‹ Contribution à l'étude de l'enfance coupableChapitre 40 sur 54 · STORES · texte numérisé non relu

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« Le fonds mental des épileptiques est très particulier, dit E. Jones (1), et tel que le diagnostic de la maladie doit

pouvoir être fait par l'examen psychologique des sujets, dans l'intervalle de leurs accès. »

C'est ce fonds mental particulier que le docteur Co analyse minutieusement dans un étude sur « Les équivalents psychiques de l'épilepsie » (2). Il nous montre l'extrème variété de forme que peu affecter l'état cérébral des malades, les troubles pouvant intéresser toute l’activité psychique en la diminuant ou en l'exaltant, ou pouvant prédominer sur certains domaines de l’activité mentale, l'émotivité, la sensibilité générale.

Ardin Delteil (3), étudiant aussi la symptomatologie de l'épilepsie mentale, admet trois formes : la forme avec excitation, la forme avec dépression et la forme double excitatrice et dépressive.

M. Sante de Sanctis (4), reprenant le terme d’ « épileptoïdes » que Lombroso appliquait à des individus de caractères assez différents, restreint le sens de cette dénomination et cherche à définir le caractère épileptique, en faisant de ce caractère quelque chose de précis. Celuici, nous dit-il, dont l'existence a été contestée à tort est une espèce dans le genre des caractères anormaux dégénératifs. Le caractère épileptique peut exister à l’état isolé chez certains sujets prédisposés à l'épilepsie. Dans ce cas de caractère épileptique sans épilepsie, il est jus-

(1) E. Joxes. — National association for study of epilepsy (mai 1940).

(2) Camus. — Les équivalents psychiques de l’épilepsie, in Paris médical (16 mars 1912).

(3) ArniN-DeLrei. — L’épilepsie psychique (1898).

(#) Sanre De Saxcris, — Rivista Ospedaliera (1® février 1912, p. 97).

po e.

Ufié de parler d’épileptoïdisme. Il en fait un état psychique permanent par opposition aux phénomènes paroxystiques des équivalents psycho-épileptiques qui sont des manifestations transitoires.

La symptomatologie que M. Sante de Sanctis nous trace de l’épileptoïdisme correspond assez à ce que nous avons pu observer chez les jeunes sujets de la prison.

Voici, en effet, ce qui nous a le plus frappé dans la mentalité des jeunes épileptisants : c'est, plus encore que chez le simple débile, une inapttude absolue à tout travail continu et régulier qu'il soit physique ou qu'il soit mental. Une obnubilation continuelle de la compréhension liée à un état de somnolence des centres intellectuels d’où 1l est bien difficile de faire sortir l'enfant. Et. par suite, une impossibilité presque complète par l'examinateur de fixer l'attention du sujet. Une obtusion très prononcée de la mémoire. Une indifférence égale pour le jeu ou le travail.

Nous voyons ces enfants demeurer toujours tristes. Is ont l'air sombres et méfiants. Il est difficile de gagner leur confiance, ils nous demeurent fermés. Au contraire, des débiles qui sont souples et dociles, les épileptisants sont de naturel entêté et irascible. Ils ne sont pas dépourvus de sentiments, mais ceux qu'ils ont sont mauvais. Ne pensant qu'à eux, ils sont profondément égoïstes et gardent rancune à qui a pu leur nuire. D'une grande irritabilité d'humeur, ils sont souvent agressifs, ont des réactions rapides, souvent explosives, dépourvues de motifs adéquats, accompagnées d'une forte émotion coléreuse.

Pour achever le portrait du jeune épileptisant, il faut

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ajouter à ce caractère intellectuel et moral un état physiologique bien particulier. Cet état est caractérisé par des maux de têle fréquents, des vertiges passagers correspondant à un engourdissement fugace de la psychomobilité, quelques troubles respiratoires où eirculatoires intermittents, quelques crises de terreur subite, des rêves anxieux, de fréquentes obsessions. Très souvent enfin, de l'incontinence nocturne d'urine.

Il ne nous à Jamais été donné d'observer chez les enfants de ces grandes crises de phobies paroxystiques sionalées par Féré chez les adultes, de ces crimes effrayants commis par ces derniers pendant ce que Krallt Ebbing appelle « l'état crépusculare » où « hypnagogique » de l'épilepsie. Jamais non plus de ces grands accès d'impulsion si bien décrits par Legrand du Saulle el par Magnan, chez les grands épileptiques.

Les phénomènes épileptisants, relevés chez les jeunes nous ont paru comme une réduction, comme une reproduction voilée des grands équivalents psychiques de lépilepsie. C'est que le psychisme occupe chez l'enfant une moins grande place que chez l'adulte et que de plus, la plupart de nos Jeunes épileplisants sont en même temps des débiles.

\lais nous avons plusieurs fois noté chez eux des troubles de l'instinct sexuel. Plusieurs étaient arrêtés pour outrages à la pudeur et on relevait chez eux des habitudes de masturbation.

Le professeur Morichau Beauchant, de Poitiers (1) a étudié à la suite de Freud comment naît et comment se dé-

(1) Moricau-BEaucHaAnT. — Les troubles d° l'instinct sexuel chez les épileptiques, in Journal médical français (45 avril 1912).

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veloppe chez l’enfani : usuuci sexuel, il montre que les premières manifestations de l'instinct sexuel sont régulerément d'ordre auto-érotique. La puberté met fin au stade d'auto-érotisme et l'hétéro-érotisme représente désormais l'expression normale de la sexualité.

Freud a montré que les tendances à l’onanisme ne deviennent pathologiques que si elles persistent au delà du terme que leur assigne l’évolution sexuelle.

« Or, les épileptiques, nous dit Morichau Beauchant, conservent en matière de sexualité leurs tendances infantiles. Chez eux, comme chez les enfants, on observe une persistance de l’auto-érotisme et un penchant à toutes les perversions. Deux facteurs ont concouru à cette anomalie d'évolution : la précocité de l'instinct sexuel et l'intensité de ses manifestations. La débilité morale qui constitue un des traits essentiels de leur caractère, le peu d'influence qu'exercent sur eux les forces éducatrices. Dirminution permanente dans le contrôle moral de leurs actes qui peut aller jusqu'à la suppression complète au moment des paroxysmes. » |

Etant données cette précocité et cette perversion sexuelle, nous ne nous étonnerons plus de von: de jeunes épileptisants arrêtés pour outrages à la pudeur.

Toute épilepsie est symptomatique, c'est un fait qui semble bien admis maintenant par la plupart des médecins. Quelles sont donc l'étiologie et la pathogénie des phénomènes qui nous occupent chez les enfants ?

Nous avons été frappé par la fréquence de l’hérédoalcoolisme chez les jeunes détenus atteints du syndrome épileptisant. Un autre fait a attiré notre attention, c'est la constance presque absolue d'une maladie grave dans

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