SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE DE LA DIPHTÉRIE
ÏJ. — DiFFÉRENTES FORMES DE DIPHTÉRIE.
À. — Chez l'homme.
La plupart des auteurs classiques ont admis la division de la diphtérie en trois formes, la forme simple ou bénigne, la forme infectieuse et la forme toxique d'emblée.
La diphtérie bénigne se montre ordinairement sous forme d’angine, parfois cependant elle atteint d'emblée le larynx. La maladie s'annonce par un peu de fatigue, de courbature, malaise général, quelques petits accès de fièvre. On constate sur l’une des amygdales ou sur toutes les deux de la rougeur et un peu de gonflement. Puis on voit apparaître un exsudat blanchâtre, demi transparent, qui s’épaissit rapidement pour former une fausse membrane peu adhérente. L’engorgement ganglionnaire est de règle.
La fausse membrane reste généralement limitée à la gorge, quand elle envahit le larynx, elle constitue dans
ce cas un danger purement mécanique, car la maladie
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reste bénigne. Les manifestalions bénignes de la diphtérie sont de courte durée, la guérison survient au bout de six à huit jours.
Mais quelque légère que semble la maladie, ces formes, bénignes en apparence, peuvent transmettre des diphtéries graves. N'’a-t-on pas trouvé, en effet, le bacille de Klebs-Lüffler avec toute sa virulence dans ces fausses
membranes si peu envahissantes. Bien plus — et Trous-
seau avait déjà attiré l’attention sur ces faits — il existe des formes de diphtérie dans lesquelles les symptômes locaux sont presque insensibles, se réduisant à une simple rougeur de la gorge : la fausse membrane est insignifiante ou manque complètement. Ce sont des cas incontestables, qu’on rencontre en temps d’épidémie à côté des formes malignes : leur origine est la mêmeé et ces formes frustes peuvent à leur tour provoquer par contagion des diphtéries malignes, et donner lieu à des phénomènes généraux extrêmement graves alors que les manifestations locales sont presque nulles.
La diphtérie à forme infectieuse débute aussi le plus souvent par la gorge. L'état général peut rester satisfaisant au début comme dans la forme bénigne. Mais bientôt apparaît la fièvre, le faciès est abattu, Le teint pâle, plombé, les muqueuses cyanosées, l’affaiblissement général très prononcé, |
Dans la forme infectieuse, les symplômes locaux pren nent une importance capitale : les fausses membranes y sont essenticllement envahissantes, elles s'étendent large-
ment sur les amygdales, le voile du palais et la luette,
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gagnent les fausses nasales, les lèvres, les conjonctives, envahissent le larynx et les bronches, les organes génitaux, la surface des plaies. |
Dans les formes les plus graves, les fausses membranes prennent une coloration gris noirâtre, d'apparence gangréneuse. Leur odeur est fétide : le gonflement ganglionnaire est très marqué. L'albuminurie est fréquente dans ce cas, le croup et les complications pulmonaires sont de règle, et constituent toute la gravité de la forme infectieuse.
Forme toxique.
Dans la forme toxique, le danger n’est plus constitué par la localisation de la fausse membrane et par son envahissement rapide, l’intoxicalion profonde et rapide joue ici le rôle capital. La localisation la plus habituelle est la gorge avec ou sans envahissement des muqueuses voisines.
Les accidents peuvent prendre une marche foudroyante avec fièvre intense, collapsus rapide, abattement considérable, production de fausses membranes très variable, mais engorgement ganglionnaire démesuré avec infillration du tissu cellulaire voisin. Le malade tombe dans un état typhoïde qui se termine rapidement par la mort.
Dans celte forme toxique, les fausses membranes prennent un aspect gangréneux et une odeur repoussante : le moindre contact fait saigner la muqueuse qui supporte cet exsudat. Les hémorrhagies sont de règle;
elles se produisent par tous les orifices : nez, bouche, anus, urèthre. L'albuminurie est constante, les ganglions sont extrèmement développés.
Les phénomènes généraux sont d’une gravité exceptionnelle : le pouls est ralenti, devient filiforme ; les extrémités sont froides, la température du corps au-dessous de la normale. La faiblesse et la prostration sont telles que le malade reste durant presque toute la maladie dans un état de somnolence très voisin du coma. La mort est fatale.
L'évolution de la diphlérie toxique est parfois tout-àfait insidieuse. Les fausses membranes sont très peu étendues, n’ont aucune tendance à l’envahissement et, bien plus, souvent elles disparaissent au bout de cinq à six jours. Mais dès le début, la tuméfaction ganglionnaire est énorme; on a constaté de l’albuminurie ; le pouls est misérable, le faciès livide; puis, à mesure que les symptômes locaux s’amendent, la prostration augmente, le pouls s’affaiblit, la peau se refroidit et le malade suc-
combe,
Ce qu'il nous importe de faire remarquer au point de vue symptomatique, c’est la variété de formes que revèt la diphtérie chez l'homme : ce sont les angines malignes diphthériques sans fausses membranes, ce sont les angines toxiques où la fausse membrane ne semble jouer qu'un rôle secondaire, tellement elle est localisée et de peu d’étendue, enfin ce sont toutes ces transformations déjà observées par Trousseau de l’angine bénigne ou
angine toxique.
Rappelons d’ailleurs que les observations d’angines diphiériques ne manquent pas, où l'on ne découvre à l'examen bactériologique aucun bacille spécifique avant les derniers jours qui précèdent le dénouement fatal (Widal, Chantemesse, Roux, elc., ont cilé des exemples).
Voyons maintenant ce qui se passe chez les gallinacés.
B. — Chez les gallinacés.
Il y a chez les volailles, de même que chez l’homme, différentes formes de diphlérie. Penzolt, dans ses recherches expérimentales sur la diphthérie aviaire, a attiré l’attention sur les caractères très differents comme gravilé, d'une épidémie diphtérique dans une bassecour. F
Il y a une forme de dipthérie, simple affection pelliculaire, également fréquente chez la poule et le pigeon, qui n’est qu’une simple glossite de l'extrémité libre de la langue.
Celle-ci est remarquable par sa bénignité et sa tendance peu marquée à l'envahissement des organes profonds, du moins chez les poules.
Il y a une autre espèce de diphtérie, celle-ci redoutable aux pigeons, et particulièrement aux poules.
La poule atteinte cesse de manger, elle se tient à l’écart, laisse tomber ses ailes. Ses plumes se hérissent, se dressent en désordre. Son chant devient rauque et
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voilé. Bientôt vous la verrez secouer la lête, ouvrir et fermer spasmodiquement le bec, comme pour rejeter quelque chose qui l’étrangle et qui empêche Pair de pénétrer dans sa trachée obstruée. Enfin la crête, au lieu de cette coloration rouge écarlate, signe de bonne santé, devient violacée, pour passer ensuite à la coloration pâle, puis blanc sale. La poule ne tarde pas à succomber.
La fausse membrane, mince et blanche, prend naissance, non pas à la base de la langue, mais sous la face inférieure de celle-ci.
Elle gagne rapidement en épaisseur, devient blanc jaunâtre, s’étend à la face supérieure de la langue, au palais, puis à la gorge pour gagner ensuite la trachée, l’œsophage et même les intestins. | |
A l'examen on trouve très souvent le bec et les narines, l'œsophage et la trachée, littéralement comblés par des exsudations pseudo-membraneuses. Les membranes superficielles sont faciles à enlever, il suffit de faire couler dans le bec un filet d’eau. Quant aux membranes profondes, celles qui reposentimmédiatement sur les muqueuses enflam mées, tuméfiées, elles sont résistantes, dificiles à détacher.
L'évolution de la diphtérie chez les poules est habituellement très bénigne. Teissier a depuis longtemps attiré l’attention sur ce fait. Penzolt qui a dirigé ses investigations spécialement dans cet ordre d'idées, est arrivé aux mêmes conclusions, et il se demande quelle est la forme de diphtérie plus spécialement transmissi-
ble à l'homme ? Nous l’ignorons encore, mais, dit Bild, il
faut retenir ce fait, à savoir, que la diphtérie évolue la plupart du temps d’une façon tout-à-fait bénigne chez les volailles, tandis qu’elle est si meurtrière pour l’homme.
Comment expliquer cette différence ? Nous empruntons la réponse au Traité de la diphlérie de M. Bourges.
On sait que dans la plupart des maladies à l'infection primitive provoquée par le microbe spécifique, viennent souvent s'ajouter des infections secondaires dues à l’intervention d’autres bactéries pathogènes. Ces microbes viennent ainsi transformer la maladie, créant tantôt des troubles locaux au point d’inoculation, tantôt des complications éloignées en infectant tout l'organisme, en se répandant par la circulation, enfin ils peuvent intoxiquer l’économie par les poisons qu’ils développent.
La diphlérie n'échappe pas à cette règle.
Malheureusement la question n’est pas prês d'être élucidée, car on est loin d’avoir isolé et étudié tous les microbes qu'on rencontre dans les fausses membranes en même temps que le bacille de Lüffler.
On sait que le streptocoque pyogène se retrouve très fréquemment dans les fausses membranes des diphtériques... Il peut très bien n’y pas rester cantonné, infecter tout l’organisme par la voie sanguine. Son association au ‘bacille de Lôffler donnerait naissance aux formes bypertoxiques de la diphtérie, véritables septicémies dans lesquelles on à pu démontrer la présence du streptocoque dans toute la circulation.
C’est le streptocoque qu’on retrouve à l’état de pureté dans les suppurations qui accompagnent parfois la maladie. On l’a retrouvé dans les otites, les adénites, les phleg-
Re mons du cou, les suppurations de la trachée consécutives à la trachéotomie, les arthrites et même dans une médiastinite accompagnée de pleurésie et de péricardite purulente.
On l'a spécialement étudié dans les broncho-pneumonies diphtériques où on le trouve associé ou non au pneumocoque de Talamon Frankel et où il semble jouer le rôle principal.
On l’a signalé également dans les végétations d’une endocardite survenue au cours d’une diphtérie.
Moins bien connu est le rôle des staphylocoques aureus et albus qu’on a signalés aussi dans les fausses membranes, dans les voies aériennes et les poumons atteints de broncho-pneumonie ainsi que d’un certain nombre de cocci non encore classés. |
Ilest bien rare de trouver le bacille de Lôüffler à l’état de pureté dans les fausses membranes, ordinairement, et presque loujours, on trouve au milieu de coloniesde bacilles virulents de la diphtérie, d’autres colonies dont l’inoculation reste sans effet sur les animaux. Lôffler avait déjà signalé la présence dans les fausses membranes de bacilles qui, ayant tous les caractères morphologiques du bacille virulent n’en diffèrent que par leur innocuité.
Roux et Yersin ont relrouvé ce bacille chez des enfants n'ayant aucune affection de la gorge ni de la bouche. Ce bacille pseudo-diphtérique est absolument semblable au bacille de ïa diphtérie aviaire. Par lui-même il n’est pas virulent, il est sans action. Les animaux les plus sensibles au virus diphtérique, résistent à son inoculation ; à peine si au point d’inoculation, il se montre un peu d’œdème :
nes
cependant les animaux quien reçoivent degrandes quantités maiïgrissent et finissent par succomber.
Nous reviendrons plus loin sur les caractères différentiels du bacille de Lôüffler etdu bacille pseudo-diphtérique. Retenons seulement ce fait bien mis en évidence par Roux et Yersin : sous l'influence d'une fièvre éruptive ou d’une association microbienne encore inconnue, le bacille inoffensif, le bacille pseudo-diphtérique peut acquérir de la virulence pour devenir virus diphtérique actif. Il n’est donc pas déraisonnable de supposer quele bacille pseudodiphtérique en présence d’autres micro-organismes, hôtes habituels ou accidentels de la bouche, ne puisse arriver, grâce à ce concours de circonstances, à jouer un rôle actif dans Pétiologie de la diphtérie, tout aussi bien que le microbe saprophyte banal peut devenir pathogène dans certaines conditions, comme il ressort nettement des expériences de laboratoire de Pasteur et Chamberland.
Etudions donc brièvement les caractères de ces bacilles et les lésions dont ils sont la conséquence.