ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Il faut nous demander maintenant comment nous avons pu conclure que lépithélioma que nous avons observé est bien un épithélioma sébacé et chercher quels sont les caractères histologiques qui nous ont permis de confirmer les signes cliniques. [nous a paru bon à ce sujet de montrer en quelques mots comment la doctrine de la spécificité cellulaire nous simplifiait la tâche et combien, grâce à elle, devenait simple la classification des tumeurs épithéliales. I nous sera ensuite {très facile de montrer que l'épithélioma sébacé de la verge à bien un type histologique spécial répondant aux signes cliniques que nous avons décrit.
Et d’abord qu'est-ce qu'un épithélioma ? Une tumeur épithéliale sans doute, mais par quelles séries de transformations passent les Lissus pour faire d’un tissu normal un tissu de tumeur maligne? Peut-on dire que dans l'édification d'une tumeur épithéliomateuse, nous avons toujours le même mode d'agencement des 6léments, donnant un type parfaitement défini et toujours reconnaissable ? Assurémentnon. Si le cancer était toujours dù à un même microbe il n°v aurait pas de raison pour qu'il ne se comporte pas comme le fait la tuber-
culose.
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Que fait en effet cette dernière quand elle arrive dans un organe ? Elle édifie du tissu de l'organe comme dans toutes les inflammations ; il y à prolifération cellulaire avec tendance à la formation d'un tissu de défense, cherchant à emprisonner la lésion et l'arrêter définitivement dans une barrière de sclérose. Si l'infection gagne par exemple un ganglion à la suite d’une contamination cutanée quelconque, on aura de la tuberculose ganglionnaire, c’est-à-dire que le ganglion réagira, qu'il se formera du tissu nouveau mais du tissu ganelionnaire qui subira plus tard l’évolution tuberculeuse, si l'organisme ne peut lutter avec succès contre l'infecon. Une arthrite tuberculeuse gagne-t-elle par con- Uiguité une épiphyse osseuse: l'os fera du tissu osseux nouveau dans lequel évoluera la tuberculose osseuse. L'infeclion gagne-t-elle le poumon, on aura de la tuberculose pulmonaire. Bref, on ne retrouve jamais un caractère quelconque rappelant le premier organe lésé, le point de départ, la porte d'entrée du virus. Ce dernier crée partout des lésions analogues mais qui évolueront dans des tissus différents qui resteront tou- Jours identiques à eux-mêmes.
Pour un épithélioma, retrouvons-nous ce mode de développement reproduisant les mêmes lésions quel que soit l'organe? Non. De par la spécificité cellulaire nous savons aujourd’hui que le cancer n’est que la reproduction désordonnée d’un type cellulaire parfaitement défini et que, pour si désordonnée que soit cette reproduction, on y retrouve toujours l'élément primordial, la cellule de l'organe envahi. I fallait donc retrancher de a nomenclature médicale ce terme défectueux
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de cellules cancéreuses qui impliquait l'idée de cellules d’un caractère spécial, toujours analogue à luimême. Désormais on dira : cellules jeunes retournant vers l'état embryonnaire, ce qui souvent les éloignera sans doute de la cellule typique de l'organe lésé, mais ce qui impliquera aussi que ces cellules, par leur mode d'agencement et par leur air de famille, rappellent la structure des éléments qui ont servi de point de départ à la tumeur.
I n’y a donc pas que des tumeurs épithéliales et des tumeurs conjonclives ; chaque organe aura ses tumeurs épithéliales ou conjonctives et ces tumeurs rappelleront toujours le caractère et les attributs de l'organe. C'est ainsi que l'on retrouvera dans la tumeur toutes les sécrétions, tous les produits élaborés normalement par la cellule initiale, mais de même que les éléments de cetle tumeur sont devenus désordonnés, de même ces sécrétions et ces produits élaborés se retrouveront dans un stade plus flou, moins nettement défini, le stade embryonnaire.
Chaque cellule en évoluant d’une façon désordonnée fera donc une tumeur qui lui sera spéciale et la tumeur une fois développée, Les cellules constituantes resteront étroitement fidèles à leurs propriétés ataviques, réalisant plus ou moins complètement, suivant le stade de développement qu'elles atteindront, les évolutions et les sécrétions normales des cellules dont elles descendent. C’est ainsi, par exemple, qu'elles donneront naissance à des globes cornés, à des formations sébacées, à des productions graisseuses où à des kystes à contenu colloïde suivant qu'elles émanent de l’épiderme corné, de
l'épiderme sébacé, de l'épithélium mammaire où du corps thyroïde. [I sera donc possible, de par les produits de sécrétion ou les concrétions élaborées de reconnaître la cellule initiale d'une tumeur. Tout le nœud de la question est là.
Mais revenons-en à la verge et appliquons ces données à l’épithélioma de cette région. Pourquoi les auleurs n'en ont-ils pas fait souvent un épithélioma sébacé ?.. Précisément, parce que fourvoyés par les cas où la kératinisation se produisait et où l’on trouvait des globes épidermiques cornés, ils ont cru que tous les épithéliomas de la verge étaient semblables et 1ls les ont tous décrits comme des épithéliomas pavimenteux lobulés du Evpe matpighien ordinaire. Nous savons que l’épithélioma de la verge débute en deux points : soit la peau du pénis, soit le gland et le prépuce, et, d’après les statistiques établies, nous savons que c’est le second point de départ qui est le plus fréquent. Or, les auteurs s'accordent à reconnaître que la Kératinisation, quand elle se produit, est peu abondante et l’est beaucoup moins en tous cas que lorsque lépithélioma à débuté par la peau du pénis. Cela tient évidemment à ce que bien des épithélomas à point de départ sébacé ont dû passer inaperçus.
Dans un épithélioma de la verge, que trouve-t-on, en effet, lorsqu'on à affaire à la variété qui a débuté par le prépuce? On peut trouver deux choses, ou bien une tumeur sébacée à évolution sébacée typique ou bien un épithélioma malpighien ordinaire, avec cette restriction toutefois : c'est que la kératinisation évoluera mal, tandis que nous trouverons des formations sébacées recon-
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naissables à leur structure et surtout à leurs produits élaborés qui, seuls, permettent d'expliquer le degré de puanteur qu'on constate. Donc deux (ypes d’épithéliomas sébacés de la verge, l'épithélioma sébacé vrai et l’épithélioma pavimenteux où la Kkératinisation tend à se remplacer par une dégénérescence sébacée.
Dans le premier groupe nous rangerons le cas que nous avons observé chez M. le professeur Poncet. Ce sont les cas qui débutent dans une glande sébacée; au début, ces glandes sont simplement hypertrophiées, elles fabriquent du sébum en quantité plus notable que normalement: plus tard, leur conduit excréteur se bouche et à leur centre s'accumulent les éléments dégénérés qui ne peuvent plus sortir spontanément. Ce produit de désintégration est ce produit jaunâtre, à odeur infecte, rappelant l'odeur de la graisse rancie. Ces glandes dégénérées se traduisent au dehors par des points jaunâtres et Serra en parle dans sa thèse, lorsqu'il dit: « Que l’épithélioma sébacé débute, dans le « sillon qui contourne la base du gland, par une ou « plusieurs nodosités, rappelant l'épithélioma pavimen- « Leux, mais s’en distinguant par l'apparition, à leur « surface, de points blancs ou Jaunâtres, d'où sortent « par expression des produits épithéliaux venant des « glandes dégénérées. » Malheureusement 1l ne donne pas d'exemple d'épithélioma sébacé.
Le deuxième type d'épithélioma sébacé débute sur une papille du derme, au voisinage d'une glande sébacée, mais en dehors de cette glande. En décrivant l'épithélioma pavimenteux de cette région, Serra dit à nouveau : « La prolifération épithéliale naît dans le