C... Henriette, 6 ans
Antécédents héréditaires : Mère : toujours bien portante, mariée à 17 ans. À eu une fausse couche en 1917, de 4 mois. À eu son premier enfant mort-né, à l’âge de 19 ans (accouchement laborieux). — 2 enfants vivants : l’un bien portant et l’autre, notre petite malade, qui est née en 1915 : accouchement normal. La mère avait alors 26 ans.
Père : bücheron. Nerveux, violent, éthylique.
Antécédents personnels : La petite entrante est née à terme, a été nourrie au lait de vache. Elle était petite, mignonne, dès la naissance.
Au premier mois, furonculose généralisée (cicatrices à la tempe gauche), puis vomissements, diarrhée. — Ne grandissait pas.
L'enfant avait marché très tard (après deux ans) et avait commencé à causer normalement quand, au début de février r9°0, elle a été prise brusquement de crises nerveuses qui commrençaient par des mouvements cloniques violents et qui duraient un quart d'heure (elle n’urinait pas sous elle, ne mordait pas sa langue et ne perdait pas connaissance). Ces crises étaient suivies d’un profond sommeil. — Ces crises, s’accompaonant de fièvre élevée, ont été subintrantes pendant une huitaine de jours. Des bains ordonnés ont amené la cessation des symptômes. — En même temps qu’apparaissaient ces crises, l'enfant s’est mise à bégayer.
La petite malade est ensuite entrée dans une période de somnolence, d’assoupissement qui a duré jusqu’au mois d'avril 1920, La convalescence a été longue et s’est prolongée jusqu’au
mois de septembre 1920. -— L'enfant était nerveuse, mais cependant d’un caractère facile.
En septembre 1920, la mère remarqua que l’enfant devenait de plus en plus difficile, irritable, méchante, et cet état n'a fait qu'empirer jusque maintenant, où cette évolution du caractère sera décrite plus loin. — Sommeil tranquille et profond sans cauchemars.
L'enfant mange bien, l'appareil digestif est normal, mais il y a perversion du goût : l'enfant mange indifféremment tout ce qui lui tombe sous Ja main (terre, fèces).
Impossible de fixer l’attention, ni au jeu, ni à l’école. La moindre contrariété déclanche une véritable crise : pleurs, cris ; l'enfant pince et mord.
Donc, en résumé : 1) au début de février 1920, époque de crises, d’une durée de huit jours, qui se manifestent par des mouvements cloniques, une vive agitalion physique et psychique. — Fièvre élevée ;
>) Deuxième phase de la maladie : après les huit jours d’agi- {ation, la malade tombe dans un sommeil profond qui va durer deux mois, jusqu’au mois d'avril. Ce sommeil est profond et ininterrompu, sans cauchemars. — La mère doit secouer la malade pour la réveiller et la faire manger ;
3) À la mi-avril 1920, ce sommeil cesse, — Commence alors une période qui ressemble à une convalescence et qui va durer jusqu'en septembre, — La santé physique est chancelante, mais le rsvehisme est intact :
4° Deouis septembre rg20 jusqu’à ce jour va se développer une série de phénomènes qui, actuellement, constituent le tableau d’une psychose aiguë.
Nous sommes donc en droit d'internréter ainsi qu'il suit l’évolution des symptômes ci-dessus décrits
1) Phase choréo-myoclonique d’encéphalite aiouë ;
+) Phase léthargique ;
3) Phase de convalescence ;
4) Phase de nsvchose.
10 mai 1091: Description de la psychose et de l’état actuel ds l'enfant.
Aperçu général : description d'ensemble
La vie journalière de l'enfant se décompose en une série de périodes alternantes
1) Périodes de calme.
L'enfant est absolument normale (paroles, actions, attitudes) au point de simuler totalement la raison, Ces périodes de calme s'intercalent dans des périodes d’agitation et ne constituent malheureusement qu'une infime partie de la journée de la malade. Les nuits sont calmes, mais l’enfant est parfois longue à s'endormir, avec crise d’agilation précédant le sommeil.
>) Périodes d'agitation avec passage brusque d’un état à l’autre et allure d’automatisme.
C'est cette période d’agitation qui fait l’objet de la description qui suit.
À. Intelligence : totalement conservée.
a) Actes naturels : mange seule, demande spontanément à aller à la garde-robe ;
b) Actes sociaux :
Joue avec les autres enfants et, dans les périodes de calme, ne pourrait pas se distinguer d’une enfant normale.
A d’autres moments, elle est violente et méchante vis-à-vis des autres enfants ou de la sœur qui la soigne.
Comprend absolument tout ce qu'on lui dit.
\ffectivité spéciale pour certaines personnes avec frôlements et caresses.
B. Parole :
a) Troubles mécaniques : la parole n’est pas embarrassée ; les mots sont distincts, ne sont. pas accrochés, mais, parfois, avant d’énoncer une phrase, l'enfant émet des sons dans le ton et dans l’ordre des paroles qui vont être prononcées. Elle s’essaie en quelque sorte avant de prononcer Ja phrase qu'elle veut dire ;
b\ À certains moments, elle dit des grossiéretés ;
C) Ecriture : ne sait pas encore écrire ; compte un peu comme les enfants de son âge ;
D) Orqanes des sens
ne semble pas qu’il v ait des troubles de la vue, de l’ouïe, de l’odorat. ni de l’équilibration.
I y a perversion du goût : la malade porte à sa bouche tout
ce qu'elle trouve et mange ses excréments après s’en être souillée ;
E) Actes et alliludes :
Etude d'ensemble, à cause de la difficulté de savoir si les actes sont des attitudes conscientes.
Mouvements coordonnés ; on ne constate aucun trouble de
la motilité. — Pas de tremblement ; a) Altitudes naturelles (observation dissimulée de la malade). Hébétude. — Bouche ouverte avec ptose prononcée du menton,
veux fixes largement ouverts et légèrement en convergence en fixant nettement un point.
La face est seule intéressée, les membres sont en résolution. L'enfant crache à terre, par-dessus son lit ou dans ses mains, el se barbouille le visage.
Flle porte à sa bouche tout ce qu’elle trouve.
Fille demeure sur son lit dans des positions indifférentes.
Pudeur absolument absente.
b) Attitudes sociales :
Détruit tout ce qu'on lui met en mains : poupées, images, ete, Frappe, bat et pince les enfants avec lesquels elle joue normalement et gentiment en période de calme.
Flle s'échappe de son lit où on est obligé de la laisser et va dans n'importe quelle direction sans aucune conscience.
c) Attitudes imitées :
Griumaces. Elle fait des pieds de nez, tire la langue, avec combinaison de l'attitude primitivement décrite avec hébétude.
Bras en demi-flexion et mains en pronation.
Répèle souvent et sans motif, l’exnression triviale «@ à la care ». Donne à sa physionomie une expression douteuse avec veux malins. en coulisse, et signe d’annel de l'index.
Te 18% mai raor, l'enfant est évacuée sur l’hospice départemental J.-B. Thiérv, à Maxéville.
Après un séjour de quelques mois dans cet établissement, sans amélioration notable, sa mère la renrend chez elle, puis la ramène au Service de médecine infantile au début du printemps raso, toujours dans le même état lamentable, Elle est envoyée de nouveau à l’hospice de Maxéville, où elle séjourne
dans ‘un éfat identique à celui déjà décrit,
ee
Nous sommes en présence d’une enfant de 6 ans qui n'a présenté d'autre antécédent pathologique que celui de marcher tard, après l’âge de deux ans. L'encéphalite a encore débuté brusquement en février 1920 par des crises nerveuses, des mouvements myocloniques alternant avec des phases de somnolence profonde, accompagnées de fièvre et qui ont duré huit jours. A cette agitation extrème a succédé une période de torpeur et de somnolence profonde dont il faut la tirer pour l’alimenter et qui a été en diminuant progressivement, mais a duré cependant environ deux mois. L'enfant est ensuite entrée en convalescence comme après une maladie infectieuse grave, convalescence qui à traîné en longueur ct ne s’accompagnant d'autre symptôme qu'une certaine nervosité de la part de la fillette.
Six mois après le début, la mère remarque que l’enfant devient de plus en plus difficile de caractère, irritable, méchante, bien que, la nuit, elle dorme tranquillement et sans cauchemars, puis apparaît une perversion complète du goût. L'enfant devient inattentive en classe, elle se met en colère avec une extrême facilité, bat les personnes de son entourage, pince, mord, tire la langue, etc... Ces crises de méchanceté alternent avec des phases de douceur pendant lesquelles l'enfant voudrait embrasser et caresser tous ceux qui l'approchent : elle fait les sourires les plus engageants, puis brusquement, pour un motif futile ou même sans raison, elle -etombe dans sa méchanceté.
Malgré l'absence de syndrome parkinsonien, l'enfant, quand on ne s'occupe pas d’elle, a un facies hébété, figé. Pas de sialorrhée, ni d’insomnie nocturne à proprement parler, mais elle est longue à s'endormir le soir et s’agite
dans son lit ; pas de tremblement, ni de rigidité musculaire. Seule, la parole est anormale, en ce sens que l'enfant semble répéter, avant de prononcer un mot, les différentes syllabes dont ce mot est composé et elle répète chaque syllabe plusieurs fois.
En somme, les troubles présentés par cette enfant sont tous d'ordre psychique ou mental : diminution de l'inintelligence et de l’affectivité, absence de pudeur, perversion du goût, amoralité.
La maladie évolue depuis plus de deux ans, sans amélioration notable et même sans aucun changement, malgré les passages de la fillette à l'hôpital, puis à l'hospice J.-B. Thiéry. Elle est rendue momentanément à sa mère qui la confie de nouveau au service des enfants, ne pouvant venir à bout de la fillette qui a maintenant huit ans.