CAS ISOLÉS
A. — Transmission de la diphtérie de l'animal à l'homme.
Boïng (d'Uberlingen) rapporte le fait d’une jeune fille de dix ans qui prit la diphtérie pour avoir nourri à la becquée, c’est-à-dire de bouche à becavec du pain mâché des poules diphtériques. Et ce qui prouve bien, dit Buïng, en faveur de ce mode d'infection particulière, c’est que ses trois sœurs, plus jeunes qu’elle, qui n'avaient pas fait le même manège restèrent indemnes.
Dans un cas rapporté par Hingworth, la contagion frap-
pait deux garçons qui soignaient des volailles malades, leur diphtérie fut bénigne. Mais ces deux garçons contagionnèrent leur mère et leur sœur qui n'avaient aucun rapport avec la basse-cour, et cette fois ce fut une diphtérie grave, toxique. La jeune fille succomba et la mère fut longtemps affligée d’albuminurie et de paralysie ambu- Jante. |
Voici une observation de Bilhaut.
Il constatait sur un adulte de quarante ans une diphtérie buccale d’une localisalion particulière. Sous la langue, doublée de volume, siégeait une large surface grisâtre où la muqueuse détruite était remplacée par de fausses membranes analogues à celles de la diphtérie et qu'on enlevait par le badigeonnage.
Les ganglions du cou étaient énormes et toute la région cervicale avait une dureté ligneuse. La fièvre était vive, la face pâle, le malade abattu. Nul doute qu’il ne s’agit là d’une diphiérie à forme anormale, mais d’où procédaitelle ?
Les enfants du malade étaient tous bien portants, la contagion ne pouvait venir de là.
On apprit alors à notre confrère que le patient, grand amateur de pigeons, avait eu quelques-uns de ses pigeons malades, l’un d’eux étant plus atteint que les autres il lui avait donné à manger à la becquée, de bouche à bec.
Après une de ces opérations, il avait ressenti un jour une sensation de chaleur sous la langue et avait supposé que l'oiseau lui avait donné un coup de bec, dans le voisinage du frein.
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Le pigeon mourut sur ces entrefaites : M. Bilhaut et un vétérinaire qui l’examinèrent, reconnurent qu’il s’agissait bien de diphtérie.
Le père avait été séparé de ses enfants, mais trop tard pour empêcher qu’un petit garçon ne fût atteint d’une diphtérie qui se localisa sur les amygdales et le voile du palais : il guérit d’ailleurs comme son père.
L’observalion suivante est extraite du rapport sur le service départemental de l'assistance médicale et de la vaccine en Meurthe-et-Moselle pendant l’exercice 1889, par le regretté professeur Poincarré. Il s’agit d'une épidémie de diphtérie observée à Bonvillere, par le D' Bermond, épidémie qu'on n’a pu rattacher à aucune importation humaine et dont l’origine aviaire est au contraire parfaitement établie.
Le premier cas s’est montré chez un cultivateur dont la volaille avait la pépie et qui eut l’idée de placer ses poules malades dans le fournil où la cuisson des pommes de terre entretenait une température élevée. Son enfant venait d’avoir la scarlatine et comme une température douce et constante lui était nécessaire, il l’installa dans le fournil avec ses volailles.
Trois petits voisins également convalescents de scarlatine vinrent lui tenir compagnie : eh bien! tous les quatre enfants furent atteints de diphtérie et y succombèrent.
M. Longuet cite, dans la statistique médicale de l’armée française, le fait suivant :
Un maréchal-ferrant du 6° chasseur entrait à l'hôpital de Saint-Mihiel pour une diphtérie pharyngée qui envahit les fosses nasales, mais respecta le larynx. La diphté-
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rie est très rare dans la contrée et le malade ne s'était trouvé en contact avec aucun diphtéritique. En revanche, il venait de soigner des poules atteintes de diphtérie.
Nous pouvons ajouter à ces observations un fait tout récenl qui s’est passé dans un de nos villages ardennais. Une petite fille étant allée jeter au loin une poule de la basse-cour morte de la diphtérie, prit elle-même la diphtérie. Depuis des années, aucun cas de diphtérie n’avait été constaté dans la localité. Elle succomba (Longuet, novembre 1892).
M. Delthil, dans son Traité de la diphtérie, ne cite pas moins de treize cas personnels où la contagion est nettement établie. Nous lui empruntons les plus frappants.
IL — Un enfant demeurant Val-de-Beauté chez ses parents, marchands de volailles, fut atteint de trois poussées diphtéritiques successives, coïncidant avec la mortalité des poules chez ce marchand.
11. — En 1885, une épidémie de diphtérie sévit sur la volaille du camp de Vincennes. La femme d’un adjudant, répuiée comme très habile à enlever la pépie des poules, pratiquait souvent celte opération sur des volailles qu’on lui apporlait.
Un jour pluvieux, elle opéra ainsi successivement quatre poules et projeta les fausses membranes arrachées dans la chambre qu'elle occupait et où parfois venaient ses propres volailles. Ses poules succombèrent et, quelques jours après, son enfant était atteint de diphtérie et la transmettait ultérieurement à son père.
HT. — Le8 octobre 1886, je fus appelé à voir l'enfant
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R.., 75, Grande-Rue, à Nogent, atteint d’une diphtérie des plus graves, coïncidant avec la mort de plusieurs pigeons dans l’arrière-cour de la maison. Cet enfant a été vu également par les D'S Schmitt et Lallement.
IV. — Le 22 janvier 1886, j'étais appelé dans une famille demeurant route de Nogent. À mon arrivée je me trouvai en présence d’une enfant anciennement atteinte de coxalgie suppurée, soignée par un confrère de Paris.
- M. Labhé avait fait l'opération et donné issue aux fongosités coxalgiques. Je constatai sur la plaie donnant issue aux fongosités coxalgiques un exsudant diphtéritique des plus abondants. En même temps, l’enfant avait de l’angine diphtérique et de la toux croupale. Les parents faisaient remonter le début de l'affection à environ six Jours. |
En recherchant les causes, j’appris que, vers la date qui était assignée comme initium de la maladie, une épidémie s’était abattue sur le poulailler de la maison. L’enfant malade avait parmi ces volatiles, une petite poule avec laquelle elle s’amusait souvent. Cette poule préférée ayant succombé à l'épidémie, l'enfant ne voulut pas s’en séparer et la garda toute une nuit sur son lit.
C’est quelques jours après que j'étais appelé à soigner l'infection diphtérique dans cette famille.
A peu de distance, un autre enfant fut contaminé, puis la bonne, puis une amie de Paris, ainsi que plusieurs autres personnes. M. le D' Gillet de Grandmont soigna un de ces enfants atteint d’ophtalmie diphtérique.
V. — Le 1% décembre 1886, je vis dans une autre famille deux enfants atteints de diphtérie. Recherchant la