C. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
L'examen macroscopique des lésions permet de distinguer deux aspects différents, répondant à des types évolutifs bien caractérisés, à savoir le type inflammatoire et le type néoplasique.
Le type inflammatoire est le beaucoup le plus fré-
quent.
Les lésions prédominent au péricarde. La séreuse péricardique peut présenter des types de lésions très divers. Dans certains cas, il s’agit d’une péricardite exsudative aiguë, l’épanchement pouvant être très important. D’autres fois, on se trouve en présence de lésions scléreuses plus ou moins étendues qui peuvent aller, dans les cas extrêmes, jusue à la symphyse complète du péricarde.
Quant aux lésions myocardiques, elles peuvent être très discrètes, étant représentées seulement par quel-. ques nodules de petite taille. Dans d’autres cas, on, trouve au contraire des nodules volumineux et des amas de petites masses jaunâtres, dont chacune représente un abcès actinomycosique. Les veines coronaires sont souvent le siège de thromboses.
Dans certains cas, les nodules forment une véritable tumeur, dont les végétations font saillie dans la cavité cardiaque. Le myocarde peut être sillonné de larges bandes de tissu granuleux, reliant l’endocarde au. péricarde symphysé. C’est à propos de ce type de lésions que LETULLE et HUFNAGEL parlent de pancardite actinomycosique.
Les lésions de l’endocarde sont plus rares et peu importantes dans la forme commune de l’actinomycose cardiaque. Les observations signalent soit de simples érosions, soit de petites ulcérations endothéliales. LETULLE et HUFNAGEL signalent la coexistence de
NE Tps
lésions anciennes, d’endocardite scléreuse, et de lésions aiguës évolutives, avec exsudat fibrineux plus ou moins dense.
Il faut signaler enfin la possibilité de lésions aortiques ainsi que d’une atteinte de l’artère pulmonaire.
Le type néoplasique, beaucoup plus rare, se caractérise anatomiquement par l’importance de la réaction conjonctive, qui enserre le foyer actinomycosique de tous côtés, le transformant ainsi en une véritable tumeur enchâssée dans le myocarde.
Des lésions de ce type seraient l’apanage à peu près exclusif des formes métastatiques. Il peut s'agir soit d'une masse unique, soit d’une multitude de nodules miliaires.
L'examen histologique permet de reconnaître la lésion caractéristique de l’affection, à savoir le nodule actinomycosique. Constitué par la réaction cellulaire développée autour du parasite, il comporte les zones suivantes
— le grain jaune, central, constitué par le mycélium, sous forme de grains intriqués et touffus, entourés dans certains cas d’une zone remplie de fines granulations graisseuses, alors que dans d’autres cas les cellules réactionnelles sont au contact du mycélium;
— une zone de cellules épithélioïdes ; — une zone de leucocytes; | — de véritables coulées de cellules rondes, Iympho-
plasmocytaires, qui s’insinuent entre les fibres musculaires; c’est là la zone de granulation du nodule.
Tout autour du nodule on trouve une zone de tissu conjonctif fibreux qui enserre la lésion et limite son expansion. La prolifération de ce tissu peut, dans certains cas, transformer le nodule tout entier en une cicatrice scléreuse.
Les lésions du myocarde se présentent sous la forme
ANA de
d’une myocardite interstitielle subaiguë, ayant pour origine la présence des nodules et la réaction fibro-conjonctive. Les cellules myocardiques s’atrophient progressivement, leur noyau s’atrophie, le sarcoplasme devient vacuolisé; l’atrophie granuleuse ou pigmentaire est très rare, de même que la présence de cellules géantes. L'aspect des zones de myocarde suffisamment éloignées des régions atteintes est normal à tout point de vue.
Les lésions vasculaires sont constantes. On constate tantôt des endartérites chroniques hyperplasiques, tantôt des endophlébites végétantes ou thrombo-leucocytaires. Ces lésions s’accompagnent généralement d’une destruction marquée de l’armature élastique des vaisseaux: Il faut signaler enfin, avec LETULLE et Hur- NAGEL, l’existence, loin des foyers, de gommes miliaires périveineuses, sans parasites.
Les lésions le l’endocarde sont à type d’endocardite aiguë, avec forte réaction leucocytaire et abondance considérable de néo-vaisseaux, ou à type d’endocardite scléreuse, avec réaction fibreuse importante, des foyers hyperplasiques voisinant avec des zones atrophiques.
HuFNAGEL (1919) tire de l'étude anatomique de l’actinomycose cardiaque les trois déductions que voici :
— le cœur s'oppose peu à l’envahissement par le
‘parasite, qui peut s’y développer très activement ;
— Ja tolérance du myocarde aux lésions est très grande ;
— il n’existe pas de parallélisme entre l'importance des lésions cardiaques et celle des métastases.