OBSERVATION IV
Hélène B.., 43 ans 4/2, entre le 17 mai 1891, dans le service de M. Moussous, à l'hôpital des enfants, elle est couchée au lit 9 de la salle 15.
On ne peut avoir aucun renseignement sur ses antécédents héreditaires car elle n’a janais connu ses parents, elle n’a ni frère, ni sœur.
Antécédents personnels. — Elle a toujours joui d'une excellente santé dans son enfance qu’elle a passée au Brésil, et depuis trois ans qu’elle habitait la France cette bonne santé s’était maintenue.
C'est le 4° mars qu’elle tomba brusquement malade. La maladie débuta par des frissons, dela céphalalgie, de la fièvre, de l’inappétence, une courbature généralisée et une forte toux.
La jeune fille logeait dans un couvent et ce n'est qu’au bout de 45 jours que son état ne s’améliorant pas, on la fit admettre à l'hôpital.
A son entrée, le 17 mars, la céphalalgie, la fièvre, l’inappétence et la toux persistent, cette dernière est accompagnée d’une expectoration assez abondante de crachats muco-purulents.
L'examen de la poitrine permet de constater l'existence d’une
Riel
bronchite généralisée quine parait pas spécifique, les sommets sont sains, la malade n’a jamais craché desang, ni jamais eu d’epistaxis, ni d'hémorrhagie anormale par aucune voie.
La menstruation s’est établie il y a environ un an et a élé régulière jusque dans ces derniers temps.
Le 19 mars, deux jours après son entrée, on voit apparaitre sur les jambes et sur les bras des taches érythémateuses assez confluentes et de dimensions variables, ces Laches sont d’un rouge assez intense pour la plupart, quelques-unes plus pâles à contours plus accentués et qui commencent seulement à paraitre s’effacent momentanément sous la pression du doigt.
La malade n'accuse aucune douleur, ni musculaire ni articulaire. Elle souffre toujours de la tèie, elle mange très peu. La loux persiste, l'expectoralion devient abondante, quelques sueurs nocturnes.
25 mars. L’éruption des membres a changé de caractère, la plupart des taches ont perdu leur coloration rouge pour devenir brunâtres. Quelques-unes, les plus volumineuses, ont nettement un aspect ecchymolique, leur palpation permet de constater qu’il existe une induralion à leur niveau, et qu’au purpura des premiers jours sont venus s'ajouter des phénomènes d’érythème noueux ou contusif.
Pendant ce temps, l’état général se modifiait, la toux devenait plus rare et plus sèche, l’expectoration diminuait. La fièvre persistait avec expectoration vespérale, ainsi que les sueurs nocturnes.
L'examen de la poitrine permettait de constater vers les sommets des signes de tuberculose au début.
30 mars. L'examen de l'appareil circulatoire ne révèle rien d’anormal.
Examen de l'appareil respiratoire :
Percussion. — En avant, à droite, submatité peu accentuée dans les premiers espaces intercostaux ; à gauche, sonorité normale. En arrière, à droite, submalité dans la fosse sus-épineuse, et en descendani, jusqu’à l'angle inférieur de l'omoplate; matité absolue en dessous, jusqu'à la base ; à gauche, sonorité normale.
- Auscultalion. — En avant : expiration prolongée des deux côtés, soufflante à droite. En arrière à droite, respiration rude, soufflante ;
dans la fosse sus-épineuse, diminution du murmure ; däns tout le sommet, jusqu’à l'angle inférieur de l’omoplate, abolition complète dans le reste du poumon, nombreux ràles de bronchite disséminés ; à gauche, respiration soufflante, au sommet ; murmure vésiculaire normalement presque dans tout le poumon; ràles de bronchite beaucoup moins nombreux.
1‘ mai. L'état général de la malade parait meilleur, la fièvre vespérale est moins forte, les sueurs nocturnes sont moins abondantes, le sommeil plus facile, la malade mange un peu. Les dernières taches ecchymotiques ont disparu, on trouve encore un léger pointillé hémorrhagique sur les membres inférieurs.
20 juin. Depuis plusieurs jours, la malade a de la diarrhée; la fièvre, qui s’est accrue, n'a pas de rémission matutinale; douleur assez vive dans l'abdomen, exaspérée par la palpation.
La malade se plaint d'accès de suffocation, on lui fait respirer de l'oxygène à plusieurs reprises dans la journée.
25 juin. L'état de la malade s’aggrave de jour en jour, l’éruption a complètement disparu, les taches ecchymotiques se sont effacées; on peut cependant encore er retrouver le siège, car on rencontre sur les jambes, en plusieurs points, des nodosités sous-cutanées un peu douloureuses à la pression, mais la peau, à leur niveau, a repris sa coloration normale. Douleur au côté gauche, matité assez marquée dans les deux sommets, surtout à droite.
L’auscultation révèle l'existence de cavernes, l’expectoration est devenue franchement purulenie. Sueurs nocturnes très abondantes; température : le matin, 38°, le soir, 39°2.
29 juin. La malade a une hémoptysie très abondante, elle est très affaiblie et parait indifférente à tout ce qui l'entoure ; température : le matin, 383; elle meurt dans la soirée.
Malheureusement l’autopsie n’a pu être faite.
Va =