I. Forme pseudo-ourlienne de l’encéphalite
M. Gorpon, le premier, a publié en 1913, dans « The Lancet », un mémoire sur une « maladie fatale » des enfants associée à une parotidite interstitielle aiguë et se caractérisant par une somnolence très marquée, par la fixité des yeux, par la dilatation des pupilles et par des troubles moteurs (convulsions et rigidité musculaire). Ayant éliminé le diagnostic de poliomyélite infantile, l’auteur pense qu'il a eu affaire à quatre cas d'encéphalite épidémique avec parotidite.
Depuis cette communication, des cas analogues ont été décrits par plusieurs observateurs, entre autres par MM. Nerrer, Cesari et Henri Duran», M. Grener, MM. BaBonweix et HuBac. M. Erwsr, dans sa thèse, cite aussi le cas d’un enfant de 8 ans dont l'encéphalite suivie de somnolence et de syndrome parkinsonien, a été précédée d'oreillons.
On peut admettre une coïncidence entre une atteinte d'oreillons et le début d’une encéphalite, mais, la chose la plus curieuse dans ces cas infantiles, c’est qu'on n'a jamais constaté d’épidémie d'oreillons au moment où on a observé ces formes bizarres. Les jeunes malades n'ont pas transmis les oreillons à leur entourage, à leurs frères et sœurs (cas de M. GRENET) et on n’a constaté chez eux aucune complication ourlienne testiculaire ou autre,
Il faut donc admettre l'existence, surtout chez les enfants, d’une forme pseudo-ourlienne de l’encéphalite
épidémique se localisant surtout sur la parotide et atteignant de préférence les éléments nerveux intraglandulaires, lésions rappelant celles que l'on voit dans la
rage.
Il. Encéphalite épidémique suivie d'obésité
Récemment, MM. Rocer et Ayvmès de Marseille, M. BaBonxeix, M. Nosécourr ont relaté, chacun de leur côté, un certain nombre de cas d’encéphalite polymorphe infantile qui avaient été suivis, un certain nombre de mois après le début de la maladie, de l'apparition d'un embonpoint considérable, d'une véritable obésité.
À quoi attribuer cette obésité post-encéphalitique ?
Comment en expliquer le mécanisme ?
Est-ce par une répercussion du processus infectieux sur certaines glandes à secrélions internes, est-ce par un trouble des fonctions de l'hypophyse ? Les allérations de l'hypophyse ne sont pas rares dans les diverses maladies infectieuses et l'obésité a été signalée dans leur convalescence.
On ne peut pas mettre cette adiposité sur le compte du défaut d'exercice, de l'inactivité, car un des enfants cités par M. Rocer présentait au contraire une agitation maladive très désagréable pour sa famille, D'autre part, les parkinsoniens ne sont pas plus particulièrement prédisposés à l'obésité.
On ne peut donc guère attribuer cette obésité qu'à un trouble endocrinien de l’hypophyse et peut-être du corps thyroïde ou des glandes génitales.
On peut aussi émettre l'hypothèse de l'altération de la région infundibulaire, voisine des formations grises plus
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+ habituellement attaquées par le virus encéphalitique ; cette altération peut réaliser une obésité assez accentuée,
ainsi que de la glycosurie et de la polyuürie.
Formes frustes ambulatoires. Leur rôle dans la transmission de l’encéphalite.
Il nous reste à dire quelques mots des formes frustes, ambulatoires de l'encéphalite polymorphe chez les enfants. On en a signalé déjà un certain nombre de cas et nul doute que beaucoup de formes larvées aient dù passer inaperçues, surtout au début de l'épidémie.
MM. Herrz et Very ont signalé à la Société de neurologie, un cas de syndrome parkinsonien post-encéphalitique fruste survenu chez une fillette de 14 ans.
Nous avons déjà rapporté, dans cette thèse, un cas de forme fruste névralgique survenue chez un jeune garçon de 12 ans et observée par M. R. BÉNARD».
M. Mirox à soigné une fillette qui, au cours d’un état infectieux qualifié grippe, avec fièvre, courbature, céphalée, a été prise d’un hoquet qui dura 48 heures il rapporte ce cas à une forme fruste myoclonique chez l'enfant.
M. Jaxer a présenté à la Société de pédiatrie un enfant de 12 ans atteint de forme ambulatoire de l’encéphalite léthargique avec deux sortes de symptômes primordiaux : r.) tendance invincible au sommeil ; 2.) troubles oculailaires : dissociation des réflexes pupillaires. Sommeil normal pendant la nuit. L'enfant est en bonne voie d’amélioration, va et vient, circule, mais ne peut travailler ;
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il est plus maladroit de ses mains et ne peut plus jouer de violon.
M. L. Bervanp attire aussi l'attention sur les formes frustes, larvées. Il cite le cas de deux enfants ayant été successivement atteints d'encéphalite léthargique dans le même pensionnat, à un mois d'intervalle exactement. Or, dans ce même pensionnat il y a une centaine d’enfants : il est vraisembiable que d'autres enfants présentent des formes frustes passées inaperçues.
Dans une autre pension, il y a eu un cas d’encéphalite : un mois auparavant, une autre jeune fille de la même pension avait déjà été atteinte de la même affection. Le médecin de cette pension constate que, depuis quelque temps, un plus grand nombre de jeunes filles se présentent à l'infirmerie comme incapables de travailler. I] en conclut qu'il s'agit là probablement de formes frustes s’accompagnant de somnolence ou de diminution de la volonté en vue de l'effort.
On voit que ces formes frustes d'encéphalite rentrent toutes dans les cadres que nous avons tracés : les unes sont parkinsoniennes, d'autres sont algiques, myocloniques, léthargiques. Toutes les variétés d’encéphalite polymorphe peuvent donc évoluer d'une façon excessivement légère, larvée et mème passer inaperçues.
C'est justement ce qui fait leur grand intérêt au point d> vue de la contagion de l’encéphalite épidémique et de sa transmission. È
En présence de plusieurs cas d’encéphalite polymorphe disséminés dans une agglomération, on se demande comment à pu s'établir la contagion entre ces différents cas et on n'arrive pas toujours à établir les chaînons inter-
médiaires expliquant le passage de la maladie d'un sujet à l’autre.
En cherchant bien, on découvrirait sans doute, parmi les parents, les amis ou les proches des malades, des manifestations flarvées, ambulatoires, extrèmement frustes d’encéphalite épidémique. En outre, c'est ici qu'intervient le rôle si important joué par les « porteurs sains de germes » qui, sans être aucunement malades eux-mêmes, peuvent véhiculer le virus encéphalitique dans leur gorge, leur rhino-pharynx ou dans leurs vêtements, et le transmettre ainsi à d’autres individus n'ayant eu aucun contact avec ceux qui avaient été atteints les premiers.
Chez les enfants, la contagion à distance pourrait très bien se faire par l'intermédiaire des jouets ou des objets usuels.
C'est ici qu'il convient d'envisager la possibilité de transmission de l’encéphalite par la salive. D'après un certain nombre d'auteurs, le virus encéphalitique s’éliminerait par la salive et les secrétions naso-bucco-pharyngées : le fait expérimental à même été prouvé par M. HaARvIER. L
M. HarLé cite le cas d’un bébé de six semaines contagionné par sa mère.
M. Nerrer, dans une communication à l’Académie de médecine, rapporte un assez grand nombre de cas infantiles survenus en France et en Angleterre. Il conclut que l’'encéphalite dite léthargique est certainement contagieuse : son contage est vraisemblablement véhiculé: par la salive (allérations très fréquentes des glandes salivaires, au cours de l’encéphalite, sinon macroscopiques, du moins histologiques, rappelant celles constatées dans la rage). En raison de la longue persistance du virus dans
les centres nerveux, le malade doit pouvoir être longtemps susceptible de transmettre son affection. Il y a des raisons très sérieuses pour admettre que l’encéphalite peut être transmise par un convalescent.
Le mal peut aussi être gagné au contact d'un sujet atteint d’une forme fruste, larvée où même d’un sujet sain ayant entouré un malade.
Avec ce que l’on sait sur la longue persistance du virus au niveau des centres nerveux, les possibilités de contagion sont très durables. Quant à la durée d’incubation de l’'encéphalite épidémique, elle doit être très longue.
Ce qui prouve bien cette longue persistance du virus au niveau du système nerveux et peut-être aussi dans les glandes salivaires, la gorge et le rhino-pharynx, ce sont ces cas assez nombreux de recrudescence saisonnière signalés par plusieurs auteurs, ainsi que les rechutes réelles ou apparentes pouvant survenir très longtemps après le début de l'affection. Témoin ce cas infantile rapporté par M. Rocer, de Marseille : il s’agit d'un enfant qui ne présentait plus depuis un an que des mouvements involontaires nocturnes du bras droit et chez qui apparut une hémiparésie flasque, preuve de l’exacerbation du processus encéphalitique persistant et coïncidant avec la saison hivernale et avec un réveil de l'épidémie (janvierfévrier 1921).
Il nous paraît donc superflu d’insister sur la très grande importance de la sialorrhée au point de vue de la dissémination du virus, ainsi que sur les lésions des glandes salivaires au niveau desquelles pourrait s’opérer la transsudation du virus encéphalitique et, de là, sa diffusion dans la région naso-bucco-pharyngée.
M. Doprer a déclaré dernièrement que l’encéphalite
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épidémique serait précédée d'une rino-pharingite avec angine légère, coryza, léger état grippal, enchifrènement, toux, quelquefois un peu de bronchite et fièvre peu élevée. Il pense mème qu'il n’existerait pas, à vrai dire, d'épidémies d'encéphalite, mais des épidémies de rhinopharyngite produite par le virus spécifique, se compliquant parfois d’encéphalite bien caractérisée, au Basard des défaillances de l'organisme.
Avec M. NeTrEr, nous ne sommes pas de cet avis, car c'est tout à fait exceptionnellement qu'on a pu trouver trace d'angine ou de coryza avant l'apparition des troubles nerveux : l'existence de cette rhino-pharyngite spécifique n'est pas démontrée du tout. Par contre, ce qui est sûr, c'est l'existence et la persistance du virus aussi bien dans les secrétions naso-bucco-pharyngées qu’au niveau des centres nerveux.