GROSSESSE
Les anciens auteurs croyaient avec Trousseau que la grossesse avait une action favorable sur la régression du goitre exophtalmique, et ils allaient même jusqu’à la conseiller comme moyen de traitement. Mais on s’est vite aperçu que si parfois dans le cours d’une grossesse, la maladie de Basedow tendait à disparaître, le plus souvent, au contraire, grossesses et accouchements donnaient un vigoureux coup de fouet à la marche de la maladie.
En voici quelques exemples.
OgservaTion LXXVII (Résumée).
(Charcot, in Th. Bénard. Paris, 1882).
Caroline C..., 24 ans, fleuriste, parisienne, réglée à 13 ans, et régulièrement, est irritable mais pas hystérique. Pas d’antécédents à noter. À 22 ans, elle accouche normalement d’un enfant bien portant. A ce moment apparaît de l’exophtalmie, puis peu à peu, une tumeur thyroïdienne. C’est pour cela qu'elle entre à
la Charité, en février 1855.
Exophtalmie double très prononcée, pupilles normales, hyper-
trophie du lobe droit du corps thyroïde ; battements intenses des artères, aorte, carotides, etc. Cœur normal comme étendue, souffle rude, au premier temps à la base. Pouls à 100. Poumons sains. Digestions normales.
Grande amélioration sans traitement l’année suivante.
Nous retrouvons l’accouchement et la grossesse agir d’une façon analogue dans nos observations VI, XII et XX VII (voir plus haut).
OgsenvarTion LXX VIII (résumée).
(Sainte-Marie, Th. Paris, 1886-1887. Obs. I).
M... Jeanne, 52 ans, sans profession. Mère morte à 55 ans, enlevée en quatre jours par une « fièvre cérébrale » : Accès de manie puerpérale à toutes ses couches. Père devenu aveugle à 35 ans, mort d’une affection chirurgicale. Cinq frères et sœurs sont morts en bas-âge d’affections indéterminées.
Elle a quatre enfants en bonne santé. Elle a perdu une fille de tuberculose et deux autres enfants de broncho-pneumonie. En outre, elle a eu trois fausses couches.
De 16 à 20 ans, trois attaques de rhumatisme articulaire. Mariée à 19 ans. À 25 ans, son cou commence à grossir et s’accroit par poussées pendant chaque grossesse : quelques palpitations.
A part cela, sa santé est bonne jusqu'à la ménopause.
A ce moment, elle fait une maladie que son médecin appelle névrose rhumatismale, elle reste trois mois au lit et c'est pendant ce temps-là que s’est confirmée la maladie de Basedow avec sclérodermie et sclérodactylie. ,
Masque du visage, ankylose des doigts. Exophtalmie. Goître. Tachycardie. Rien d’autre à noter. Caractère égal.
Air ess Cette malade est intéressante à plus d’un point de vue.
D'abord elle paraît avoir de la dégénérescence héréditaire; sa mère tout au moins était une dégénérée.
Ensuite, à chaque grossesse le goître augmente avec les palpitations ; arrive la ménopause, et une maladie indéterminée qui fait éclater complètement le syndrome de Basedow. Mais chose remarquable, la malade n’a aucun trouble mental d’ane part, et d'autre part elle à de la sclérodermie et de la sclérodactylie. Or, on sait queles auteurs ont insisté sur ces troubles pour rapprocher le goître exophtalmique du myxœdème; il n’y aurait même entre la sclérodermie et les autres troubles cutanés (ædème, vitiligo, urticaire, etc.), observés dans les maladies de Basedow, et le myxædème qu’une différence de degré (Kovalewsky, Leube, Barthelow); or, on s’accorde généralement à rattacher le myxædème à une altération de la fonction thyroïdienne.
Pour toutes ces raisons, étant donné que la maladie de Basedow a évolué chez cette malade sans aucun trouble psychique, on peut se demander raisonnablement si on n’a pas affaire ici à une de ces maladie de Graves par altèration thyroïdienne, l’altération goîtreuse ayant précédé d’un certain temps les autres symptômes. Aussi ne rangerons-nous pas ce cas dans la classe des névroses pures, mais dans celle des goîtres exophtalmiques par altération thyroïdienne. Ajoutons que l’hérédité nerveuse ne fait que favoriser le développement de la maladie, car sil y à une intoxication thyroïdienne quelconque, elle ne peut réagir
que sur les centres nerveux, et l’héréditè créant un lieu
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de moindre résistance, favorise d’autant cette action toxi-
que. :
Ogsenvarion LXXIX (Résumée).
(Bertoye, Zoc. cit. Obs. IV).
Marie C..., 15 ans et demi, sans aucun antécédent héréditaire ou persônnel à noter, est atteinte d’un goîtré exophtalmique développé sans aucune cause pendant une grossesse. Triade sympto-
matique classique. Etat fébriculaire.
Opservarion LXXX (Résumée).
(Boëtau, th. Paris, 1891-1892. Obs. XIX).
H... Marguerite, 60 ans, goître de la grosseur du poing, ayant débuté à l’âge de 12 ans et demi, coïncidant avec la première apparition des règles. Il augmentait à chaque grossesse pour rétrocéder après l'accouchement. Il y a de la tachycardie, pouls 125, des bouffées de chaleur, mais pas d’exophtalmie. Tremblement vibratoire très accusé. Agitation maniaque et lypémanie alcoolique.
Dans ces deux observations, l’action réflexe n’est pas douteuse, puisque le syndrome n’apparaît qu’avec les fonctions menstruelles et les grossesses, sans aucune autre cause connue, et qu’il suit leurs variations et leur influence.
En somme, la grossesse, et en général les troubles des organes génitaux, semblent agir de deux façons : dans certains cas ils sont purement une cause occasionnelle réveillant la névrose chez des prédisposés, la faisant
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apparaître sur un terrain d’hérédité morbide, Dans d’autres cas, la maladie de Basedow est entiérement tributaire de la grossesse, et alors on ne peut l’expliquer que par ces actions réflexes si fréquentes chez la femme, dont le point de départ vient du petit bassin et dont le lieu de réflexion se trouve dans les centres bulbaires.
Du reste, nous allons voir d’autres cas de ce syndrôme nés dans des conditions analogues.