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CHLOROSE

Nous n’avons pas l'intention d’entamer à propos de ce chapitre de longues et délicates discussions de pathogénie : les rapports de la chlorose avec la maladie de Basedow et le myxœdème sont des questions trop difficiles à résoudre dans l’état actuel de la science pour que nous essayions de les aborder.

Mais comme certains auteurs, Beau, en tête, ont voulu rattacher à la cachexie chloro-anèmique les symptômes observés dans le goître exophtalmique, et que d’ailleurs, soit comme cause, soit comme effet, la chlorose se rencontre très fréquemment dans le cours de la maladie de Basedow, nous ne pouvons pas la passer sous silence ; et nous allons l’étudier dans ses rapports étiologiques avec l’affection qui nous occupe.

Voyons d’abord quelques observations :

La malade dont M. Rendu a publiè l’observation dans la Revue de clinique de 1888 et dont nous rapporterons l’histoire plus loin, est devenue rapidement chlorotique à la suite d'évènements de famille pénibles.

La malade qui fait le sujet de notre première observation a présenté une anémie profonde à la suite d’une lon= gue convalescence de fièvre typhoïde.

Nous retrouvons encore la chlorose chez les sujets de

nos observations VII, XXII et XXVIII, de la thèse de Rivalier, toutes déjà citées à propos de l’hérédité similaire et de l’hérédité névropathique.

Dans la Gazette des hôpitaux de 1863, page 498, Corlieu

publie une intéressante observation dont voici le résumé :

OgservarTion LV (Résumée).

(Corlieu).

Jeune fille de 20 ans, nerveuse, à antécédents nerveux, devient chlorotique et dysménorrhéïque vers l’âge de 12 ans. A la suite de cette chlorose, apparaissent des troubles de l’innervation, des palpitations, de la dyspnée, de la tachycardie, de l'hypertrophie du cœur, de l’insomnie, de la boulimie. Puis surviennent le goître et l’exophtalmie.

Pâleur des gencives et des conjonctives. Le traitement contre lanémie ne donne aucun résultat. Aran ordonne des douches, de la vératrine et de la digitale.

La guérison fut complète en dix mois.

OgservarIoN LVI (Résumée).

(Moreau. Th. Paris, 1867. Obs. 1).

Mélanie L..., cuisinière, 27 ans. Sa mère a de l'exophtalmie. Père bien portant. Elle-même a toujours été bien portante jusqu’en 1863, où elle devient chlorôtique. En 1866, dysménorrhée, tumeur thyroïdienne, toux, fièvre le matin, puis amaigrissement, alopécie, atrophie des seins. Pas d’œdème. En 1867, elle entre à la Pitié. Pouls 120. Température normale. Région cardiaque bombée. Hypertrophie notable du cœur, avec souffle systolique

rude, à Ja pointe et à la base.

[rritabilité nerveuse. Aucun stigmate d’hystérie.

Voies digestives normales. Pas de diarrhée.

OBserRvaTioN LVII (Résumée).

(Mac Naughton Jones, in th. Bénard. Paris, 1882. Obs. IV).

Elisabeth Connor, âgée de 27 ans, se présente au chirurgien en août 1872 avec tous les signes du goître exophtalmique.

Maladive, chétive, anémique, hystérique.

Aménorrhée; grande faiblesse. Palpitations douloureuses.

Traitement. — Digitale, fer. Un séton sur le goître avec flèches de chlorure de zinc.

En 1873, la santé générale est très améliorée. Atrophie considérable du goître ; plus de palpitations. Fonctions utérines réta-

blies. L’exophtalmie seule persiste encore un peu.

OBSERVATION LVIIL (résumée).

(Daubresse. Th. Paris, 1883. Obs. IIT). =

Rad..., 38 ans, serrurier, est placé au n° { de la salle Saint- Charles à Lariboisière. Dans son enfance, ce malade a eu de l’adénopathie cervicale. Pendant le siège, une éruption de prurigo et de croûtes s’est formée sur les jambes; en même temps, il se plaignait de démangeaisons très vives, surtout la nuit. Une nouvelle éruption se faisait chaque hiver. En 1879, il éprouva à propos de pertes d’argent de très grandes contrariétés. Il entra à Necker dans le service du professeur Potain, est traité pour de l’anémie et de la gastralgie. Il présente une inquiétude très grande, une agitation continue et des palpitations.

En 1880, il est soigné à l'hôpital Tenon ; l’agitation est toujours grande ; il existe un agacement et un énervement continus ;

il se plaint de sensations de chaleur vive et de palpitations. Il ne

souffre pas du froid. À cette époque, il est obligé de reculer le bouton du col de sa chemise.

I à maigri beaucoup; de 135 livres, il est tombé à 76 ; aujourd’hui, il pèse 110. Il se plaint d’insomnies et d’agitation continue; sa vue à faibli, et depuis trois ans il est obligé de porter des lunettes. Les palpitations sont fréquentes ; le cou est gros, les yeux légèrement saillants.

Le malade quitte l'hôpital au bout de quelques jours, et on ne l’a plus revu. |

Cette observation mérite de fixer notre attention pour plusieurs raisons : d’abord, nous retrouvons ici l'émotivitè sans héréditè nerveuse Probable : tout au moins, elle n’est pas notée. Mais cette émotivité semble ici n’avoir prédisposè qu'indirectement le malade, au goitre exophtalmique, puisque M. le professeur Potain ne trouve à Necker aucun symptôme qui lui permette de poser ce diagnostic. D’autre part, cette anémie pourrait bien n'être qu’une pseudo-chlorose tuberculeuse, étant donnée l’adénopathie cervicale et le prurigo notés dans les antécédents. Il est regrettable que lFexamen du malade n’ait pas êtè plus approfondi à ce sujet, car ici nous sommes en présence de deux hypothèses également valables : ou un goître exophtalmique névrose avec anémie et émotivité, ou une maladie de Basedow symptomatique d’adénopathie cervicale tuberculeuse; et nous verrons bientôt que cette dernière hypothèse, si bizarre qu’elle puisse paraître, ne peut pas être rejetée sans examen sérieux, puisque d’habiles et consciencieux observateurs Pont plus d’une fois notée et observée.

Mignon 8

Le

Ogservarion LIX (Résumée).

(Bertoye. Loc. cit. Obs. II).

Mélanie M..., 25 ans, tisseuse. Père mort tuberculeux. Mère morte d'une maladie du cœur. Ils étaient nerveux sans crises. Pas d’alcoolisme. Une sœur morte en bas-âge.

La malade a eu la rougeole à 10 ans. Réglée à 12 ans. Bien portante jusqu’à il y a deux ans.

À ce moment, pseudo-chlorose tuberculeuse. Elle va à la campagne, revient mieux portante, mais faible. OEdème des jambes.

Goître exophtalmique depuis quelques mois. Hypertrophie cardiaque avec endocardite valvulaire chronique.

Osservarion LX (Résumée).

(M. Mackensie, in th. Martin. Obs. Il).

Sarah P..., 20 ans, jeune fille, belle, blonde, délicate, chlorotique. Goître depuis 4 ans et demi ayant fait beaucoup de progrès. depuis six mois. Son caractère changeait beaucoup depuis quelque temps. Depuis un an, gonflement des yeux, appétit capricieux. Diarrhées. Sommeil bon. Deux sœurs sont goîtreuses. Menstruation régulière. Accidents maniaques.

Le 12 novembre 1863, maladie de Basedow complète. Les jours suivants, attaques épileptiformes suivies de coma.

Mort le 17 novembre après une attaque.

OBservaTION LXII (Résumée). Nr

(Renault. Loc. cit. Obs. XIII).

Femme de 26 ans, atteinte de maladie de Basedow. Deux

chorées à 7 et à 13 ans. Pleurésie à 15 ans. Chloro-anémie de 18

LANCE à 21 ans. Un oncle goutteux, un oncle rhumatisant, une sœur

nerveuse. Autres parents bien portants.

OgservarTion LXI (Résumée).

(Ghamberlain. Th. Paris, 1893-1894. Obs. II).

X..:, 40 ans, passementière, entre dans le service du professeur Sée à l’Hôtel-Dieu, en mai 1898.

Antécédents héréditaires. — Père mort d’une affection du foie. Mère morte d’une maladie de poitrine.

Antécédents personnels. — Chlorose intense à 17 ans. Menstruation à 18 ans. Faible et maladive jusqu’à 22 ans. Métrite à 30 ans. Quatre enfants tous morts en bas-âge de méningite tuberculeuse.

A 38 ans, maladresse des mains, tremblement, puis palpitatons, puis gonflement du cou. irritabilité de caractère. Plus d’attaques de nerfs. En 1892 érysipèle. En 1893, après plusieurs améliorations passagères, les accidents reprennent. Elle vient à l’Hôtel- Dieu se faire soigner.

Maladie de Basedow sans exophtalmie notable.

Ici, aucun antécèdent névropathique. De plus la chlorose pourrait bien n’être qu’une pseudo-chlorose tuberculeuse. j

Citons enfin trois observations que nous donnerons plus tard en détail et où nous retrouvons de la chlorose.

Dans la première, qui nous a été donnée obligeamment par M. Lévi, interne à la Salpêtrière (1), la chlorose est

4. Nous adressons tous nos remerciements à M. Lévi, pour la bienveillance avec laquelle il a mis son service à notre disposi-

tion.

LG

associée à du nervosisme très net. Il en est de même de la seconde, tirée de la thèse de Lacoste. Quant à la troisième de Renaud, c’est plus à cause de l’adènopathie tuberculeuse que pour la chlorose, que nous la citerons : c’est donc encore à une pseudo-chlorose que nous aurons affaire.

En résumé, dans toutes les observations où nous trouvons comme notion étiologique la chloro-anémie non tuberculeuse, la chlorose vraie, nous {rouvons en même temps de l’hérèdité nerveuse ou arthritique. On doit donc en conclure que comme l’émotivité, la chlorose est un agent provocateur de la névrose, mais non pas une cause essentielle, comme le voulaient autrefois Beau, Fischer, Gros et quelques autres auteurs.

C’est du moins se conduire prudemment et sagement que de conclure ainsi, tant que les rapports qui relient entre eux la chlorose, le goitre exophtalmique et le my— xædème ne seront pas parfaitement connus, si toutefois un lien pathogénique quelconque relie la chlorose à ces affections, comme l’a pensè dernièrement M. le professeur Renaut de Lyon.

Quant à la pseudo-chlorose tuberculeuse, elle peut être associée au nervosisme, comme dans notre observation LIX, mais elle ne l’est pas fatalement comme la chlorose vraie, et elle semble agir par un autre mécanisme que nous essayerons d’élucider plus loin ; c’est dire déjà que nous regardons nos observations LVIII et LXII (sans en compter d’autres encore), comme des cas de goître exoph. talmique symptomatique de lésions matérielles tubercu-

leuses.

hu Nous avons eu soin de ne reproduire que les observations où la chlorose semble bien nette ; car il ne faudrait pas la confondre, comme l’ont fait les premiers auteurs, avec l’anèémie consécutive à la cachexie qui résulte de la maladie de Basedow : celle-ci est une conséquence, celle-là une cause occasionnelle fréquente des plus importantes,

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