DIAGNOSTIC
Dans les endocardites infectieuses, la difficulté du diagnostic réside dans la variété d’allure des phénomènes infectieux, l'apparition souvent tardive des souffles,. l'absence possible des embolies, la fréquence des formes anormales. Certes la fièvre, les frissons, la pâleur bizarre du malade peuvent mettre sur la voie de l’affection ; mais ce sont les souffles, quand ils ne sont pas tardifs comme c’est souvent le cas, ou la présence d’embolies infectantes précoces qui permettent d'affirmer la maladie. Dans les formes apyrétiques, les phénomènes infectieux sont parfois si atténués, la cardiopathie revêt si souvent l'allure d’une affection valvulaire ordinaire qu'il est souvent impossible de faire le diagnostic, et c’est lP’autopsie seule qui révèle les lésions cardiaques.
Le diagnostic bactériologique est, comme nous l’avons déjà dit, impossible dans l’état actuel de la science.
Nous devons éviter aussi de confondre l’endocardite avec les maladies qu'elle peut simuler : la typhoïde, la tuberculose, la méningite, le paludisme. Elle peut aussi en imposer pour une anémie pernicieuse. La présence d’embolies met ordinairement sur la voie de la cardio-
pathie.
On peut se baser au début, dans l’endocardite rhumaismale aiguë, sur les signes d’éréthisme cardiaque, la dyspnée, l’arythmie, la tachycardie. Mais ce sont surtout les signes d’auscultation qui doivent être interprétés : une modification des bruits du cœur dans leur timbre, leur intensité, peut faire penser à l’endocardite. C'est un signe précoce, d'où l'importance pour le médecin d’ausculter le cœur tous les jours ; nous ne saurions trop insister sur ce point. Il faut avoir toujours l'attention en éveil, surtout chez les enfants et dans les cas de péricardite. Plus tard on se basera sur l'existence des souffles, mais l’endocardite sera déjà sérieuse. Il est difficile de fixer la nature organique ou anorganique de ces souffles. On les distinguéra par leur siège, leur propagation. Potain, dans le diagnostic de l’endocardite aiguë, attribuait une grande valeur aux souffles cardiopulmonaires témoignant l'éréthisme cardiaque. Le frottement péricardique s’élimine de lui-même par son timbre râpeux, à bruit de cuir neuf, sa non-coïncidence avec les bruits du cœur, son intensité variable avec la position du malade et la pression du stéthoscope. On se basera, pour distinguer les souffles précoces des souffles tardifs, ce qui est difficile, sur les caractères de rudesse, de propagation de ces derniers liés à l’hypertrophie du cœur. L'interrogatoire du sujet, la présence de troubles fonctionnels sont ici d'un grand secours.
Le malade peut aussi être porteur de lésions anciennes, et, si on ne l’a jamais ausculté, rien ne peut faire soupçonner un début d’endocardite. Dans le cas contraire on peut noter que la tonalité du souffle s’assourdit, les bruits du cœur deviennent plus rudes s'il y a inflammation de l’endocarde.
Les souffles étant bien caractérisés, il est ordinaire-
ment facile d'en préciser le siège. Dans l’endocardite infectieuse, toutes les valvules peuvent être touchées, mais l’inflammation des valvules pulmonaires est rare et d’ailleurs difficile à diagnostiquer. La présence d’embolies dans la petite circulation, d’infarctus pulmonaires qui, quand ils se forment aux sommets des poumons, peuvent présenter le tableau clinique de la tuberculose pulmonaire, révèlent latteinte du cœur droit.
L’endocardite aiguë, par la prédominance de ses signes physiques, diffère nettement de l’endocardite infectieuse où les symptômes généraux sont plus marqués. .
Ne devons-nous pas loul nalurellement conclure de notre observation que l’endocardite éludiée, st elle se rapproche pas ses signes physiques de l’endocardile rhumalismale, revét, par ses symplômes généraux, l'allure de l’endocardile infectieuse ?