AG
preumonique, dans l’évolution de la maladie de Basedow, nous nous sommes demandé si les agents infectieux ou toxiques pouvaient dans un certain nombre de cas avoir une action quelconque sur la genèse de cette affection. On sait déja que des maladies infectieuses, comme la fièvre typhoïde, par exemple, peuvent arrèter et guérir certaines névroses, et M. Féré a bien montré cette action pour l’épilepsie en particulier. D’autre part, depuis les travaux de MM. Potain, Charcot, Debove, Letulle, Achard, Hischmann, Guinon, etc., les intoxications saturnine, alcoolique, hydrargyrique, sulfo-carbonée tiennent une place importante parmi les agents provocateurs des principales névroses; l’hystérie toxique est désormais une chose classique; l’hystérie infectieuse ne peut tarder à le devenir, et M. Pagliano en a publié un cas très curieux à la suite d’une fièvre typhoïde, dans la Revue de médecine de 1894. Le goître exophtalmique idiopathique étant une névrose doit réagir vis-à-vis des agents toxiques et infectieux de la même façon, et en effet dans la thèse de Rivalier, nous avons trouvé une observation (Obs. XXIX) où la fièvre typhoïde fait totalement rétrocèder une maladie de Basedow qui reparait après la convalescence.
Mais les cas les plus intéressants pour nous sont ceux où ces mêmes agents, au lieu d’arrêter, provoquent au contraire la maladie qui avait besoin d’une cause occasionnelle, d’un certain affaiblissement de l'organisme pour pouvoir s’y développer. Nous avons pu trouver une vingtaine d’observations de ce genre et nous allons reproduire les plus intéressantes.
Mignon 9
ne
Eniore
OBservaTION LX VIII
(Basedow, Casper’s Wochenschrift, 1840).
J'avais connu il y a quatorze ans, Mme G..., jeune fille de- 19 ans, présentant quelques ganglions engorgés du cou, douloureux, du reste bien portante. Quelques années après son mariage, elle devint mère, puis fut affectée pendant deux ans d'une fièvre quarte intermittente avec hépatite, ictère, etc. Un an -après survint un rhumatisme articulaire aigu très violent qui laissa à sa suile de l’œdème des membres inférieurs avec amaigrissement général, de l’aménorrhée, des battements du cœur, de la fréquence et de la faiblesse du pouls, avec une respiration courte et haletante. À ce moment une projection des globes oculaires, d’ailleurs sains, se fit déjà remarquer. Puis la malade dormit les yeux ouverts; son regard devint effrayant ; elle passa dans toute la ville pour folle.
En même temps une hypertrophie de la glande thyroïde fit présumer qu’une intumescence semblable s'était peut-être développée. derrière le globe de l'œil. Le traitement fut suivi d’une amélioration si rapide que Madame G..., eut plus tard deux grossesses très heureuses. Maintenant elle ne présente plus qu'un teint pâle et
maladif, des yeux ouverts et à fleur de tête.
Cette observation est d’autant plus intéressante que c’est la première publiée avec autant de détails; et nous relevons comme seule étiologie l’adénopathie cervicale, la fièvre intermittente, le rhumatisme articulaire aigu, ce dernier ayant immédiatement précèdé l'apparition du syndrome décrit par Basedow.
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OssErvarion LXIX (Résumée).
(Praël. in th. Daubresse, Loc cit, Obs. XXIV).
Un homme de 50 ans n'avait jamais éprouvé de maladies graves lorsqu'il fut pris d’une fièvre typhoïde qui le retint au lit deux mois. Pendant la convalescence de la maladie, l'œil droit commença à proéminer notablement et des palpitations cardiaquesse manifestèrent ; enfin il survint un gonflement de la glande thyroïde. Quelques mois après le malade s’affaiblit et fut pris de calarrhe bronchique avec fièvre et délire. Aussitôt l’exophtalmie s'exagère, les paupières ne se ferment plus complètement. Opacité blanchâtre des deux cornées : la vue se perdit et la malade mourut quelques jours après.
OBSERvATION LXX (Résumée).
(Rendu. Revue de clinique, 1888).
Madame X.., âgée de 28 ans, est fille d’un père franche- -ment goutteux et d’une mère nerveuse. Atteinte autrefois d’eczéma et plus récemment de pemphigus généralisé auquel elle a faill; succomber. Jusqu'à l’âge de 18 ans, elle n’a pas été sérieusement malade. Mais vers cette époque, qui a coïncidé avec des évènements de famille pénibles, elle est deveaue rapidement chlorotique, et c’est alors que je commençai à lui donner mes soins. La chlorose était franche sans complication de troubles utérins ou menstruels ; elle se caractérisait surtout par des phénomènes d’anémie cérébrale, étourdissements, vertiges, défaillances, palpitations. Des inhalations d'oxygène et un séjour d’altitude en Suisse la guérirent. Depuis, chaque printemps, elle fut prise
-d’une nouvelle poussée d’anémie : pas de lésions cardiaques.
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En septembre dernier, nouveaux malaises plus accentués. En décembre, je porte le diagnostic d’angine de poitrine, avec dilatation aortique et insuffisance sigmoïde, le tout de cause inconnue. Traitement par vésicatoires et iodure de potassium, 2 grammes, par jour. Le 14 janvier, plus de souffle au cœur, grande amélioration. La malade continue cependant l’iodure jusqu’en mars. Dès la première semaine du traitement, elle s’aperçut d’une certaine excitabilité cérébrale, elle avait parfois un peu de céphalälgie et aulieu d’être pâle comme d’habitude, son teint avait pris une certaine animation. Elle n’avait pas cependant d’iodisme ni de coryza, ni de larmoiement, ni de salivation. Une éruption de boutons d’acné sur le dos et sur la poitrine et de la polyurie témoignèrent de l’action de l’iodure. Elle avait une sensation de chaleur particulière, elle qui était frileuse d'habitude.
A la fin de février ces symptômes s’exagérèrent ; la malade se plaignit d’une céphalée habituelle et d’une insomnie persistante; malgré l'appétit conservé, elle maigrissait. Je suspendis l’iodure.
Mais rien ne disparut, et voici l’état fin avril :
Yeux brillants, plus saillants que d'habitude, le gauche plus saillant que le droit, regard fixe, un peu étrange, paupière gauche bouffie, teint animé, vultueux, le cœur bat à 120 : battements fort vibrants, sans douleurs précordiales, sans palpitations : pulsations artérielles intenses. Claquement exagéré des valvules, sans souffle. Rien à l'aorte.
Caractère modifié ; la malade est impressionnable, impatiente, irascible, mélancolique, parole brusque, brève, rapide, besoin continuel de mouvement; céphalées permanentes ; chaleurs insupportables ; insomnies et rêves : depuis 15 jours, soifintense, polyurie ; ni sucre, ni albumine. Appétit capricieux. Diagnostic : maladie de Basedow frusle, sans goître. Légère amélioration par la digitale et l’électrisation.
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OBsEeRvaTION LXXI (résumée).
(Pilet-Fouet, Zoc. cit.).
La nommée Sta.. Angèle, 27 ans, doreuse, entre à Tenon, service du D' Oulmont, le 19 janvier 1891. Père buveur, 59 ans, bien portant. Mère nerveuse et violente, s’est suicidée à 46 ans. Un frère très impressionnable. Grand'mère maternelle encore vivante atteinte depuis longtemps d’un tremblement généralisé. Grand père encore vivant. Grand père paternel inconnu. Collatéraux bien portants.
La malade a eu en 1888 une fièvre typhoïde soignée à Tenon pendant quatre mois. À la suite elle a eu une attaque de rhumatisme articulaire aigu. A peine est-elle remise que l’exophtalmie commence à apparaître, puis successivement se montrent, le goitre, les palpitations et tous les autres symptômes.
Concurremment, phénomènes neurasthéniques persistants.
Dysménorrhée qui se termine par une perte de sang pour laquelle elle entre à l’hôpital.
Goître exophtalmique complet, avec phénomènes mentaux. Mélancolie, idées de suicide, neurasthénie.
Faradisation. Amélioration de tous les symptômes au bout
d'un mois.
Ogservarion LXXII (Résumée).
(Bertoye, loc. cit. Obs. XV).
Jeune fille, 21 ans. Rhumatisme articulaire antérieur. Après avoir souffert pendant 15 jours d’une céphalée intense, elle présenta une fièvre typhoïde qui dura, convalescence comprise, quatre mois entiers. En même temps qu'apparurent les premiers symp-
bn tômes de la fièvre, l’exophtalmie, l'hypertrophie thyroïdienne et les palpitations commencèrent à se montrer. Au moment de la convalescence, ces symptômes subirent une amélioration transitoire, bientôt suivie d’une recrudescence qui amena à l'hôpital la
malade atteinte de tous les signes du goitre exophtalmique.
Ogservarion LXXIIT (Résumée).
(Bertoye, Loc. cit. Obs. VIII).
Charlotte X..., 17 ans, malade depuis l’automne précédent.
Début de l'affection à la suite d’une angine phlegmoneuse.
Disparition des règles, irritabilité de caractère ; palpitations; épistaxis, sueurs profuses, pâleur, exorbitisme.
La réapparition des règles amène une amélioration. Actuellement (janvier), anémie, exorbitisme, dilatation papillaire, hyper trophie du lobe thyroïdien droit ; excitabilité ; rougeur de la face; pulsations carotidiennes; palpitations ; souffle systolique à la base. Pouls régulier oscillant entre 80 et 100. Pendant trois mois, teinture d’iode. Au bout de ce temps, réapparition des règles disparition des palpitations ; diminution du goître et de Re Lalmie.
OBsERVATION LXXIV
(Chwostek, in Marie, Loc cit).
1. — Lieutenant de 23 ans. Père maladie du cœur, mort avec hémiplégie, aphasie et gangrène d’une jambe. Mère un peu nerveuse. Îl attrape la vérole en février 1874. En avril, roséole. Traitement mercuriel efficace. Le 20 janvier 1875, fort excès alcoolique à la suite duquel le « Katzenjammer » ne disparait pas.
reste abattu, les yeux fixes. Le 1° février, palpitations, fatigue
GT
générale, amaigrissement, vomissements fréquents. Pouls 110-120. Les yeux deviennent saillants, battements des vaisseaux du cou, légère augmentation de la thyroïde. Tremblement des extrémités supérieures et inférieures, ainsi que les muscles de la face à la moindre excitation. Traitement par la galvanisation sur le sympa thique cervical et la colonne vertébrale. Amélioration considérable, l'iodure détermine chez lui un accès de cardialgie atroce, avec vomissements sanguinolents.
2, — Lieutenant de 22 ans, syphilitique (psoriasis palmaire et ulcérations de la gorge). Pendant le traitement ioduré, il s’aperço't qu’un léger goître qu'il avait auparavant augmente très rapidement ; en même temps, sensation de tension dans les yeux ; sueurs intenses, palpitations. Excitabilité psychique développée. A la moindre excitation, tremblement des pieds et des mains; proéminence des yeux. Le malade affirme qu’il n’y a aucune maladie nerveuse dans sa famille et que dans les derniers temps avant sa maladie il n’a élé exposé à aucune émotion extraordinaire.
La galvanisation amène une amélioration notable.
OBsEeRrvaTION LXXV
(Impaccianti, in Brunet, /oc. cit).
Femme de 30 ans, à hérédité psychopathique et inversion sexuelle. Mariée. Deux enfants. Accoucha du dernier quatre mois avant le début de la maladie actuelle.
Accouchement normal. N’a pas allaité son enfant. Quoique anémique et de constitution très grêle, elle n’:vait eu jusque-là aucune maladie sérieuse. Son caractère un peu mélancolique le devint plus depuis son dernier accouchement.
Le 17 juin. — Elle s’alite avec de la fièvre et un point de côté
à droite; pneumonie de la base. T. 389,7 m., 39° s. P. 470 m.,
pe
130 s. R. 36 m., 62 s. Les jours suivants, la pneumonie atteint son summum : la température oscille entre 390,5 et 44°, la respiration entre 60 et 70, le pouls reste à 110 en moyenne.
Un bain froid abaisse la température d’un degré environ et porte le pouls à 100 et la respiration à 50.
Le 21 juin. — Les signes physiques persistent sans changement. Pas d’expectoration; pas de râles. T. 390,8, 40°,7. P. 99, 120. R. 40, 80. La malade devient muette, s'exprime par signes impérieux, et commence à écrire tout ce qui lui arrive : il se développe une véritable graphomanie qui dure plusieurs jours. Le corps thyroïde augmente de volume ; il survient une légère exophtalmie. En outre, la malade passe du mutisme absolu à un état d’excitation.
Elle est gaie, agitée, loquace ; puis peu à peu ses idées se suivent et s’enchaînent sans logique. La malade est en proie à une véritable coprolalie ; le sentiment de la personnalité est atteint, elle a des hallucinations : dans son ventre, elle a quatre enfants qu’elle sent remuer, surtout à droite, puis elle est remplie de matières fécales ; ce flux d’idées et de paroles n’a plus de frein.
1% juillet. — Quelques signes de résolution de la pneumonie, 39°,6. Respiration fréquente, mais ample.
2 juillet. — Toujours agitée, loquace, hallucinée. Puis délire dépressif; quelques jours après, pneumonie à la base gauche ; pupilles dilatées et inégales ; incontinence des urines et des matières fécales.
Rien dans les urines. Du 15 au 91, la fièvre baisse, mais le pouls monte à 150 et 160; l'agitation et l’excitation sont à leur comble. La malade est conduite dans un asile où elle guérit enfin après trois mois.
État actuel. — Intégrité des poumons : exophtalmie, goître, tachycardie, tremblement.
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OgservarIon LXXVI
(Due à l’obligeance de M. Lévi, interne à la Salpêtrière).
J. T..., âgée de 26 ans, infirmière, est une fille blonde, apathique, molle, langoureuse. Son père qui était très nerveux a toujours élé cependant d'une bonne santé habitue le : il est mort d’une congestion. Sa mère morte de congestion pulmonaire était bien portante. Elle n’a jamais eu ni maladies nerveuses ni rhumatismes. Ses grands parents paternels jouissaient d’une bonne santé; elle n’a pas connu ses grands parents maternels.
Elle est née à terme. Accouchement normal. Élevée au sein par sa mère. Jamais de convulsions dans l'enfance. Elle a eu à des périodes qu'elle ne fixe pas, la rougeole, la coqueluche et la scarlatine. Pas de gourmes, pas d’adénopathie cervicale.
Réglée à 12 ans, elle a toujours été mal réglée ; déjà elle a des palpitations transiloires qui reviennent à la moindre émotion.
Étant jeune fille, elle a été chloro-anémique. Maux de tête, palpitations, dyspepsie, dysménorrhée. En 1891, elle a vu ses règles s'arrêter sans cause appréciable. En 1892, elle a été opérée à l’hôpital Beaujon d’une tumeur dans le ventre, et depuis, elle n’a plus été réglée. Remarquons qu’elle donne avec peine tous ces renseignements et que la mémoire lui manque.
Au mois d'avril 1894, elle prend la fièvre typhoïde qu'elle va faire soigner à Saint-Antoine. Cette maladie paraît avoir eu une certaine gravité ; en effet, la malade a eu du délire pendant 15 Jours ; la convalescence a été fort longue, car en somme, ce n’est que depuis le mois de septembre dernier qu’elle va mieux.
C'est pendant cette convalescence, au mois d'août, qu’elle a été prise d’un tremblement intense dés mains et des pieds qui va beaucoup mieux maintenant. En même temps, les palpitations devinrent plus violentes et ne quittèrent plus la malade; puis son cou gros-
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sit; mais elle ne peut préciser l'époque de début de cette aug-
mentalion de volume ; ses yeux sortirent des orbites ; en même temps vinrent des bouffées de chaleur, son caractère changea ; elle devint sombre, mélancolique, nerveuse, colère ; elle pleure et rit sans cesse.
Aujourd’hui (26 octobre), elle semble endormie, apathique, l'intelligence et la mémoire sont affaiblies.
La tumeur thyroïdienne est surtout développée à droite et animée de battements très intenses. Exophtalmie très prononcée sans signe de de Graefe. Au cœur souffle intense systolique de la base, se propageant dans les vaisseaux ; hypertrophie du cœur dont la pointe bat dans le sixième espace intercostal, battements artériels très marqués. Pouls 100 à 130, le tremblement est actue/lement léger. :ocalisé aux mains et aux pieds ; comme la malade a été électrisée à Saint-Antoine, son tremblement va mieux ; au début, elle ne pouvait rien faire à cause de son intensité. Sensation de chaleur, sueurs profuses ; insomnie, boulimie, disrrhée, amaigrissement. .
Etat psychique ; mélancolie ; idées noires; peurs de l’obscurité et de l’espace ; caractère très irritable.
Vue trouble ; céphalalgie frontale presque constante, plaque: d'hyperesthésie dans la région sacrée ; neurasthésie. Pas de stigmates d’hystérie.
Dans la plupart des observations de ce genre, les maladies infectieuses ou toxiques ne jouent que le rôle de causes occasionnelles, et ne font apparaître le syndrome de Basedow que sur des terrains prédisposés.
Ainsi la malade d’Impaccianti a des tares psychopathiques nombreuses; celle de M. Rendu a un père goutteux et une mère nerveuse; la nôtre a son pêre nerveux, ellemême a êté longtemps chlorotique; c’est sous la dépen-