OBSERVATION II
(Communiquée par M. le D: Capillery, médecin aide-major).
Ea 1894, j’eus l’occasion de donner des soins à un malade attein d’appendicite dans les conditions suivantes.
Il s’agissait d'un homme robuste âgé de cinquante-cinq ans environ et n’ayant jamais été sérieusement malade.
En mars 1894, il fut atteint d’une grippe à localisation plutôt pulmonaire, mais sans caractères bien définis, caractérisée seule ment par une température élevée et de la courbature pendant sept à huit jours. A la suite de cette attaque,peu grave par elle-même, la convalescence s’établit lentement et le malade ne reprit ses occupations que trois semaines après environ.
Le malade ne reprit ni sa gaieté,ni son entrain et traina dans ces conditions jusqu’au mois de juillet. Vers le 20 juillet, il fut pris soudainement, sans constipation aucune, de phénomènes douloureux dans la fosse iliaque droite et de suite s’instalièrent tous les symptômes de l’appendicite aiguë. Le traitement médical fut aussitôt institué : glace intus et extra, extrait thébaïque à l'intérieur, diète absolue, etc. Les phénomènes persistèrent pendant deux ou trois jours sans modifications sensibles, M, le professeur Arnozan appelé
en consultation ne pensa pas qu’il fût utile de recourir à une intervention chirurgicale et le traitement médical fut continué.
La température resta pendant deux ; jours à 3805 ro puis elle diminua et le danger immédiat fut conjuré.
La convalescence s'établit au bout d’une dizaine de jours et s’annonçait comme normale, lorsque soudain le malade fut pris un soir d’un point dans le côté violent avec frissons et hyperthermie, Le lendemain l’auscultation révélait la présence de râles sous-crépitants dans un point du poumon droit et les crachats caractéristiques de la pneumonie apparurent. La pneumonie évolua pour son compte sans arrêter la guérison des accidents appendiculaires et, au bout d'une dizaine de jours, la pneumonie était à son tour liquidée.
Nous espérions en avoir fini avec de pareilles alertes, lorsque quelques jours après, au moment où le malade commençait à se lever, il fut pris d’une violente douleur dans le mollet droit, l’obligeant à se coucher.
* Vérification faite, nous reconnûmes qu’il s’agissait d’une phlébite classique qui maintint le malsde au lit pendant près de trois semaines.
Enfin, comme s’il se fût agi véritablement d’une infection générale, le foie juua également son rôle dans cette maladie interminable. Alors que la phlébite en effet était en bonne voie de guérison, le malade se plaignit de douleurs dans la région hépatique. Nausées, vomissements consécutifs et ictère intense qui dura de six à sept jours.
Cette fois, c'était fini. La guérison complète fut très longue à s'établir et pendant près d'un an le malade se ressentit de ses diverses atteintes,
Actuellement, il a repris sa bonne santé d'autrefois et ses occupations habituelles.
Cette seconde observation pêche évidemment par un poiut important; on peut nous objecter, en effet, que ni l'opération, ni lautopsie ne sont venues confirmer le
LS
diagnostic d’appendicite. Cependant quand nous le voyons affirmer par le très aimable auteur de l'observation, luimême, qui semble avoir suivi ce malade avec une sollicitude éclairée, et ensuite par M. le professeur Arnozan, il serait bien difficile de le révoquer en doute. Quoi qu’il en soit, nous voyons encore une fois la grippe à l’origine de cette appendicite. M. Capillery n’avait songé en rien à cette étiologie infectieuse et générale, c’est sur la lecture du premier mémoire de MM. Tripier et Paviot que ce fait lui a paru devoir être interprété comme « appendicite de cause générale. » Donc un esprit non prévenu, recevant cette idée étiologique, l’a acceptée et a fait parvenir aux auteurs du mémoire ce fait qui lui parut confirmatif de la théorie défendue.
Un point capital reste en suspens dans cette observation, c’est à savoir: comment interpréter les accidents infectieux multiples qui, chronologiquement, sont survenus du côté de la saphène interne du poumon et du foie; à lasuite de cette appendicite? Evidemment, on peut aussi bien les rattacher à la même infection générale qualifiée grippe et qui, entre autres localisations viscérales, auraitdonné l’appendicite ; on péut aussi voir dans cette appendicite, une localisation de la grippe et dans les autres accidents consécutifs des manifestations éloignées comme unfoyer inflammatoire appendiculaire en donne quelquefois. Pour la thèse que nous Soutenons, ce point en litige est secondaire et nous ne pensons pas qu'il y ait utilité quelconque à le discuter.