‹ Contribution à l'etude de l'entropion [electronic resource]Chapitre 3 sur 6 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Symptômes Variétés.

L'entropion est constitué par le renversement du lx)rd palpébral vers le globe de l'œil. Il diffère du trichiasis en ce que, dans cette dernière affection, le bord palpébral; considéré dans sa totalité, a conservé sa direction normale. Le tarse ne subit aucune modification. Quand on renverse la paupière, on trouve parallèlement aux cils et à la distance normale la ligne formée par les orifices des glandes de Meibonius : seulement l'angle palpébral postérieur s'est arrondi et les cils sont dirigés en arrière (î).

Dans l'entropion, au contraire, tout le bord palpébral est incurvé en ariière de sorte qu'on ne le voit même pas quand on regarde de face l'œil ouvei't. Pour le voir, il faut tâcher de dérouler la paupière en la tirant vers le i-eboivi orbi taire.

L'entropion peut être total nu partiel, c'est-à-dire occupai- tout ou partie de la paupière. Dans ce dernier

(i) Kiciui. Sociùté de chirurgie, 1884.

cas, la partie externe est le plus souvent atteinte. Il peut intéresser les deux paupières du même œil, une paupière de chaque œil ou une seule paupière. Dans ce dernier cas. la paupière inférieure est le plus souvent envahie. 11 arrive fréquemment que l'entropion siège aux deux yeux à des degrés différents ou avec la même intensité.

Quel est le mécanisme de l'enti'opion ?

Au début, l'entropion comme le trichiasis reconnaît pour origine l'inflammation aiguë avec œdème ou infiltration sanguine des paupières. Le liquide épanché dans le tissu cellulaire lâche, placé sous l'orbiculaire, refoule la peau en avant et tait basculer le tarse et la conjonctive en arrière, d'autant plus facilement que la peau offre moins de résistance, comme chez les vieillards, par exemple.

En second lieu, on peut admettre un autre mode de formation d'entropion. A la suite d'un gonflement rapide et considérable des paupières, les fibres de l'orbiculaire comprises dans la portion orbitaire ou périphérique sont distendues par le gonflement, perdent une partie de leur force et sont incapables de contrebalancer l'action des fibres palpébrales qui entraînent le bord en dedans.

L'entropion peut se produire par un troisième mécanisme ( i). Au chapitre de l'anatomie. " nous avons déjà dit que les faisceaux de Torbiculaire

(i)Fuclis. Mdiiiu'l (rophlhiiliiioh\^ic, 1897.

décrivaient deux courbes : l'une tendant au rétrécissement de la fente palpébrale, l'autre à l'application intime des paupières sur le globe de l'œil. Si nous reprenons la comparaison des cartes, nous voyons que lorsque Ton exerce une pression au point de contact, celles-ci s'inclinent d'un côté ou de l'autre suivant le sens de la pression. Il en est de même pour les phénomènes qui se produisent dans l'entropion. Les tarses, appliqués l'un contre l'autre, s'inclinent en avant si les< parties sousjacentes les poussent en ce sens ou en arrière s'il leur manque de ce côté un appui solide.

Bien plus importante est la seconde courbe des ribres orbiculaires au point de vue de l'orioine des déplacements des paupières. Si le globe de l'œil qui leur .sert de point d'appui régulier ne soutient plus suffisamment par derrière le bord adhérent du tarse, celui-ci fait une rotation dans le sens de l'entropion ou de l'ectropion.

Plus tard, dès que les premiers cils viennent toucher le globe de l'œil, il vient s'ajouter un autre facteur. L'irritation détermine le spasme de l'orbiculaire dans sa poilion tai'sale et les contractions de ce muscle contribuent puissamment à l'enroulement de la paupière.

On admet généralement trois degrés dans l'entro^ pion ( i).

(I) CoLirsagct. Tlicsc tic Paris, 1867.

/" Degré. — Le cartilage tarse, à demi-basculé, est appuyé par son bord libre sur le globe de Tœil, et sa face externe regarde en bas pour la paupière supérieure et en haut pour la paupière inférieure, de sorte que les cils sont en contact avec la conjonctive bulbaire et la cornée dans une grande partie de leur longueur.

■ 2" Degré. — Le cartilage est complètement renversé et la peau de la paupière qui le recouvre n'est séparée du globe que par les cils.

Je DQg^Q^ pilis tard, une irritation constante peut causer un spasme de l'orbiculaire si violent que le car" tilage s'enroule dans la paupière de façon que les cils ne sont plus en contact avec l'œil. Ils sont cachés dans le cul-de-sac. Le cartilage a repris sa position normale mais se trouve complètement enveloppé par la paupière : les cils sont en contact : en dedans, avec la peau de la paupière qui recouvre le cartilage: en dehors, iivec la muqueuse palpébrale.

L'entropion peut être aigu ou chronique suivant que la cause qui le produit est passagère ou permanente. Cette seconde division a plus d'importance au point de vue du pronostic : l'entropion aigu n'étant lié à aucune altération de structure de la paupière et consistant simplement dans une action réflexe, guérit facilement sous l'influence du traitement qui s'adresse à la cause. L'entropion chronique, au contraire, est toujours produit à la suite d'altérations des tissus constituant la paupière et nécessite une opération qui malheureuse-

ment ne met pas, dans bien des cas, à l'abri des récidives.

Kuclis divise l'entropion en spasmodique et en cicatriciel. Cette division, basée sur l'étiologie, nous paraît la plus rationnelle, nous aurons l'occasion d'en parler plus lonji-uement au chapitre suivant. Dans tous les cas. que l'entropion soit partiel ou total, spasmodique ou cicatriciel, les symptômes de TaiTection sont toujours à peu près les mêmes.

Les caractères les plus apparents sont une photophobie intense et un larmoiement exagéré. Dès que les cils an-ivent à frotter le globe oculaire, l'affection devient pour le porteur une source de tourments interminables. Le malade se frotte continuellement les yeux comme s'il voulait en extraire un corps étrangei". Il a la sensation de gravier introduit dans l'œil. Il a toujours les mains devant les yeux et la photophobie devient tellement intense qu'il est souvent obligé de mettre un bandeau devant l'œil malade.

Plus tard, l'œil' finit par s'habituer au contact des cils, la sensibilité s'émousse et l'organe semble retrouver un repos que Tinflammation de la cornée vient troubler de temps en temps.

Dans certains cas d'entropion spasmodique . ces caractères peuvent faire défaut. Il y a des malades qui ne s'aperçoivent pas de leur affection. La paupière esl tellement enroulée sur elle-même que les cils ne louchent pas la muqueuse bulbaire, ni la coiMiée et ne déterminent aucune irritation du globe. Toutelbis. ils

ont une certaine gêne pour regarder les objets situés en bas ou en haut suivant que l'entropion est supérieur ou inférieur. On peut attribuer ce fait à ce que le globe exerce un tiraillement assez grand sur la muqueuse en se tournant dans ces directions et déroule la paupière dont quelques cils viennent frotter l'œil.

L'inflammation qui. dans la plupart des cas, précède l'entropion, se trouve considérablement augmentée dès que les cils arrivent en contact du globe oculaire. La conjonctive palpébrale et bulbaire est injectée. La palpébrale surtout est boursoufflée, augmentée de volume et constitue. dans certciins cas, un bourrelet qui se traduit extérieurement et de préférence à la paupière inférieure par un œdème assez considérable.

La cornée, en raison de l'extrême sensibilité de son épithélium,est le siège de désordres qui peuvent devenir très graves. On remarque à la surface de cette membrane des opacités superficielles qui sont dues à l'irritation constante dont elle est le siège. L'épithéliuin devient épais et calleux et préserve en même temps la cornée contre toutes les influences extérieures qui pourraient lui être nuisibles.

Dans d'autres cas. il se produit sur cette membrane des dépôts panniformes ou des ulcères qui incommodent le porteur au plus haut degré. Les récidives sont IVéquentes et si l'affection n'est pas convenablement traitée, on voit survenir une violente panophthalmie qui peut compromettre l'oi-gane tout entier et causer la fonte de l'œil.

A mesure que l'affection progresse, le processus morbide s'étend au cartilage qui s'incurve, s'atrophie, subit la dégénérescence graisseuse et disparaît quelquefois complètement. L'aspect de la paupière à cette période est caractéristique et fait deviner l'entropion à

première vue.

Tous ces caractères rendent le diagnostic de l'entropion des plus faciles et permettent de ne le confondre avec aucune autre affection de la paupière.

Page 1