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‘Lorsque la tumeur apparaît au dehors et qu'elle à vaincu la résistance que lui opposait le phimosis, elle apparaît d'abord sous la forme d’un bouton verruqueux, qui rougit et s’ulcère. On voit alors sur lui se développer des bosselures qui s'érodent à leur tour, en laissant suinter un ichor, caractéristique, mélangé de pus, de déchets sébacés et de concrétions épidermiques, ichor dont l'odeur est celle de la graisse rancie, cette odeur fade que nous avons déjà signalée dans toutes les dégénérescences sébacées. Les bosselures, développées sur le érodant
bouton verruqueux, continuent de grossir en s à leur surface et bientôt l’on a de véritables végétations à base large, qui se couvrent de matière sanieuse à mesure qu'elles s'ulcèrent. On à enfin un vaste ulcère cancéreux bourgeonnant, dont le fond n'est pas spongieux mais dense, et qui gagne beaucoup plus vite en surface qu'en profondeur. Tout autour, la peau présente un aspect tuméfié rougeàtre; elle est plus épaissie qu'à l’état normal et elle forme elle aussi des saillies irrégulières de couleur d'autant plus pourprée qu’on se rapproche davantage de lulcère.
En gagnant de proche en proche, les végétations finissent par entourer la verge comme d’une bague, qui désormais n'a plus qu'à s'étendre pour atteindre lorgane dans son entier. Néanmoins, elle n’évolue pas des deux côtés avec la même intensité; en arrière, elle gagne très vite et il à suffi de dix mois pour que la verge fût envahie dans presque toute sa totalité, jusqu'à l'union du quart postérieur avec les trois quarts antérieurs. En même {émps, là tumeur grossissait très vite pour atteindre le volume d'une grosse orange. En
avant, au contraire, elle évoluait très peu. Le gland à Loujours été respecté et le malade nous raconte que du jour où la tumeur à présenté la forme d'une bague de deux centimètres de largeur jusqu'au jour de son entrée à l'hôpital, les végétations n’ont pas gagné à la partie antérieure el que la muqueuse du gland a tou- Jours été saine. C'est Rà, en effet, un des caractères de l'épithélioma sébacé de respecter le gland et sur bien des observations enregistrées sous la rubrique « d’épithéliomas pavimenteux », nous avons retrouvé celte intégrité du gland. |
La tumeur ne se contente pas de gagner en surface; elle gagne aussi en profondeur et, à mesure qu'elle grossit, il se forme de nouvelles ulcérations larges et bourgeonnantes, qui saignent au moindre contact. Les ulcérations provoquent des démangeaisons intolérables qui obligent le malade à se gratter et, par suite, à augmenter la fréquence des hémorragies. Pour notre malade, les démangeaisons étaient si vives que, même pendant la nuit, il se grattait sans toutefois se réveiller, et le matin, au réveil, il constatait souvent de larges effusions sanguines mêlées aux tâches formées par l'écoulement sanieux qui suintait continuellement au niveau des ulcères. Cette sécrétion fétide doit faire faire le diagnostic d'éprthélioma sébacé. Elle ne se retrouve, en effet, que dans les dégénérescences sébacées et lobservation que rapporte Fabrice de Hilden-et racontée par Demarquay, nous donne une idée du degré que peut atteindre la fétidité de cette sécrétion. Il s'agissait d’un paysan de 80 ans qui, depuis son enfance, portait sur le gland une verrue dont le volume
dépassail à peine celui d'une lentille ; il n’en ressentit aucune douleur tant qu'il vécut dans le célibat; mais, S'étant marié, il v éprouva une douleur considérable et continuelle et, par suite du frottement qu'il exerçait pendant le coït, la verrue finit par s'ulcérer et dégénérer en un horrible cancer dont le volume était si considérable qu'il égalait la tête d’un enfant nouveauné. Toute la verge se transforma en une masse charnue, inégale et livide, rougie de tous côtés par une grande quantité d'ulcères présentant des orifices fistuleux qui donnaient issue à l'urine. La puanteur était si horrible que ses amis, ses parents même, cessèrent de le voir ; les médecins qui l'avaient soigné l'abandonnèrent aussi, après avoir épuisé les ressources de la thérapeutique. Fabrice de Hilden lui fit l'ampuütation de la verge; ce malade recouvra la santé el survécut dix ans à son opération. El s'agissait 1e1 certainement d’épithélioma sébacé, de par la lenteur de l’évolution et de la nonrécidive de l'affection. |
Quand la tumeur atteint un volume énorme et que tout l'organe est pris, il se produit de la compression de l’urèthre et l'on constate alors une gêne plus ou moins marquée dans l'émission de l'urine. C’est une gône purement mécanique; il n'y à pas de lésion anatomique de là muqueuse, car l'invasion de l’urèthre est très rare; en tout cas, elle succède à l'invasion des corps caverneux qui se fait déjà très tardivement. Si la compression exercée par la tumeur est encore plus prononcée, à la gêne succède l'impossibilité absolue d’uriner et 1l se forme alors, en amont de l'obslacle, des pertuis qui laissent couler l'urine goutte à
D 'OYR ER goulle, augmentant encore ainsi la fétidité de la sécrétion.
Ce signe est inconstant ou, en lout cas, il se produit tardivement et lorsque la tumeur à pris déjà un développement excessif. Pour notre malade, cet accident s'était produit tout à la fin, un mois avant son entrée à l'hôpital. Il S'élait ainsi créé quelques trajets fistuleux aboutissant bien entendu à la partie inférieure de la tumeur.
Les ganglions de laine sont envahis en général comme dans l'épithélioma pavimenteux, mais cet envahissement se fait beaucoup plus lentement et bien plus tardivement, ce qui est bien une preuve de la bégninité relative de la tumeur. Néanmoins, nous verrons au chapilre consacré à l'anatomie pathologique qu'il est des cas plus malins les uns que les autres. Ce sont ceux où la perturbation des éléments cellulaires rappelle plus complètement l'état embryonnaire et où le sébum plus jeune est par suite plus nocif. Ge sont les rares cas où 1l pourra y avoir des récidives; en tout cas, on constate alors l'invasion rapide des ganglions qui peuvent même bourgeonner à leur tour en donnant naissance à de nouvelles végétations cancéreuses analogues à celles de la tumeur primitive.
Un autre caractère de la tumeur est sa lente évolulion. Il à fallu dix-huit mois à notre malade -pour que nous arrivions au volume observé. Un cancer ordinaire évolue plus vite et se traduit par une allure plus maligne qui aboutit très vite à l’état cachectique. Her, l'état reste bon et ce n'est que très longtemps après le début qu'il faut compter voir la santé de Pindividu s'al-
pie térer. L'organisme s'accommode bien mieux, en effet, d'une dégénérescence sébacée que d'une dégénérescence cornée, les produits Kératinisés étant beaucoup plus toxiques. Néanmoins, il y a des degrés de malignité avec lesquels il faut compter et c’est sur eux qu'il faut se baser pour établir un pronostic.
Pour mieux confirmer les symptômes que nous venons de décrire, il nous a semblé bon de placer 1e1 le compte rendu complet de notre observation et nous aborderons ensuite l'étude de l’anatomie pathologique de la tumeur qui nous occupe.