‹ Contribution à l'Étude de l'ÉpileptoidieChapitre 23 sur 28 · RENE | PRE · texte numérisé non relu

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d'expérience vivante à travers laquelle autrui et les choses nous

sont d’abord donnés ». (Page 69).

Or, ce champ phénoménal dans lequel il nous invite ainsi à à placer notre réflexion est fait de l'intrication totale du sujet et du monde qui l'entoure. Ce que nous voyons, ce dont nous avons conscience, même à notre propre égard, ce sont les rapports entre notre monde et nous. Etudier autrui autrement que

dans ses rapports avec le monde serait done voué à l’artificiel.

Aucun sujet n’est sans être situé. Ainsi, ce qui peut faire l’objet de notre recherche, ce n’est pas l’épileptoïde, être limité à sa corporéité, pas même l’épileptoïde dans le monde, mais bien l’épileptoide au monde. Ce tout de l’être au monde englobe les deux versants perceptifs et actifs de l’homme. fl s’agit d’une véritable coexistence dans laquelle ils ne sauraient être déliés.

Le champ d'activité est tout à la fois une situation perceptive.

L'unité de cet ensemble a été bien mise en évidence par Lewin (1) lors de sa description d’un espace hodologique., Meublé d’objets et d'êtres aux significations attrayantes ou contraires, fait de barrières et de portes ouvertes, cet espace est conçu comme le lieu des chemins suivis par notre activité. Purement subjectif ou plus exactement phénoménal, il prend un aspect à la fois géométrique et dynamique. Le monde qui nous

entoure n’est plus fait seulement de grandeurs, de distances, de

mouvements définis par leur déplacement et leur vitesse, mais

bien encore par des sortes de vecteurs propres à chacun d’entre nous et qui définissent pour chaque objet ou zone de ce champ

sa qualité propre par rapport à nous-même. Menant plus loin eette idée, Lewin aboutit à définir cet espace par des angles, des directions, des distances, tant et si bien que la géométrie véritable ne serait en quelque sorte qu’une application de lois beaucoup plus générales. ve Guillaume défendant cette utilisation à Do métaphorique montre combien l'économie politique par exemple, a gagné.

(1) Der richtungsbegriff in der psychologie, Ps. Forsch. XIX, 1934, pp. 949-

pou

à expliquer ces problèmes en termes de dynamiques et en fai-: sant interférer les lois propres à cette science dans le domaine nouveau où elle les introduisait. De même dit-il, la gestalt-théorie et plus spécialement les écoles de Kofka et de Kohler ne refusent pas les conséquences d’une telle généralisation de la notion de champ, pas même celle d’ordre métaphysique qui mènerait à une sorte d’unification des sciences (1).

Cherchons done à concevoir l’espace hodologique propre à l’épileptoide.

C’est alors que nous comprenons tout l’intérêt, non seulement diagnostic mais également spéculatif de l’emploi des tests de projection, tests au cours desquels le sujet doit justement appliquer une structure et une organisation à un matériel non structuré et plastique. d | |

Que si, par exemple, un sujet tel celui de notre observation n° If se livre à une description étroite des planches, sans s'élever au-delà de quelques visions banales, nous pouvons affirner chez lui ce Sentiment extrême du concret qui caractérisé l’épileptoide. De même, pourrons-nous déduire cette certitude chez tel autre où l’alternance de formes bonnes et mauvaises ne sera pas la Suite d’une fuite devant la réalité maïs bien au contraire la persévérance d’une schême extrêmement positif et dont le sujet ne sait se dégager. L’énumération monotone de taches, de traits, de points, ou tout aussi bien de caractères tels la symétrie, la taille, l'homogénéité, prouve elle aussi combien ces sujets ont une vision instantanée précise et brutale des éléments de ce qu'on leur présente. Mais combien paradoxalement aussi ces éléments sont mal liés les uns aux autres. Rappelleronsnous ici l’histoire de cette souris passant par le trou d’une feuille pour aller mordre un taureau ? Evoquerons-nous tout aussi bien ce cheval jaune et cheval parce que jaune ? Nous retrouverions d’innombhrables exemples qui prouveraient combien les rapports entre éléments distincts sont mal perçus, combien peu structurée se montre leur vision, combien pour tout

(1) Psychologie de la forme, p. 142.

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dire les épileptoïdes manifestent d’ dirérence à l'égard des formes réellement pregnantes dès qu’elles comportent une structuration interne.

Ils vivent entourés d’un monde concret comme de la pierre où les objets, les êtres, les problèmes sont posés avec ane sorte de rigidité qui les dénue de signification. Toute construction n’est qu'un amoncellement, toute vision qu’un chaos. Derrière la massive solidité de ce que leur indique leurs sens ils ne peuvent percevoir l’être subtil et essentiel des contours qui leur apparaissent.

Nous pourrions sembler nous laisser emporter par la ligne de nos idées, mais rappelons-nous quelques figures de Rey copiées de mémoire par des épileptoïdes. Les éléments de la figure initiale apparaissent bien le. plus souvent mais dans quel ordre ! Aucune des lois constructives de l’ensemble n’a été analysée et la reproduction ne saurait être alors que l’amalgame de souvenirs, isolés artificiellement et réunis de même.

C’est bien donc ce caractère à la fois concret et sans structure, réaliste dans ses traits, mais faux dans ses rapports, qui donne à la perception de l’épileptoïde une forme particulière. Or, ce réalisme punetiforme qui ne se laisse pas dépasser englue l’épileptoïde dans un espace hodologique ainsi agencé. Il ne quitte pas des mains ces planches qui ne recèlent que taches sans significations, il ne quitte pas du crayon ce papier sur lequel il réunit des traits sans les assembler.

On comprend que dans ces conditions toute tâche lui devienne ardue et qu’il l’accomplisse avec, lenteur. Tout, autour de lui, prend valeur d’obstacle. Son monde est fait de murs.

D'ailleurs il ne nous faut pas perdre de vue que ces murs se dressent d'autant plus que des moyens normaux de saisir le réel manquent à l’épileptoide. « Ce qui est premier c’est le déficit dans les apports fournis par le cerveau à l’esprit; ce qui en résulte c’est une transformation de tout l'être. » Cette phrase que nous empruntons à la thèse du Docteur Blanc (1) s’appli-

(4) Dissolution et reconstruction du langage chez les aphasiques, Bordeaux,

ble

quait à l’origine aux aphasiques. Ce n’est pas pourtant par un rapprochement artificiel que nous avons cru pouvoir la reproduire ici. Elle traduisait en effet une conception de psychopathologie inspirée des théories de Gelb et Goldstein et de portée bien plus générale que l'application qui en était faite.

Pour ces auteurs, en effet, toute lésion cérébrale anatomique ou physiologique entraîne une perte de l'attitude catégorielle et par suite un assujettissement plus grand au milieu par manque des fonctions qui le dirigeaient. Cette opinion ne trouvet-elle pas son application dans la perspective que nous avons voulu présenter de l’épileptoïde ? Une précision nous semble néanmoins devoir lui être apportée. En réalité cet assujettissement au réel nous paraît plutôt un effort du sujet vers le réel, cette adhérence au concret, ‘une application à le saisir. Privé en effet par son disfonetionnement cérébral dés moyens normaux d'appréhender le monde, l’épileptoïde fait un effort de réorganisation pour l’atteindre. Ne pouvant dans une intellection immédiate pénétrer sa simplicité structurale il va pour y parvenir user d’un détour. Il doit par essence réaliser le mieux. possib'e les tâches devant lesquelles il est placé. Or, ces tâches, par suite d’un caractère anormal « des faits physiologiques intermédiaires entre l'esprit et le monde » (Docteur Blanc thèse citée); ces tâches, disons-nous, se présentent à lui dans l’apparente complicité d’une fausse vision. Il va s’efforcer pourtant de les assumer. Mais entre la force attractive de l'acte à accomplir, du but à atteindre et la force répulsive de cette barrière qui se dresse, naît un conflit et ce conflit engendre dans le champ phénoménal une tension.

La réalité de cette tension a été mise en évidence chez l'homme normal par Zeigarnick (4) en empêchant la résolution de petits problèmes proposés à des sujets. Ceux-ci protestent, essaient de reprendre leurs problèmes et si, par la suite, on les interroge sur les diverses tâches qui leur ont été proposées, ils

(1) B. ZEIGARNICK. — Uber das behalten von erled' gten und unerledigten handhingen. Ps: Forsch, ‘IX,7 1927, PP. 1-85:

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