CHAPITRE I
Anatomie des paupières
Toutes les portions essentielles qui constituent les paupières pouvant être lésées à la suite d'entropion et en déterminer les variétés, nous avons cru bon de donner un petit aperçu sur l'anatomie de cette région.
Les paupières sont composées, en allant de dehors en dedans : de la peau, d'une couche de tissu cellulaire, d'une portion musculaire ; muscle orbiculaire des paupières, d'une autre couche de tissu cellulaire la séparant du fibro-cartilage ou cartilage tarse et de la conjonctive.
La peau des paupières est d'une finesse et d'une diaphanéité telle qu'on aperçoit fort bien ses vaisseaux par transparence (i). Le derme est peu épais et constitué par des faisceaux ondulés et extensibles de tissu conjonctif. L'épiderme est très mince, surtout à la région dorsale; on y trouve néanmoins les trois
(I) De Wccker et Landolt. Traité des nialadies des yeux. t. I, 1880.
couches normales : la couche cornée, la couche moyenne à cellules dentelées ef la plus profonde à cellules cylindriques. Avec cette délicatesse de structure, les paupières peuvent facilement se relâcher et se laisser infiltrer : de sorte que, par l'action seule de la pesanteur, surtout à la paupière supérieure, il peut se former un bourrelet qui poussera le bord libre de la paupière en dedans (entropion). Le tissu cellulaire sous-cutané est formé par des tractus de tissu conjonctif lâche et peut devenir facilement le siège d'œdèmes et d'infiltrations.
Couche musculaire. — Cette couche est représentée par le muscle orbiculaire des paupières qui, vu sa disposition, peut être considéré comme un véritable sphincter (i). Le docteur Couléard-Desforges, dans sa thèse inaugurale, divise l'orbiculaire en trois por- ■ tions : périorbitaire, palpébrale et ciliaire. Nous suivrons cette division et nous dirons un mot sur chacune de ces parties.
Les fibres du muscle orbiculaire sont dirigées selon des arcs de cercle dont les extrémités se coupent à angles plus ou moins aigus près de la commissure externe. Il semble que . celles qui appartiennent à la paupière supérieure se confinuent sans interrupfion avec celles de la paupière inférieure.
Les fibres de la porfion palpébrale de l'orbiculaire
(I) Coulùard. Thèse de Paris, icSyb.
suivent deux directions différentes (i). Elles décrivent une première courbe en circonscrivcint la l'ente palpébrale. Il s'ensuit que la concavité de ces arcs est tournée vers cette fente, regarde en bas pour la paupière supérieure et en haut pour l'inférieure.
La seconde courbe est formée par les fibres musculaires qui s'appliquent avec les paupières exactement sur le globe de l'œil. Dans leur contraction, les arcs tendent à la ligne droite ou plutôt à la corde de ces arcs. Tant que les paupières sont uniformément appliquées sur l'œil, dans toute leur hauteur, il ne se produit rien d'anoi'mal; mais que, par un mécanisme quelconque (laxité des paupières, enfoncement du bulbe), cette harmonie soit troublée, les paupières agissant s'ur une portion plus que sur l'autre, il s'ensuit une déviation des paupières : soit en dedans, soit en dehors, suivant que le bord palpébral l'emporte sur la portion périphérique ou réciproquement.
Les faisceaux de la portion palpébrale s'insèrent sur une aponévrose désignée sous le nom de tendon direct de l'orbiculaire, pai- opposition à un second tendon, appelé tendon réfléchi, placé en arrière du sac laci-ymal. Le tendon direct est situé plus en avant et il suffit d'exercer une traction sur la commissure externe pour en rendre la saillie appréciable sous la peau. Il est simple en dedans et s'insère sur la branche montante du maxillaire supérieur. En dehors, il se bifur-
(i) Fuchs. Manuel d'ophthaliiiologic, 1897.
que pour se porter aux extrémités externes des deux cartilag-es. Ce muscle est sous l'action de la branche supérieure de la septième paire ou facial supérieur. Sous l'influence d'une action réflexe, il peut se produire du blépharospasme amenant de l'entropioii.
La portion périorbitaire prend naissance au-dessus du ligament palpébral interne, du rebord de l'orbite et des surfaces osseuses voisines. II. se replie circulairement et se réfléchit vers la partie inférieure de l'angle interne de l'œil (i ).
Cartilage tarse. — Le cartilage tarse fait suite à une cloison fibreuse ou ligament suspenseur qui part du pourtour de l'orbite pour aller se confondre avec le bord adhérent du tarse. Le tarse est formé par une lame élastique, myrtiforme et de consistance cartilagineuse quoique aucun des éléments caractéristiques du cartilage ne rentre dans sa composition (2). Le bord adhérent se continue avec le ligament suspenseur, le bord libre correspond à la fente palpébrale où il s'identifie avec le derme. Les deux extrémités se terminent en pointe et se continuent avec les ligaments commissuraux interne et externe. Ces ligaments sont fournis par 'deux bandes transversales servant, pour ainsi dire, de complément au ligament suspenseur.
Le bord adhérent à une courbure convexe, le bord libre est cà peu près rectiligne à la paupière inférieure
(I) Giraud. Thèse de Paris, 1883-84.
(2; Coui-saget. Thèse de Paris, 1867.
et tend à présenter une légère concavité en haut. Le bord de la paupière supérieure est légèrement convexe en bas. «.Quand les paupières se ferment, on peut représenter les deux tarses par deux cartes superposées dans un plan vertical de façon que le boixi inférieui" de l'un repose sur le bord supérieur de l'auti-c et que ces bords s'appuient l'un sur Tautre » (i).
Le cartilage tarse comprend dans son intérieur de nombreuses glandes de Meibonius, rangées les unes C(jnti-e les autres et occupant toute la hauteui- du tarse (2). Ces glandes contiennent une graisse finement granulée, appejée sébum palpébral, destinée àlubréfier le rebord de la paupière. Ces glandes peuvent s'enllammer et provoquer des lésions capables de déformer le cartilage et de le détruire complètement.
Par sa consistance, le cartilage tarse constitue le squelette des. paupières et assure la régulaiité de \£ur forme; mais si, à la suite d'une cause quelconque, le tarse vient à être lésé dans sa constitution, les paupières, n'ayant plus de . soutien, seront soumises à toutes sortes de déviations (3;.
Outre les orifices glandulaires, le boi'd palpébral du tarse est garni de poils i igides : les cils, qui ont pour but de préserver le globe oculaire contre toutes les poussières et auti-es substances qui pourj-aient l'iriiter.
(il Panas. Tniile des iiuiliulics di's vaix, 189^.
(2) Coiilcard-Desforgcs. Tliùsc; Je Paris, US78.
(3) Sappcy. Traité d'anatmiiie.
lis sont disposés sur une triple rang-ée et leur courbure est telle qu'ils sont dirigés l'un sur l'autre. Leur mauvaise implantation ou une direction vicieuse donne assez fréquemment du trichiasis et plus tard de l'entropion.
Quant à la membrane fibreuse, elle forme, comme Ta si bien dit Richet, « une liarrièi'e entre les couches superficielles et les profondes. » C'est ce qui explique pourquoi les épanchements consécutifs à la fracture de la l'hase du créine, par exemple, ne se propagent pas à la couche du tissu cellulaire sous-cutané.
La conjonctive tarsale est solidement fixée aux tarses; elle se trouve constituée par l'épithélium, la tunique propre et le tissu conjonctif sous-muqueux. Elle a l'aspect velouté et se trouve recouverte par des proéminences velvétiques que séparent des sillons (i).
(I) Panas, l'niitc dci Dialmlics des ynix, 1X94.