OBSERVATION IV
(Présentée par M. le Professeur HausHaLTEr à la Société de Médecine de Nancy, séance du 9 mars 1921.)
Encéphalite épidémique à forme lélhargique, suivie de syndrome parkinsonien, sialorrhée intense, insomnie nocturne. — Troubles intellectuels légers.
C... Maurice, 6 ans. — Entré le 12 février r92r. — Sorti le 24 mai 1921.
A. H.: Père bien portant.
Mère bien portante, mais présente un lupus érythémateux
ere
de la face. 7 enfants : le troisième est mort de broncho-pneumonie. L’aînée des enfants est sourde et muette : tous les autres sont bien portants, excepté le dernier qui est notre petit malade.
A. P.: Enfant venu à terme, n’a jamais été malade.
Au mois de février 1920, l’enfant a été pris d’une affection fébrile indéterminée qui a duré quinze jours, avec légère élévation de la température, et qui a été étiquetée : grippe. Une fois guéri, il est retourné en classe, mais l’instituteur remarqua que l'enfant s’endormait sans cesse et n'écoutait pas en classe (tandis qu'auparavant. il était très attentif et travaillait régulièrement).
L’instituteur conseilla aux parents de le garder à la maison et de consulter un médecin. L'enfant devenait de plus en plus agité, surtout le soir et la nuit, et présentait des mouvements désordonnés, des secousses musculaires myocloniques. — Le premier médecin qui vit l’enfant porta le diagnostic de chorée et prescrivit le traitement habituel, mais l’état de l’enfant ne s’'élant pas amélioré, les parents firent entrer le petit malade à l'hôpital de Lunéville. Après quelques jours de mise en observation dans cet établissement, les médecins traitants conseillèrent d'envoyer l'enfant au service de M. le Professeur HAUSHALTER.
Au dire des parents, l'enfant est très agité surtout le soir et la nuit. À peine est-il au lit qu'il se met debout dans le lit, s? promène dans la chambre, grimpe sur les meubles, remue sans cesse. Cet état dure jusqu'au matin : l’enfant, épuisé, s'endort. — Pendant la journée, il est plus calme, il reste sombre, faciturne, ne joue pas avec les autres enfants ef si on ne cherche pas à le distraire, il s'endort même debout comme une personne accablée de sommeil et ne pouvant v résister puis, ou bont de quelques secondes, il se réveille et se redresse pour se rendormir quelques instants après. Le facies est hébété. inexpressif : lenfant bave sans cesse : sialorrhée abondante. Il sourit cependant quand on l’interroge, mais c’est un sourire figé, inexpressif. Il répond lentement aux questions qu’on lui pose.
Son caractère aurait beaucoup changé : avant sa maladie, il était très intelligent au dire des parents : il était le premier
de sa classe et travaillait bien. Actuellement, il s’assied le plus souvent à l'écart des autres enfants, ne parle pas et se tient presque tout le temps assis, le tronc à demi fléchi sur le bassin, somnolent. Dès qu'on le met au lit, vers 6 heures du soir, l'agitation recommence. L'examen du liquide céphalo-rachidien dénote une Iymphocytose légère, —— Pas de fièvre.
Comme traitement, on à pratiqué un certain nombre d’injeclions d’urotropine.
Vers la fin de son séjour à l'hôpital, l'enfant est beaucoup moins agité pendant la nuit et dort même un peu, mais il semble plus somnolent pendant la journée, -— On constate toujours la même tendance à l’antépulsion et la sialorrhée persiste. Le père vient chercher l'enfant le 24 mai 1921.
Ici encore, nous assistons au début brusque d’une affection mal déterminée, qui s'est accompagnée de fièvre, a duré une quinzaine de jours et’ a été étiquetée grippe. L'enfant retourne en classe et se fait remarquer par son inattention, lui qui, auparavant, était très bon élève.
Il devient progressivement de plus en plus agité et présente des mouvements myoclon'iques bizarres qui font étiqueter sa maladie : chorée.
Cet état dure environ un an, avec des alternatives d'amélioration et d'aggravation. L'enfant entre enfin au service de M. le Professeur HAUS#HALTER.
Dès son arrivée, on constate son facies figé, son attitude soudée et tout un ensemble de signes constituant le syndrome parkinsonien. Ce qui frappe le plus, chez lui, c'est une sialorrhée permanente et tellement abondante que les autres enfants Jui donnent un sobriquet basé sur cette infirmité. Æ
Il présente également une insomnie nocturne typique avec agitation dans son lit ou dans Ja chambre, et un
état de somnolence pendant le jour, avec toujours ce même aspect, déjà décrit, de quelqu'un tombant de sommeil et luttant pour ne pas succomber, L'enfant ne dort en somme que quelques heures par jour, de quatre heures à neuf heures du matin.
Pendant son séjour à l'hôpital, l'enfant ne présente plus de mouvements choréiformes, mais il a, vers Île soir, au moment où il vient de se mettre au lit, des crises de mouvements athétoïdes, mouvements lents de reptation et de torsion des membres sur eux-mêmes. Ces crises athétoïdes se sont espacées de plus en plus et ont disparu à la fin de son séjour au service : elles n'étaient pas suivies de coma, ni de torpeur : au contraire, l’enfant semblait bien éveillé et répondait tout de suite aux questions qu'on lui posait, mais sans avoir l'air de se rendre compte de ce qui venait de lui arriver.
Chez lui, on constate aussi des modifications de l’intelligence et du caractère : de bon élève, il est devenu inattentif. Il est devenu indifférent, apathique, il ne joue pas avec les autres enfants et reste le plus souvent à l'écart, ne parlant pas et ne faisant rien pour s’occuper. H n’est pas méchant, ni taquin.
Lymphocytose légère du liquide céphalo-rachidien.
Quand l'enfant quitte l'hôpital, on constate une légère amélioration de certains symptômes : l'enfant dort davantage la nuit, il est moins agité, mais il semble plus somnolent le jour. Il ne présente plus de mouvements athétoïdes, mais la sialorrhée est toujours aussi abondante. L'affection évolue déjà depuis quinze mois,
+. bi —