‹ Contribution à l'étude de l'épithélioma sébacé du pénisChapitre 7 sur 14 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Prise dans le service de M. le professeur Poncet.

Enorme épithélioma sébacé du pénis (en chou-fleur). Amputation de la verge et ablation des ganglions.

Au mois de juin dernier rentrait dans le service de M. le professeur Poncet un homme atteint d'une énorme tumeur de la verge.

Le malade P. C..., charpentier à Amplepuis, est âgé de 4 ans. Rien à noter dans ses antécédents. Père âgé de 75 ans bien portant, mère de 76 ans également en bonne santé.

Personnellement, il a toujours eu une santé parfaite. Il est marié et a deux enfants bien portants. Il n’a jamais eu de maladies vénériennes et n’a reçu sur la région aucun traumatisme digne d'attirer l'attention.

I y a environ quinze mois, raconte-til,ils'aperçut qu'il était porteur sur la face interne du prépuce d'une petite grosseur qui n'avait encore pas passé au travers de la muqueuse, parfaitement saine à cet endroit, mais qu'il sentait très bien dans le repli balano-préputial, entre le gland et le prépuce. Il en évaluait le volume à un petit pois. Bientôt cette grosseur pointa sur la muqueuse préputiale et l'ulcéra en quelques jours, car le malade éprouva alors à cet endroit de vives démangeaisons.

Malheureusement, il était porteur d'un phimosis congé-

oies

nital assez serré qui l'empêcha d'examiner la région. [ne put donc se rendre compte à ce moment de l'aspect de la lésion. Pensant qu'elle passerait d'elle-même, il ne s'en inquiéta pas et en effet la tumeur resta stationnaire pendant quelque temps, mais bientôt elle se mit à grossir d'une façon très régulière en gagnant la partie antérieure du prépuce, Si bien qu'au bout de deux mois il vit apparaître une tumeur papillomateuse, dure et indolente, qui en soulevant le prépuce donnait à la verge un aspect caractéristique, une déformation en battant de cloche. La tumeur ne saignait pas et avait un contour nettement cyclique; bientôt, gagnant de proche en proche, elle arriva à entourer le gland en envahissant le prépuce de telle sorte que l'extrémité antérieure de la verge était cerclée dans une véritable bague d'une largeur de deux centimètres.

Ainsi il avait fallu, trois mois pour que la totalité du prépuce soit détruit. Peu à peu le mal s'étendit encore mais exelusivement du côté de la racine de 1a verge ; le gland au contraire à toujours été respecté. Il y à trois mois, la tumeur commença de prendre une odeur infecte et un liquide ichoreux, fétide, se mit à suinter, d'une façon continue, tout le long des bourgeonnements. L'état général du malade restait bon. Voyant que la tumeur gagnait toujours il se décida enfin à voir un médecin qui le dirigea aussitôt sur le service de M. le professeur Poncet.

Etat actuel. — A l'entrée, on trouve une énorme tumeur de l'extrémité antérieure de la verge qui est normale dans son quart postérieur. Le gland de couleur normale paraît sain ; il est entouré d’un énorme chou-fleur lui faisant comme une collerette de cinq à six centimètres de haut et allant du repli balano-préputial à l'union des trois quarts antérieurs et du quart postérieur de la verge. Le volume total de la tumeur est celui d’une grosse orange ; la surface saignante excoriée, est recouverte d’exsudats purulents et de tâches noirâtres de sang desséché. Sur les érosions nombreuses qui tapissent presque complètement la.tumeur en

er

formant de vérilables ulcères, à bords durs, taillés à pie, couverts de pus et de fausses membranes, s'écoule un liquide ichoreux, d'un fétidité extrême.

Le malade éprouve au niveau de ces ulcères des démangeaisons intolérables, des douleurs lancinantes qui l'obligent à se gratter même la nuit et qui sont ainsi cause d'hémorragies fréquentes.

Le fourreau de la verge est induré en masse et l'ont sent des traïnées indurées et des noyaux qui remontent jusqu'à la racine de la verge. Les corps caverneux sont également indurés. |

Dans les aines on note la présence de quelque ganglions indurés plus perceptibles à droite qu'à gauche.

La miction semble normale et ne provoque pas de douleurs. Néanmoins, le malade nous raconte que depuis plusieurs jours il éprouve une légère gêne en urinant et il nous dit qu'il s'est créé au travers de la tumeur quelques petites fissures par lesquelles l'urine s'échappe goutte à goutte. L'état général du malade est excellent et l'examen des autres organes ne donne rien à signaler.

Se basant sur la suppuration fétide, d'odeur caractéristique, sur la lente évolution de la maladie, sur le peu d’engorgement ganglionnaire et sur la persistance d’un bon état général, M. le professeur Poncet porte le diagnostic d'épithélioma sébacé primitif.

Opération. — Le 17 juin M. Thévenot opère le malade. On procède d'abord à l'ablation des ganglions inguinaux. On en trouve deux à droite du volume d’une petite cerise, un à gauche de volume moindre.

On place alors une sonde de Nélaton à la racine de la verge pour faire l'hémostase et l'on fait une amputation circulaire de l'organe à un centimètre au dessus de la tumeur dans un point qui paraît sain. Sur la tranche de section, les corps caverneux ont leurs caractères normaux ; il y à seulement de l'infiltration du tissu cellulaire sous-cutané. On pratique une suture hémostatique des corps caverneux el on

LRO CEA

lie les quelques artères qui donnent du sang après qu'on à desserré la sonde de Nélaton. L'urèthre est incisé sur sa partie inférieure et est suturé à la peau. On place une sonde à demeure. Les suites opératoires sont très simples et le malade sort huit jours après du service, guéri de sa plaie opératoire. Au mois de novembre, c'est-à-dire quatre mois après. nous avons des nouvelles du malade qui est en excellente santé.

Examen macroscopique. — Tumeur irrégulière, de la dimension d'un poing à peu près, présentant l'aspect classique des tumeurs en chou-fleur. Elle mesure, dans sa grande circonférence, trente-trois centimètres et, dans sa petite circonférence, vingt-six centimètres. Elle offre à l’œil nu un aspect granuleux ; on dirait un véritable gâteau de riz. La surface de section présente un tissu gris-rosé, sur lequel tranchent des points opaques ou translucides et des tractus fibreux. En râclant cette surface de section avec le tranchant d'un scalpel, on obtient des grumeaux opaques qui ne se mélangent pas à l’eau. La consistance de la tumeur est très inégale, assez dense dans certains points, elle est plus friable dans d’autres et se laisse fragmenter assez facilement.

La verge est entourée comme d'une gangue; le canal de l’urèthre, fendu dans toute son étendue, est libre; sa muqueuse est saine, du moins macroscopiquement et le canal ne présente aucun rétrécissement ni aucun signe de dégénérescence néoplasique. Les corps caverneux, sains à leur partie médiane, paraissent envahis à leur périphérie. En résumé, il s'agit, autant qu'il est possible de s’en rendre compte à l'œil nu, d'une dégénérescence épithéliomateuse sébacée à point de départ muqueux.

Examen microscopique. — L'examen microscopique permet de confirmer le diagnostic. Une coupe pratiquée au niveau du chou-fieur nous montre des papilles excessivement développéés, arborescentes, et, au premier coup d'œil, on croirait voir un papillome, vu la dimension des papilles. Mais, tout autour des papilles et entre elles, on ne tarde pas à voir

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