‹ Contribution à l'étude de l'Encéphalite épidémique polymorphe: Chez l'enfantChapitre 17 sur 32 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Encéphalite épidémique à forme léthargique avec hémiparésie

droite. — Parkinsonisme léger au début. — Crises épilepliques. — Troubles mentaux, démence, vésanie à longue échéance.

PTeanne, Sans.

A. H. : Parents bien portants, ainsi que les oncles et tantes de l'enfant. Mère en bonne santé : deux enfants nés à terme : la petite malade et une autre enfant de 14 mois.

A. P. : En 1916, croup avant nécessité la trachéotomie. En 1920, rougeole bénigne.

L'enfant est restée en parfaite santé jusqu’au 30 juin 1021.

Maladie actuelle : Le 30 juin 1921, au matin, au moment de prendre son petit déjeuner, l’enfant a déclaré qu'elle n’avait pas faim et encore sommeil. Trois heures plus tard, on remarque que l'enfant s’est levée furtivement pour boire un

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grand verre de vin. On trouve la fillette profondément endormie, ne répondant pas aux questions.

Depuis lors, elle n'ouvre pas les yeux, dort tout le temps et ne demande ni à boire, ni à manger. Dans la soirée du même jour (30 juin), on remarque qu’elle ne remue pas son bras droit, ni sa jambe droité, mais, dans la nuit du 30 juin au 1* juillet, elle présente une dizaine de petites crises convulsives, toniques avec mouvements latéraux des yeux. Dans la matinée du 1° juillet, elle commence à mouvoir de nouveau ses membres droits. L'enfant perd ses urines, va à la selle sans lavement. Pendant la nuit du 1% au 2 juillet, par moments, elle fait des pauses respiratoires suivies d’une profonde inspiration. Depuis le matin du 2 juillet, elle a commencé à ouvrir les yeux, mais ne parle presque pas : elle dit seulement quelques mots à voix très basse, À son entrée au service, l'enfant ne prête aucun intérêt à ce qui l’entoure et s'endort dès qu'on la laisse tranquille. Elle ne répond aux questions que par quelques mots prononcés à voix basse et ne se rapportant pas toujours à ce qu’on lui demande. Elle semble faire un peu de confusion mentale.

3 juillet 1921. — Examen clinique. — Facies figé qui conserve son immobililé, son air d’indifférence au cours de lout l'examen physique. L'enfant ne présente aucun signe d’émotion ou d’affectivité quand sa mère vient la voir : elle reconnaît cependant sa mère et sa tante, mais leur venue ou leur départ la laisse indifférente.

Avant la maladie actuelle, la fillette était très gaie, joueuse, pleine d’affection pour les siens et jouait beaucoup à la poupée en faisant d’interminables discours.

Troubles moteurs : légère hémiparésie droite : les mouvements des membres supérieurs et inférieurs droits semblent plus lents, plus difficiles à s’accomplir qu'à gauche, mais s’exécutent cependant. Cette différence est surtout sensible quand on fait lever successivement au-dessus du plan du lit des deux membres inférieurs. La force musculaire est un peu diminuée à droite.

Troubles sensitifs : la sensibilité est conservée, mais semble surtout servir dans un but de défense ; la sensibilité sem-

CR ble émoussée. Quand on pince l'enfant, elle retire lentement le membre pincé, mais le facies reste inerte et ne semble pas participer à ce mouvement de défense.

Tous les réflexes sont abolis.

La parole est lente, Il y a de plus de l’automatisme. L’enfant répond à tort et à-travers aux questions posées. Elle répond bien à une première question, puis répète les mêmes mots pour répondre aux questions suivantes, Toutes les paroles sont dites à voix basse et prononcées Ientement.

La ponction lombaire pratiquée le 4 juillet nous fournit les renseignements suivants : Quelques globules rouges. Pas de leucocytes. Pas de microbes.

En résumé, le samedi 2 juillet, jour d'entrée : état franchement comateux. Le 3 juillet, la malade est un peu éveillée.

4 juillet : Le lundi, 4 juillet : mieux sensible ; quelques réponses aux questions posées ; moins de sommeil.

La malade est plus éveillée ; il persiste pourtant de l’automatisme de la parole. La marche est incertaine avec tendance à la rétropulsion et latéropulsion droite.

7 juillet : La démarche est figée, quoique moins incertaine. Parfois de légers spasmes ou mouvements myocloniques aux bras et avant-bras. L'enfant commence à causer à voix haute aux autres enfants. Facies moins figé ; l’enfant reprend sa physionomie normale.

Q juillet : Amélioration franche. La visite de la mère ne laisse plus l’enfant insensible comme précédemment.

11 juillet : Grosse amélioration, mais il persiste encore de l’automatisme de la parole, comme au début de l'affection.

13 juillet 1921 : L'enfant ne sommeillé plus dans la journée. Les nuits sont bonnes, D’après la mère, l’enfant semble redevenue normale. L’attitude générale de l'enfant est encore bizarre : elle tient la tête basse ; la parole est encore confuse ; la marche est légèrement oscillante.

16 juillet rg2r : La mère reprend l'enfant chez elle.

10 décembre 1921 : La mère vient montrer l'enfant au ser: vice et donne les renseionements suivants : l'enfant n’a plus eu de troubles de juillet à décembre, sauf une petite absence avec lipothymie, de courte durée, le 13 novembre, Le 5 décem-

bre, l'enfant a eu une seconde absence : en cherchant un objet dans un meuble, elle est restée immobile, le regard fixe, les yeux hagards. Interpellée par sa mère, l'enfant, n’a pas répondu. Cette absence aurait duré quelques minutes à peine. Dans la journée, la petite est redevenue normale, La mère signale aussi que l'enfant présente un peu d’anorexie. Quelquefois, incontinence nocturne d’urines,

Le 9 mars 1922, la mère ramène l'enfant à l'hôpital parce qu'elle présente des crises nerveuses depuis quelque temps.

L'enfant a eu en tout une quinzaine de crises depuis Île mois de novembre, Toutes les crises sont analogues : l'enfant tourne la tête à droite et les membres sont convulsés, La crise dure quelques minutes, pendant lesquelles l'enfant semble être plongée dans un état d’hébétude.

En dehors des crises, par moments, elle a des mouvements brusques des membres.

Caractère instable : l’enfant est agitée, turbulente.

15 mars 1922 : deux crises d’épilepsie dans la matinée. L’enfant tombe raide, contracturée, écume, se congestionne. La crise dure dix minutes environ. Après la crise, la fillette s’endort.

Ponction lombaire : pas d’hyperglycorachie ni d’hyperalbuminose, L'enfant est d’un caractère difficile, ne joue pas, déchire tout ce qu’elle a dans les mains. Toujours nerveuse et agitée.

22 mars 1922 : deux crises d’épilepsie le matin, de très courte durée.

24 mars 1922 : une crise sans chute, ni perte de connaissance.

27 mars 1922 : deux crises sans chute, de très courte durée (deux à trois secondes).

29 mars 1922 : deux crises identiques aux précédentes.

80 mars 1922 : une crise complète avec perle de connaissance, mouvements toniques et eloniques. Ce sont de petites crises en général, plutôt des équivalences, survenant tous les jours. L'enfant est de plus en plus insupportable et agitée.

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Nous avons donc affaire à une enfant de huit ans qui a toujours été en bonne santé. Ici encore, l'affection débute brusquement par une somnolence profonde, un état de torpeur s'accompagnant d'une hémiparésie droite, Ce sommeil s'accompagne également, pendant une nuit, de petites crises convulsives ‘toniques accompagnées de nystagmus horizontal. Le troisième jour, lhémiparésie droite diminue, car l'enfant commence à remuer ses membres ; on constate également des pauses respiratoires suivies de profondes inspirations. Dès le troisième jour également, l'enfant commence à ouvrir les yeux, mais retombe presque aussitôt dans sa léthargie, dont on ne peut la tirer qu'en l'appelant et en la secouant dans son lit. Elle répond aux questions par quelques mots prononcés à voix basse et semble faire un peu de confusion mentale.

Le quatrième jour de la maladie, à son entrée au service, la fillette présente un facies figé, soudé, et elle dort presque tout le temps. La visite de sa mère la laisse indifférente, ce qui prouve une diminution remarquable de l’affectivité.

Il persiste encore une légère hémiparésie droite ou tout au moins une certaine hémiraideur. La sensibilité générale est diminuée. Réflexes abolis.

La parole est lente : l'enfant répond bien à une première question qu'on lui pose, puis répète ensuite les mêmes mots à toutes les autres demandes, Il y a de l’automatisme du langage.

Une ponction lombaire pratiquée ne montre pas de lvmphocytose, Les jours suivants, l'enfant sort de plus en plus de sa torpeur ; elle est plus éveillée et répond mieux aux questions, quoiqu'il persiste encore de l’auto-

matisme de la parole. Quand on essaie de la faire marcher, on constate de la rétropulsion et de la latéro-pulsion droite.

L'amélioration s'accentue progressivement, l'enfant reprend sa physionomie normale, s'intéresse aux autres enfants et se joint à leurs jeux. Elle se réjouit ou s’attriste à l'arrivée et au départ de sa mère qui vient la voir, Elle ne dort plus du tout dans la journée : pas d’insomnie nocturne.

Cependant, l'enfant se tient toujours un peu voûtée et la parole est encore confuse, mais la mère la considère comme guérie ct la reprend chez elle seize jours après le début de l'affection.

Nous n'entendons plus parler] de {la jeune malade pendant cinq mois, quand le ro décembre 1921, la mère lamène à la consultation et nous apprend que, quatre mois et demi après le début de la maladie, l’enfant a eu une absence de quelques minutes de durée : la description qu'en fait la mère ne laisse aucun doute : il s’agit bien d'une manifestation du petit mal.

À partir de ce moment, les absences vont se multiplier et se transformer en véritables crises d'épilepsie tvpiques, durant chacune quelques minutes. Entre les crises, on constate quelquefois des secousses myocloniques des membres.

Ces crises surviennent tous les jours, tantôt une, tantôt deux par jour. Une nouvelle ponction lombaire ne dénote ni hyperglycorachie, ni hyperalbuminose.

Un nouveau symptôme fait son apparition depuis quelque temps : l'enfant devient agitée, nerveuse et même méchante. Elle est insupportable, désobéissante, déchire

ou abîme les jouets et les livres qu’on lui confie ; elle

est sans cesse en mouvement et on est obligé de Ja garder au lit pour qu'elle ne taquine pas les autres enfants : là encore, nous assistons à un changement de caractère complet.

La maladie évolue donc, à l'heure actuelle, depuis près d'un an. Après avoir cru à une guérison complète ayant succédé à la phase aiguë de l'encéphalite, nous assistons à une évolution chronique de la maladie se caractérisant

par des crises épileptiques et des troubles mentaux.

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