OBSERVATION V
Erylhème noueux secondaire dans un cas de diphlérie (Observation de M. Joullié).
lrma P..., àgée de 44 ans, modiste, entre à l'hôpital Tenon, dans le service du docteur Talamon, le 2 février 1893.
Rien à signaler au point de vue des antécédents héréditaires.
Comme antécédents personnels : rougeole à l’âge de 8 ans; la menstruation apparaît à 14 ans, et depuis ce temps-là, elle a toujours été régulière. En 1881, hémorrhagies anales assez abondantes, qui se prolongèrent avec des intermittences pendant un an; elles sont dues à des hémorroïdes. En 1885, mêmes hémorragies hémorroïdaires. Pas de rhumatisme articulaire. Bonne santé habituelle.
Maladie actuelle. — La malade n’a pas été en contact avec des foyers de diphtérie. ‘Le 29 janvier, dans la matinée, sensation de courbalure avec nausées et bouffées de chaleur; frissons, fièvre. Cet état de malaise força la malade a s’aliter.
30 janvier. Faiblesse générale, sueurs abondantes. Un médecin appelé constate le gonflement du cou, l’adénite, et porte le diagnostic d’angine à fausses membranes.
2 février. La malade est recue à la consultation. À ce moment, le voile du palais et la luette sont tapissés de fausses membranes blanchâtres, fort adhérentes. La luette très œdématiée, a une coloration noirâtre, due au badigeonnage, pratiqué trop violemment par la garde-malade. Dysphagie accusée. Voix légèrement nasonnée.
Salivation abondante. Les ganglions sous-maxillaires sont petits, mobiles, peu augmentés de volume. Quand on essaye de détacher les fausses membranes, on y arrive difficilement. Température 3902.
On prescrit un collutoire salicylé à 1/20 ; lavages boriqués ; todd.
Poumons et cœur ne présentent rien d’anormal. Urines légèrement albumineuses (0,50 environ) : pâleur marquée.
3 et4 février. Etat général assez satisfaisant. Température oscille
DC à, Dee
autour de 39 degrés. On continue le traitement, mais les fausses membranes se reproduisent très facilement et très rapidement. Dans fausses membranes : bacille de Lœffler.
ÿ février. Aux fesses, à la region sacrée, de chaque côlé de la ligne médiane apparaissent, précédées de légères démangeaisons, des plaques rouges assez franches, reposant sur un fond dur, tuméfié, modérément sensibles à la pression. Leur contour, à peu près régulièrement arrondi, fait saillie au-dessus des parties voisines normales. Le centre de ces plaques surtout est dur et se présente sous forme d'une nodosité mal limitée, enchâssée dans le derme.
Bientôt d'autres plaques, présentant les caractères nels Ce l'érythème noueux, se montrent à la jambe droite et au bras gauche.
En effet, au niveau de la partie externe de l'articulation radiohumérale gauche, on voit une plaque saillante sur les parties voisines donnant la sensation d’une tuméfaction localisée. La coloration est rouge foncé; à la partie inférieure de la plaque, la coloration est rosée Dans la partie supérieure de la plaque l'induration est diffuse, en nappe; dans sa partie inférieure, on sent trois nodosités de la dimension d'un gros pois. La pression à ce niveau est douloureuse.
L'apparition de cette efflorescence ne s’est pas accompagnée de fièvre ; la température, en effet, est, le 5 février, de 3808 le matin, de 38°2 le soir. ï
6 février. Les plaques conservent à peu près les mêmes caractères. Ç
7 février. Apparition sur la jambe droite, à la partie inférieure de la crête du tibia, d'une nouvelle plaque à grand axe longitudinal de 5 centimètres et à petit axe horizontal de 3 centimètres. La coloration est d'un rouge foncé. La tuméfaclion est très limitée,
infiltrant tout le derme dans la partie supérieure de la plaque et
faisant là une notable saillie ; en bas la tumcfaetion se confond insensiblement avec la peau saine, température 37°8, 37,6,
8 février. L'induration est moins manifeste aux plaques sacrées ;
coloration rouge foncé, contours encore saillants.
M | Eee
L'angine va en s’améliorant et les fausses membranes se reproduisent moins facilement.
10 février. Les plaques sacrées ont disparu à peu près; leur coloration est encore un peu violacée.
13 février. Au niveau du condyle interne du tibia du côté droit apparaît une nouvelle nodosité de la grandeur d’une pièce de 50 centimes, entouré d'un cercle érythémateux induré en nappe. La nodosité fait corps avec le derme, elle est d’un rouge foncé. Lors de son apparition. localement, sensation légerement douloureuse, Pendant l’évolution de ces plaques, l’angine s'améliore pru à peu, dysphagie moindre, mais voix légèrement nasonnée : température se maintient au-dessous de 38 degrés.
45 février. La gorge a la coloration normale; voile du palais pâle, anémié. Plus de fausses membranes.Au niveau de la plaque tibiale inférieure, l'induration persiste ; la saillie est encore manifeste et la peau y est rosée, violacée. Au coude, l'étendue de la plaque a diminuée les bords irréguliers sont teintés de rose violacé, mais l’induration ne se constate plus qu’à la partie postéroinférieure de la plaque. La plaque tibiale supérieure montre une surface rosée, bleuûtre ; elle est encore légèrement indurée.
L’angine que l’on avait cru disparue, se revêt de nouveau de fausses membranes circonscrites autour de la luette. Peu d’appétit. Urines toujours légèrement albumineuses. La température est normale. Pâleur.
16 février. Plaque tibiale iuférieure : décoloration presque complète; plus d'induration au centre; induration persistant dans le segment inférieur de la plaque sur une étendue de 8 centimètres en travers el de 1 à2 centimètres en long.
La plaque .tibiale supérieure est bleuâtre, väle. Induration au coude disparue.
18 février. La plaque tibiale inférieure n’est plus représentée que par une légère teinte violacée et une petite partie indurée de la grandeur d’une pièce de 20 centimes ; au coude, la coloration violacée rappelle seule l’ancienne plaque. En somme, au coude, l'érythème a duré 13 jours.
20 février. La gorge est normale, pâle, l'érythème a complétement disparu. La malade commence à se lever, mais alors
apparait une paralysie diphtéritique, d'abord localisée au voile du palais puis s'étendant, mais légèrement, aux membres inférieurs et supérieurs. Cette paralysie guérit au bout de quelques semaines.
OBSERVATION VI Erythème noueux palustre (Moxcorvo). Résumée.
Il s'agit, dans ce cas, d’un garcon âgé de 17 ans.
Développement physique régulier. Vers l’âge d’un an, fièvre palustre grave, qui a mis ses jours en danger. Cinq ans plus tard, survinrent de nouvelles manifestations de l’intoxication malarienne, traduites par de la diarrhée, état saburral, etc.
A 8 ans, rougeole grave, à la suite de laquelle survinrent des accès plus ou moins accusés de fièvre, s’accompagnant, cette fois, de l’apparition de taches rouges sur la figure, la face dorsale des mains, au centre desquelles on apercevait des nodosités de dimensions très variables, envahissant toute l'épaisseur du derme, faisant un petit relief à la surface de la peau, dont la température était, en ces points, sensiblement élevée, et le malade accusant une très vive sensation douloureuse, comparable, disait-il, à de petites brülures. Ces efflorescences cutanées subirent une atténuation progressive et finirent par disparaitre au fur et à mesure que les accidents fébriles entraient en déclin.
En 1887, il est atteint de plusieurs reprises de fièvre pernicieuse, dont l'invasion ne laissa jamais d’être suivie de l'apparition des éruptions cutanées qui viennent d'être signalées ; elles siégeaient, sans exception, au front, aux pommettes, aux joues, aux pavillons
des oreilies et à la face dorsale des mains. Elles offraient invariablement les mêmes caractères : c’étaient des nodosités cutanées, à dimensions variables, les unes, arrondies, les autres, ovalaires ou semi-lunaires, plus ou moins rapprochées, plusieurs d’entre elles empiétant les unes sur les autres, recouvertes toutes d’une tache d’un rouge vif, qui était le siège de la susdite sensation de brülure
- dont il se plaignaït vivement. Aux intervalles de ces accès de fièvre
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