HISTORIQUE
Avant 1824, l'endocardite tant infectieuse qu'aigué était ignorée à peu près complètement. Bien des auteurs avaient cependant déerit au niveau des valvules cardiaques des épaississements, des irrégularités, des végétations verruqueuses. Sénac, puis Kreysig avaient donné à ces lésions le nom de « cardite polypeuse » et leurs observations réunissaient un ensemble de faits tout autres que ceux attribués à l’endocardite. Laënnec, en 1822, assimilait aux caillots intracardiaques « ces végétations qui se développent sur les valvules et les parois des cavités du cœur ». \
En 1824, Bouillaud décrivit ces lésions dans son Traité des maladies du cœur comme un processus inflammatoire. Ce fut lui qui, en 1832, créa le mot d’endocardite et qui, après avoir établi les rapports entre le rhumatisme articulaire aigu et l'affection qu'on nommait cardio-vulvite, édicta les deux formules magistrales, les deux lois admises depuis par tous les praticiens, en dépit de l'opposition de ses contemporains qui l’accusèrent de voir partout des maladies de cœur. Voici ces deux lois : « Dans le rhumatisme articulaire aigu, vio-
lent, généralisé, la coïncidence d’une endocardite, d'une péricardite ou d’une endo-péricardite est la règle, la loi: la non-coïneidence, l'exception (1836). »,
« Dans le rhumatisme articulaire aigu, léger, partiel, apyrétique, la non-coïncidence d’une endocardite, d’une péricardite ou d’une endo-péricardite est la règle, la coïncidence, l'exception (1840). » #
Bouillaud décrivit aussi l’endocardite infectieuse à laquelle il reconnaissait deux formes : une forme inflammatoire simple ét une forme typhoïde. Après lui, beaucoup d’auteurs ont contribué à l’étude de lendocardite, mais c'est aux auteurs modernes que nous devons la description vraiment parfaite de la maladie. |
En 1852, Senhouse Kirkes, après Andral, Gendrin et Stokes, reprit la question. Le premieril établitles relations étroites qui existent entre les symptômes généraux d'une maladieinfectieuse et ceux des lésionsde l’endocarde et il démontra que, par le mécanisme de l’embolie, ces lésions étaient la source d’accidents infectieux à distance. |
Bien des points restaient obscurs et les auteurs qui suivirent Kirkes cherchèrent à déterminer les rapports existant entre les lésions intra-cardiaques et l'infection générale de l'organisme. Pour Rokitansky, Charcot, Vulpian, Lañcereaux, la lésion primitive était à l’endocarde. Mais avec Hardy, Hayem, Deigent, l'opinion a prévalu que l'infection, d’abord générale, se localise secondairement sur l’endocarde.
Rokitansky, en 1855, ouvrit l'ère des recherches bactériologiques. Il avait pensé dès ce moment à la présence de microorganismes dans les granulations valvulaires, mais ce n’est qu'en 1870 que la nature infectieuse de la maladie fut mise en lumière par Winge (de Chris-
ah rires
liania). Dès ce jour, la pathogénie de l’endocardite fit de grands progrès. Il serait dès lors impossible de citer les auteurs qui ont collaboré à l'étude des endocardites en général et de lendocardite infectieuse en particulier. Citons parmi ceux qui décrivirent la flore bactérienne des végétations valvulaires : Weichselbaum, Netter, Wissokowitch, Lion. Ils dirigèrent leurs recherches vers les différents modes de pénétration des microorganismes dans le torrent sanguin et dans les parois de l’endocarde. ’
À notre époque, nous connaissons à peu près toute la pathologie des affections de la paroi interne du cœur, comme nous le verrons dans la lecture de cet ouvrage.
Avant de clore ce chapitre, nous dirons quelques mots de l’histoire de l’endocardite rhumatismale qui est classée dans les endocardites aiguës. Celles-ci, pour la plupart, évoluent vers la chronicité ; mais elles affectent parfois, bien rarement, le type de l’endocardite maligne et nous en avons un exemple dans notre observation. Comme nous l'avons vu, c'est Bouillaud qui, le premier, affirma la parenté étroite du rhumatisme articulaire aigu et des lésions cardiaques concomitantes. Tous les auteurs admirent bientôt ses lois et, à l'heure actuelle, s’il y a des discussions, elles ne portent plus que sur la fréquence comparée de l’endocardite et de la péricardite.
D'après la moyenne des statistiques, OEttinger a publié les chiffres suivants : pour 100 rhumatismes, on a 10 péricardites, 30 endocardites et 15 endo-péricardites. Mais, dans ces statistiques, on ne veut parler que des endocardites qui se traduisent par le souffle franc ; il faudrait aussi faire entrer en ligne de compte celles qui,
CARE — 35 — atténuées, ont leur seule expression dans l’assourdissement des bruits du cœur.
Pour Pidoux, la cardiopathie est un élément du rhumalisme articulaire au même titre que les arthrites. Besnier pense que le cœur est toujours frappé et, avec Smotor, 1l invoque le génie épidémique pour expliquer les variations fréquentes de ce rhumatisme cardiaque. Giovanni et Zanibon incriminent la prédisposition individuelle et ils ont prétendu que les rhumatisants à cage thoracique courte et grosse étaient plus sujets que d’autres aux lésions cardiaques.
Les enfants paraissent très sensibles aux atteintes cardiaques du rhumatisme et cela d'autant plus qu'ils sont plus jeunes. Bouillaud avait dit de leur cœur « qu'il se comportait comme une articulation ». H. Roger, Picot, Cadet de Gassicourt ont insisté sur ce fait et ont publié des observations d’où il ressort qu’un enfant, après quelques douleurs articulaires, peut être atteint d’endocardite si légère qu’il ne garde pas le lit.
Gilbert, Thoinot, au début du siècle, estimaient que, sur 100 rhumatisants, on observait 23 à 52 cas de cardiopathies. Huchard, Gallavardin disent aussi la fréquence de l’endocardite rhumatismale; Bouchard et Brissaud la décrivent longuement; P. Nobécourt en a observé de nombreux cas sur des soldats du front.
Nous citerons, pour terminer cet historique, la célèbre parole de Lasègue, si poignante dans son stylé imagé : « Le rhumatisme articulaire aigu lèche les Jointures, la plèvre, les méninges même, mais il mord le cœur. »
ETIOLOGIE
Nous étudierons dans ce chapitre les causes prédisposantes, les causes occasionnelles et les causes efficientes de l’endocardite infectieuse. Nous les mettrons en parallèle avec les mêmes causes de l’endocardite aiguë, principalement de l’endocardite dite rhumatismale.
Nous devons noter en premier lieu l'influence de l’âge: L’endocardite infectieuse frappe surtout les adultes: elle est rare après trente ans, exceptionnelle chez le vieillard. L’endocardite aiguë frappe de préférence les enfants et les tout jeunes gens. Elle est rare après vingt-cinq ans. En 1915 et 1916, P. Nobécourt a étudié : les cardiopathies rhumatismales chez de jeunes soldats. L’endocarde était le plus souvent atteint, surtout au niveau de la valvule mitrale, mais les formes fébriles étaient les plus rares. Les plus jeunes soldats, ceux de vingt à vingt-deux ans, étaient particulièrement sujets à l'infection, dans la proportion même où les enfants sont frappés. Nobécourt attribue ce fait à ce que ces jeunes gens ne sont pas encore arrivés à l’état de complet développement.
LE 7 Ve - De quelque origine que soit l’endocardite, l'influence du terrain est très marquée. Les débilités, les surmenés,
les affaiblis sont plus sensibles ; les porteurs de lésions
valvulaires sont prédisposés à lendocardite infectieuse. Plus l’angine est grave au début du rhumatisme articulaire aigu, moins l'organisme est capäble de réagir et l’'endocardite est plus fréquente et plus violente.
Le sexe lui-même doit être pris en considération : l’endocardite aiguë atteint plus facilement les femmes ; les hommes font plus facilement des endocardites infectieuses.
Parmi les causes prédisposantes, il faut aussi citer l'hérédité et l'influence de la profession. Il est bien évident que ces causes n’ont rien à voir dans l’étiologie de Pendocardite infectieuse. Dans l’endocardite rhumatismale, il paraît démontré qué l'hérédité n’a aucune influence ; le rhumatisme ne frappe pas seulement les descendants d’arthritiques, mais il est bien certain qu'il faut tenir compte de la profession, et nous voyons que ceux qui ont des occupations fatigantes, où la station debout est nécessaire, forgerons, cochers, garçons de restaurant, facteurs, aussi bien que les soldats, fournissent un contingent élevé dans cette classe d’endocardite.
Nous ne reliendrons dans les causes occasionnelles que le froid humide, les changements brusques de température, l'influence des régions tempérées, du printemps, des traumatismes, surtout dans les endocardites rhumatismales ; et cette étiologie est la même que pour le rhumatisme.
Mais, en étudiant les causes déterminantes, nous voyons que toutes les endocardites ont pour base l’infection. Qu’elles soient primitives ou secondaires, quelle
HUE que soit la nature de la maladie causale ou la voie de pénétration du microbe, il faut toujours mettre en cause un agent pathogène. Fièvre typhoïde, grippe, érysipèle, pneumonie, infections biliaires suppurées, amygdalites phlegmoneuses et tant d’autres, toutes ces maladies ont le même rang dans l’étiologie de l’endocardite infectieuse. D'autres affections moins graves, d'autres agents moins virulents que ceux de ces affections sont susceptibles de provoquer une endocardite aiguë. Le rhumatisme et son agent pathogène sont considérés comme tels et c'est pourquoi l’on a dit que lorsque l’endocardite infectieuse apparaissait dans le rhumatisme articulaire aigu, c'était toujours à la faveur d'infections secondaires surajoutées. |
Or notre observation démontre bien qu'il n'en est pas loujours ainsi. L'âge, l’élal de fatique, la position soctale de notre malade en font un sujet prédisposé ; les changements de température, l'influence du printemps ont pu étre les causes occasionnelles d'une endocardilte ; mais le rhumaltisme parait bien étre la cause efficiente et, sila grippe doit étre incriminée, il semble bien que ce ne peut étre que parce qu’elle a diminué la force de résistance du malade ; elle aurait agi ici comme un vérilable traumalisme. ET pourtant nous allons voir que l’endocardite dont nous parlons, st elle se rapproche par bien des points de l’endocardite rhumatismale, doit cependant, par sa symptomaltoloqie surtout, étre classée dans les endocardites infectieuses.