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taque était passée. Un jour que j'examinais la malade en paroxysme de fureur, je fus frappé par la vue de nouveaux symptômes. Les pieds de la malade étaient gonflés jusqu'aux genoux : la peau était tendue, d'une teinte gris sale, luisante, sèche et dénuée de tous ses poils. Les sécrétions sébacées et sudorales ne se voyaient plus. La peau était froide et sèche au contact. L'enflure cédait à \la pression du doigt mais la peau ne gardait pas son empreinte.
Pouls 120, 140. L’urine sans albumine contenait beaucoup d’urates ; réaction acide, teinte claire. OEdème semblable aux joues et aux lèvres : la peau des paupières était ridée mais pas gonflée. Les cheveux et les poils tombèrent abondamment. La température était de 36°,2. Avec cela, grande pauvreté de sang, insomnies, hallucinations de la vue et de l’ouïe; peurs, terreurs, inconscience, fureur. Cet état dure trois jours, puis la malade redevient tranquille.
Mais cet état de tranquillité n’était plus son état habituel post épileptique. Cette fois-ci, elle resta alitée, faible, apathique, indifférente à son entourage. Lenteur physique et psychique. Mémoire altérée. Voix monotone, parole indistincte à cause de l’enflure de la langue ; la bouche se remplissait souvent d’une salive épaisse et collante ; la physionomie était sans expression et stupide. La maladie de Basedow restait la même.
Sous l'influence de bains chauds, de galvanisalion, de quinquina, d’arsénic, elle commença petit à petit à se remettre physiquement et psychiquement. En trois mois les gonflements disparurent complètement et l'intelligence redevint normale. Il ne resta que les symptômes d’anémie et la maladie de Basedow.
La malade nous raconta alors que cinq ou six mois avant le dernier paroxysme, elle commença à se sentir faible, brisée, fatiguée, avec le seul désir de rester au lit. Elle ne se sentait pas malade de corps ; la température était plus basse que la normale;
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elle ne pouvait plus travailler ni marcher; elle n'avait plus la force de penser. À cette époque commença son gonflement et la chute de ses poils. Au troisième mois de sa maladie elle perdit huit dents sans raison. Pendant tout ce temps, l’appétit et les fonctions de l'estomac restaient intacts, mais elle ne transpirait plus. La tachycardie, l’exophtalmie et le goître ne subirent aucun changement. La malade attribue sa maladie à un violent refroidissement à la suite duquel ses pieds commencèrent à enfler : elle se
plaignait toujours de froid surtout aux endroits gonflés.
« L'intérêt de ce cas consiste en ce que le myxœdème se développa lorsque la maladie de Basedow était déjà présente. Non-seulement la glande thyroïde existait, mais son volume était augmenté. Est-ce que cela prouve qu’elle était saine et fonctionnait normalement?
Notre malade resta en vie : nous ne pûmes savoir si le corps thyroïde était altèré; mais si nous nous rappelons les cas de myxæœdème chez les crétins, nous ne nous étonnerons plus de ce que l’augmentation de volume de la glande thyroïde a pour suite le myxœdème : il suffit que cette glande hypertrophiée soit détruite par sclèrose ; la nature a opéré comme le chirurgien.
Quant au rapport entre la maladie de Basedow et le myxæœdème en analysant les symptômes cliniques de ces deux maladies, nous ne saurions les éloigner l’une de l’autre. Le myxœdème comme la maladie de Basedow se développe très souvent sur une base psychopathique, ou est allié à beaucoup d’autres névroses et psychoses. Comme elle il altère très souvent la région psychique. Eulenburg en décrivant la maladie de Basedow dit que les malades se plaignent de vertiges, de pleine incapacité de
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travailler, d’affaiblissement de mémoire et des facultés mentales, d’insomnies, de la crainte de devenir fous. Tous ces symptômes approchent de très près de ceux que nous observons dans le myxœdème. De même la maladie de Basedow est souventaccompagnée de troubles cutanès. Ainsi Leube observa une lègère sclérodermie sur la face et le revers de la main. — (Voir notre observation LXXVIITI Sainte-Marie, et la note qui suit). — Reynaud observa dans quatre cas du vitiligo, Barthelow et Burlhey observèrent la fièvre ortiée et d’autres éruptions. — (Nous-même avons relevé six cas de vitiligo de Ball, Marie, Rivalier, Gauthier; cinq cas d'urticaire de Bronner, Marie, Renault, Daubresse, trois cas de gangrène des jambes ou des cornées, un Cas d’alopècie, un cas de double pseudo-lipome sus-claviculaire et plusieurs cas d’œdème des jambes). Tout ceci démontre que dans la maladie de Basedow la peau est aussi soumise à des changements.
C’est pourquoi nous ne saurions nous décider à séparer définitivement de la maladie de Basedow du myxædème, comme l’a fait Wirchow ».
M. Sollier a à son tour publié deux autres Cas de maladie de Basedow avec myxædème, dans la Revue de mède-
cine, de 1891. En voici le résume.
OsservarTion LXXXIII (Résumée).
(Sollier).
Mlle P..., 31 ans.
Antécédents héréditaires. — Névropathiques.
Antécédents personnels. — Nerveux. Emotivité. Exophtalmie
depuis un an. Dysménorrhée puis aménorrhée depuis la même époque. Polyurie et pollakiurie. Violents maux de tête. Bon appétit. Tremblement. Bouffées de chaleur et sensation de froid. Pouls 117. Corps thyroïde atrophié.
Bouffissures intermittentes, périodiques, revenant sous l’influence des règles, de la fatigue, des émotions, localisées à la face, au cou et aux membres. OEdème irrégulier et inégal.
Le traitement électrique donne de l’amélioration.
OgservaTION LXXXIV (Résumée) (Sollier).
Mn° L..., 39 ans, envoyée par M. Hutinel.
Antécédents heréditaires. — Arthritisme.
Antécédents personnels. — Emotivité.
La maladie débute par une douleur dans le creux de la main, Gonflement des mains, puis des membres inférieurs; l’œdème est intermittent ; lé caractère se modifie, l’émotivité s'accentue. La malade se plaint d’une sensation de constriction à la gorge. Toux sèche. Nausées. Vomissements. Alternatives de constipation et de diarrhée. Aménorrhée. Diplopie.
Puis survient un endolorissement général, la marche est devenue impossible. Polyurie et pollakiurie.
Etat actuel. — Torpeur cérébrale. Gonflement énorme des membres. OEdème très dur. Peau rugueuse, sèche, le gonflement est généralisé au corps qui est couvert de nombreuses taches pigmentaires.
Exophtalmie légère. Corps thyroïde atrophié. Tremblement. Tachycardie.
Electrothérapie et hydrothérapie. Amélioration considérable en
quelques mois.
Ces deux cas diffèrent du premier par l’atrophie du
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corps thyroïde ; mais ils s’en rapprochent par leurs autres symptômes, notamment par l’hérédité nerveuse et arthrigique qui domine, comme nous le disions au début de ce chapitre. Il faut dire cependant que de tels faits ne sont pas communs, et qu'on ne peut pas baser une théorie. solide sur quelques cas isolés. Toutefois en, présence de ces observations, nous sommes portés à croire ici à une action manifeste de la fonction thyroïdienne, sans rien préjuger de cette fonction en elle-même ; car comme le dit Kovalewsky, que cette glande thyroïde soit atrophièe comme dans les deux cas de Sollier, qu’elle soit sclérosée comme c’est probable dans le sien, le résultat. est le même : annulation de la fonction thyroïdienne, ou tout au moins, altération profonde de cette fonction.
Toujours est-il que voilà trois cas bien nets d’une maladie de Basedow née chez des névropathes à hérèdité morbide, sous l'influence d’une altération du corps thyroïde.
Ce ne sont certainement pas les seuls de ce genre, et d’autre part, il est possible qu’une grande majorité des cas de goître exophtalmique opérès avec succès par la thyroïdectomie, tant en France qu’à l'étranger, puissent être rattachés à la même théorie.
MM. Tillaux, Watson, Baeckel, Rebn,, Dubreuih, Lemke, Determeyer, Riedel, Wolff, Dressmann, Stierlin, Strummpell, Frazer, Stelzner, Sprenzel, Bottini, etc., ont tous guéri ou amélioré des exophtalmiques, en leur enlevant tout ou partie de leurs corps thyroïdes, Nous sommes persuadès que s’il y a des maladies de Basedow plaidant nettement en faveur de la théorie thyroïdienne,
9e c’est parmi ces dernières qu'il faut surtout les chercher.