‹ Contribution à l'étude de l'étiologie du syndrome de BasedowChapitre 19 sur 29 · AFFECTIONS ABDOMINALES ET NASALES · texte numérisé non relu

AFFECTIONS ABDOMINALES ET NASALES

Les goîtres exophtalmiques qui dépendent de ces affections n’ont été bien étudiès que dans ces dernières années, surtout par Gauthier de Charolles (1893).

Dourdoufi leur a fait une place dans sa classification.

Mais M. Blocq dans sa revue de la Gazette hebdomadaire de 1891 ne juge même pas utile d’en parler ; et M. Chamberlain dans sa thèse récente ne leur consacre que quelques lignes, en laissant toute la responsabilité de cette division à M. Gauthier.

Voici du reste l’observation qu’a publié ce dernier auteur dans le Zyon Médical de 1893.

OBservaTION LXXXI

Une femme de 36 ans, ayant eu six grossesses à 2 ans d’intervalle chacune, actuellement très mal réglée, présente à droite, depuis son dernier accouchement, une tumeur abdominale mobile, un rein flottant.

À partir de ce moment, cette femme qui n'avait jamais présenté

Mignon 11

Re

de manifestations nerveuses, et sans le moindre antécédent héréditaire, manifeste des troubles psychiques très prononcés.

En même temps les yeux sont devenus plus saillants et très brillants, la glande thyroïde a grossi, à droite principalement, elle est devenue pulsatile. Pouls 130.

Tremblement. Chaleurs, sueurs. Vitiligo. Alternatives de diarrhée et de constipations.

Tous ces symptômes s’améliorent notablement après l’application d’une ceinture contentive appropriée ; toutes les autres mé--

dications avaient échoué.

Gauthier de Charolles cite en oùtre trois observations. de Federn : a

1. Une femme atteinte de maladie de Basédow avait en même. temps une atonie du gros intestin; on ordonna des irrigations un régime lacté, et l’état de la malade s’améliora vite.

2. Un homme de 62 ans, qui présentait les symptômes du goitre exophtalmique compliqué d’atonie du gros intestin fut soumis à un traitement destiné à combattre cette atonie. L'effet fut excellent, le pouls devint presque normal, l’appétit augmenta et lemalade s’améliora tellement qu'il cessa le traitement au bout de: six semaines.

3. Chez une fille atteinte de goître exophtalmique à un haut degré, existait également une atonie de la moitié gauche du colon transverse et du tiers supérieur du colon descendant, sous l'influence de purgatifs, cette malade alla d’abord mieux ; mais après. quelque temps ses palpitations devinrent plus fortes, le goître et l’exophtalmie augmentèrent ; elle perdit l’appétit et maigrit. La faradisation abdominale des régions atoniques amena la guéri-. son définitive.

Voici ce que dit l’auteur pour expliquer ces faits ‘Curieux.

« L’enchaïînement pathogènique qui relie ces deux ordres de phénomènes peut s’expliquer de la façon suivante : |

« Le nerf pneumogastrique est le nerf moteur de l’in— testin. Par conséquent à l’atonie intestinale répond la paralysie des rameaux moteurs intestinaux de ce nerf. On sait d’autre part que le nerf vague forme dans toutes ses ramifications un complexus physiologique très impressionnable dont chaque partie ressent l’ébranlement communiquë à l’une d’elles.

Il peut être comparé en cela à une corde sonore dont les vibrations perdent de leur netteté à la plus légère modification qui se produit dans la moindre parcelle de son étendue.

L'état paralytique des rameaux intestinaux peut donc retentir sur le nerf vague tout entier et donner naissance de la sorte aux phénomènes basedowniens qui sont, -comme on sait, la conséquence de la paralysie du pneumogastrique ».

D’autres phénomènes réflexes, rares eux aussi, peuvent donner lieu au syndrome de Basedow, et Solary dans sa thèse récente (1894) les a rapportés d’après l'historique qu’en a faite M. Gauthier. Mais laissons la parole à ce dernier :

« On a publié dans ces dernières années un certain nombre d'observations où le goître exophtalmique coïncidant avec des lésions intra-nasales à disparu à la suite 4l’opérations portant sur ces lésions.

Le premier cas de guérison à la suite d’un traitement nasal appartient à Hoppmann; il concerne une femme atteinte d’exophtalmie avec les autres signes basedowniens (sauf le goitre) et.de polypes muqueux siégeant sur

le cornet moyen droit.

L’ablation de ces polypes amena la guérison et un traitement rhino-pharyngien énergique eut vite raison d’une légère rechute.

Chez une malade de Hack, la triade symptomatique était complète. Dès le lendemain d’une cautérisation galvanique de, la muqueuse du cornet inférieur droit hyper. trophié, lexophtalmie disparut totalement à droite. Même opération à gauche et même amélioration de tous les 'autres symptômes.

Une jeune fille observée par Fraënkel présentait un goître pulsatile et de la tachycardie (120 pulsations) et était traitée sans résultat par les courants continus. la galvano-cautérisation de l’hypertrophie de la muqueuse des cornets inférieurs amena la disparition du goître et de la tachycardie.

Stocker à publié deux cas de goître guéris à la suite de cautérisations nasales répêtées.

Gottstein a publié un cas analogue.

Tout récemment Muschold a rapporté l’histoire d’une femme de 45 ans chez laquelle un goître exophtalmique a guéri à la suite de la résection de la queue du cornet inférieur droit tuméfié au point d’obstruer la fosse nasale.

Leflaive a observé une femme chez laquelle une rhi-

arret L Plon

nite chronique coïncidait avec les phénomènes basedowniens. La guérison se produisit spontanément.

A côté de ces cas il convient de placer une observation de Semar et une autre de Semon, dans lesquelles le goître exophtalmique d’ailleurs incomplet se développa à la suite d’une intervention chirurgicale sur les fosses nasales ».

À la suite de cette liste, Solary rapporte cinq observations recueillies parle D'Rattel sur des malades atteints de goître exophtalmique qui avaient cèdé à la cautérisation du nez ou à l’enlèvement de polypes.

M. Gauthier ajoute en concluant : « Il est entendu que dans cette recherche de la causalité nous admettons la prèdisposition, la diathèse nerveuse du sujet, comme la condition nécessaire, la cause essentielle, celle qui existe à la base de toute manifestation névropathique, et que par consèquent ce n’est que la cause occasionnelle, provocatrice des phénomènes, que nous voulons établir ».

Nous souscrivons volontiers à cette manière de voir de M. Gauthier de Charolles. Faisons cependant remarquer ceci : si on assimile les actes réflexes que nous venons d'étudier aux autres causes occasionnelles, telles que l’émotivité, la chlorose, les excès, les intoxications, les infections, la grossesse, pourquoi faire des premiers cas des goîtres exophtalmiques symptomatiques, secondaires, extrinséques, périphériques, et des derniers des goîtres exophtalmiques idiopathiques, névroses, intrinsèques, sine materia? Le goître exophtalmique par atonie du colon n’a pas plus de substratum anatomique que celui qui est

ee

survenu dans le cours d’une pneumonie ou d’une intoxication iodique ; pourquoi faire une différence ?

Selon nous, tous ces cas (même celui au rein flottant où les antécédents semblent nuls, mais où il y à des troubles psychiques) rentrent dans la même classe des maladies de Basedow dépendantes d’un terrain névropathique antérieur, mais avec étiologies diverses.

Ce sont ces notions étiologiques que nous venons d’étudier. Nous allons maintenant nous occuper des syndromes de Graves d’un autre ordre, ceux qui relèvent manifestement et directement d’une affection ou d’une lésion matérielle indépendante des troubles dynamiques nerveux, en un mot, des maladies de Basedow symptomatiques; et c’est par l’étude du goître exophtalmique d’o-

rigine thyroïdienne que nous allons commencer.

Page 1