer un point pendant quelques instants, comme s’il avait une absence, puis il ferme les veux et s'endort quelques secondes.
Cet état persiste jusqu'au 3 mai 1920, date à laquelle l’enfant entre au service de médecine infantile.
Pendant son séjour à l'hôpital, on remarque qu'il est agité, inquiet pendant le jour, présentant une pelile toux nerveuse, ne reste pas en place, pleure facilement. Il dort mal la nuit, très agité, On ne constate rien d’anormal dans l'attitude de l’enfant, mais il présente des mouvements continuels, incessants.
À l’auscultation, souffle inlerscapulaire ; pas de bacilles de Koch dans l’expectoration, La température rectale oscille entre 37°et 37°5. Une ponction lombaire n’est pas jugée utile à cette époque et l'enfant quitte l’hôpital le 17 mai 1920.
De retour chez lui, l'enfant reste au même stade pendant tout l'été. — Cependant, il retourne en classe à la fin d'octobre 1920. — Au bout de quelques jours, l’instituteur remarque qu'il s'endort ou semble dormir en classe comme chez lui, mais il constate cependant que l'enfant répète ce que le maître à expliqué pendant qu'il semblait dormir.
En novembre 1920, l'enfant se plaint d’une sensation d’étouffement et de gène au niveau de l’estomac au moment où il rentre de classe, et tombe dans la rue, Les parents ne l'ont jamais vu tomber, mais des témoins ont assisté à ces chutes. L'enfant serait tombé sans connaissance dans la rue, mais pendant quelques minutes seulement. Ces crises survenaient environ tous les deux jours et se reproduisent une ou deux fois ce jour-là. Les parents conservèrent l'enfant à la maison et, sous l'influence du repos, les crises disparurent.
A partir du moment où il retourne en classe, l'enfant marche voûlé, le trone penché en avant et s'endort. Pendant la marche, il tient le bras droit collé au tronc et traîne la jambe gauche. H s'habille très lentement el tremble tellement que sa mère est obligée de lhabiller, — IT n’a jamais présenté de secousses myocloniques.
Sous l'influence du repos à la maison, légère amélioration : les crises lipothymiques disparaissent et lenfant marche de nouveau normalement sans antéropulsion. — Au contraire, au mois de janvier rg21, il présente de la rétropulsion et se cambre en arrière pour marcher.
Au mois de mars 1921, sans qu'il se fatigue davantage, les crises de suffocalion avec perle de connaissance reparaissent pendant quelques jours : elles surviennent surtout quand il marche trop vite ou trop longtemps. À cette époque, il se tient le tronc rejeté en arrière, le bras droit collé au tronc et trainant la jambe gauche. Le tremblement a nettement diminué.
En mars-avril 1921, rien à noter de spécial, si ce n’est que, vers la fin mars, il se plaint de douleurs abdominales durant environ une heure ou deux, sans vomissements, ni constipation, ni diarrhée. Ces douleurs ont disparu.
Etat actuel (juillet 1921) : Il ne s'endort toujours que vers > heures du matin, restant agité dans son lit, où il lit, dessine.
ss EG ss
Il reste somnolent toute la journée et s'endort sur sa chaise. Depuis un mois surtout, il a beaucoup maigri. Quand il pleure, il pousse une série de cris inarticulés, de gémissements lents. — Le caractère est bien modifié : l’enfant était gai autrefois, il riait et jouait comme les autres enfants. Actuellement, ïl est triste, maussade, toujours somnolent. -— Il taquine ses sœurs, mais sans méchanceté. — Il parle souvent la nuit.
La mère n’a jamais remarqué de strabisme ; cependant, depuis environ un mois, elle a constalé une légère chute des deux paupières, mais cette plose a disparu depuis quelques jours et n’est plus visble à l'examen actuel,
On constate de la parésie du membre supérieur droit. La force musculaire est un peu diminuée à droile et, quand on fait faire les marionnettes à l'enfant, il les fait beaucoup moins facilement de la main droite et avec beaucoup plus de lenteur.
La mère aurait remarqué également, il y a quelque temps, une déviation des traits de la face semblant indiquer un certain degré de paralysie faciale, difficile à identifier actuellement.
Après un nouveau séjour à l'hôpital entre le 12 et le 28 juillet 1921, l'enfant retourne chez ses parents, puis est ramené en consultation le 3 décembre r92r. La mère dit que, depuis cette époque, il n’y a pas eu grande modification dans l’état général.
La marche semble plus délibérée et l’enfant ne traîne pas la jambe. Il écrit moins bien de la main droite.
Facies figé et inerte : sourire béat. — Pleure facilement, sommeille souvent dans la journée. Il ne tombe plus comme par le passé, mais ne sort qu’au bras de sa mère.
L'enfant lit parfois et regarde des images, mais n’a pas de suite dans ses lectures. Il reste assis une partie de la journée et somineille en tombant sur le côté droit. Ne s'intéresse pas à ce qui l’entoure, ne cherche pas à s'amuser. — Toute la nuit, l’enfant souffle, siffle, déchire, sommeille une demi-heure à peine par nuit. — Bave par moments.
Légère parésie faciale droite.
Réflexes patellaires exagérés. — Phénomène du pied plus marqué à droite qu'à gauche.
11 janvier 1922 : L'enfant vient se représenter au service.