‹ Contribution à l'Étude de l'ÉpileptoidieChapitre 24 sur 28 · PART A NE · texte numérisé non relu

PART A NE

oublient deux fois moins celles dont la solution a été interrompue que celles dont ils ont pu achever l’accomplissement, Tout le comportement du sujet vise à résoudre ces tensions fragmentaires dont est meublée sa vie. Pour aboutir à cette résolution, divers procédés peuvent être mis en œuvre.

Le meilleur, le plus adapté est l’accomplissement pur et simple de la tâche envisagée. Mais s’il advient que le sujet s’en montre incapable, que le temps ne lui soit pas laissé d’agir, que trop de tâches à la fois lui semblent se presser devant lui, enfin qu'une sensation d’impuissance l’envahisse, sa tension psychologique va augmenter et pour aboutir à sa nécessaire résolution il va être amené à employer des conduites de moins én moins adaptées.

.Il va pouvoir se livrer à une activité in vive mais incohérente, sans qu’une orientation lui confère d’efficacité. Nous nous Lrouverons alors devant. 15 LÉDRCRIOUE turbulent et instable.

Il va pouvoir au contraire s’enkyster, se retirer de la lutte, én oubliant ée monde d'obstacles qui le gênent. Et'ce sera l’épileptoide toujours « dans la lune », avec ses phases d’obnubilation.

Ou bien fuyant toute barrière, il va s’évader à la a d’° un monde plus facile qu'il ne sait d’ ailleurs où trouver. Et nous verrons les petites fugues de l épileptoïde.

Mais que les murs'soient trop hauts, que les. tensions s ’aceumulent, l’éelat va se produire indifférencié, vers toutes les . zones du champ simultanément, ne respectant. plus rien, incompréhensible par sa violence, par sa soudaineté, par l’abattement total qu’il procure. Et ce sera la colère de lépileptoïde, colère si différente de celle du pervers ou du névropathe, colère : essentiellément généralisée et ‘dont on sent avant tout qu ‘elle se déroule dans un Champ devenu indifférencié où l’objet qu’on brise, la mère qu’on frappe, le mal que l’on se fait, sont sur le même plan. (Sans le rapporter d’ailleurs à l’épileptoïdie, la * description phénoménologique de ces -accès de colère et leur

interprétation dans le'sens que nous avons voulu indiquer a été étudié par T. Dembo (1). |

Ainsi, les divers comportements pathologiques de lépileptoïde deviennent-ils aisément compréhensibles si l’on consent à les envisager sous l’angle de réactions à des situations per-ceptives particulières.

Bien entendu, le fait que nous ayons exprimé ces situations et ces comportements en terme de psychologie, ne doit pas nous faire oublier la constante interréaction entre soma et psyché. Si le monde perçu comme obstacle entraîne une accroissement de la tension psychique du sujet, la forme même de sa réaction dépend des facilités qu'offre le terrain à son expression. Il y a là toute une mise en jeu de voies déjà frayées, de mimiques constituées, en étroite relation avec le substractum organique « de la dynamique de l’esprit » (Professeur Delmas-Marsalet). Nous avons envisagé ces phénomènes sur le plan psychique mais: sans préjuger pour autant de son étroite fusion avec un corrélaneurologique.

Du reste, chez certains il est intéressant de constater que ce terrain neuro-dynamique donne une forme caractérielle, semblable à celle des épileptoïdes, à leurs réactions en face des problèmes réels de la vie. En particulier quand un traitement a commencé à diminuer le rythme de leurs crises, nous les voyons réagir comme des épileptoïides mais à des situations véritablement complexes et non à des situations perçues anormalement comme telles par les. sujets.

Par cette remarque, nous avons voulu préciser l'importance de l’élément physiopathologique dans la forme de la conduite des épileptoïides. Mais nous voudrions encore considérer un dernier ordre de faits qui nous semblent propres à éclairer la façon dont la situation dans laquelle ils se percoivent insérés explique leur comportement.

Toute thérapeutique médicale de ces sujets pour être effi-

(1) Das aerger als dynamischer problem, Ps. Forsèh. XV, 1981, pp. 1 à 144

EN yrS

cace doit s'accompagner de règle de vie et de consignes données

fa l’instituteur et aux parents. Il convient en particulier de ne pas bousculer l'enfant, de lui laisser le temps voulu pour accomplir sa tâche, de le laisser d’une facon plus générale finir ce qu’il commence. Il faut aussi que sa vie réglée laisse le moins de place possible aux surprises, aux heurts de la nouveauté, autrement dit que le monde prenne autour de lui une structure, connue par accoutumance, dans laquelle il évoluera sans trop de difficultés et sans accumuler ces tensions dangereuses dont la résolution ne peut se faire que par une dérivation des activités efficaces.

Or, ce sont ces mêmes lignes ‘de conduite qu’indique le Docteur G. Paul-Boncour (1) dans un article sur la formation professionnelle de l’épileptique à côté, bien entendu, de celles que motive le risque des crises épileptiques proprement dites. La réussite professionnelle des épileptiques ne peut se faire que dans des métiers tranquilles, aux cadres réglés, aux responsa-

‘ bilités faibles, où l’obstination et l’attachement se manifestent comme des qualités maîtresses. Il est certain, par exemple, que l’agriculture constitue un des meilleurs métiers à conseiller aux épileptiques et aux épileptoïdes.

Ainsi, dans le domaine pédagogique comme dans le domaine professionnel, la conduite à tenir empiriquement établié pouvait se déduire logiquement des interprétations que nous donnions ci-dessus.

Nous espérons avoir montré dans ces quelques pages, combien le comportement de l’épileptoïde devient compréhensible si on l’envisage non pàs isolé de son contexte perceptif, non plus comme une réponse à un ensemble de stimuli mais bien dans son unité telle que la définit M, Merleau-Ponty dans son livre sur la « Structure du comportement », p. 197 : « À partir du moment où le comportement est pris dans son unité et dans son sens humain ce n’est plus à une réalité matérielle qu’on a af-

{) Bulletin de L'IN.O.P., avril 1931,

Page 1