‹ Contribution à l'étude de l'étiologie générale de la diphtérieChapitre 18 sur 25 · TES · texte numérisé non relu

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M. Delthil rapporte le fait d’une enfant qui atteinte de diphtérie contagionna toute une portée de lapins qu’on amenait chaque jour dans la chambre pour l’amuser. Ils succombèrent tous.

Après ces auteurs dont le témoignage est autorisé, il nous sera permis de citer deux observations récentes, inédites, qui nous sont personnelles, et une troisième qui nous a été adressée par M. Wassermann de la Facullé de Strasbourg.

I. — L'une de nos observations a été prise dans le quartier des chiffonniers de Nanterre en août 1893.

Hommes et animaux, dans ces quartiers de chiffonniers, vivent dans la communauté la plus intime, au milieu de tas de chiffons, de monceaux de détritus, de fumier et d’ordures. Quand nous avons été appelé auprès de notre petit malade, un garçon de quatre ans, il était trop tard, il asphyxiait. Ces gens du reste n’appellent le médecin que quand le malade est à l’agonie. Il y avait du jetage, un écoulement ichoreux, sanieux, fait par les narines. Les fausses membranes avaient envahi la bouche, les commissures des lèvres. Une odeur fétide s’exhale de la bouche, les yeux sont cernés, cerclés, le tirage est énorme. Tenter la trachéotomie au milieu de ces monceaux de chiffons et d’ordures, où bourdonnaient des miliers de mouches ? Il n’y fallait pas songer. Par contre nous nous sommes livré à une enquête approfondie sur l’origine de la diphtérie. Le jour même où le petit chiffonnier est mort, la mère de cet enfant avait

déjà fait une autre perte, « celle de sa meilleure poule, me disait-elle ». Ce fait attira mon attention sur la diphtérie aviaire et sur les rapports de contagion qu'il pouvait y avoir entre celle-ci et la diphtérie humaine.

La maladie, au dire de la mère chiffonnière, avait commencé parmi les poules. Elle en avait perdu un cer- {ain nombre, ainsi que les voisins. J’ai pu en examiner quelques unes et je leur ai trouvé les caractères que j'ai décrits plus haut. Remarquez seulement, que la diphtérie ordinairement bénigne chez les poules, présente ici un cerlain caractère de gravité, puisque cinq sur douze succombèrent.

Quant à la poule qui avait péri le jour même de la mort du petit chiffonnier, on l’abandonne sur le fumier où les enfants du voisinage la cherchent pour en faire un jouet. Il y eut encore, dans le même quartier, deux autres cas de diphtérie, coïncidant avec les maisons les plus éprouvées par la diphtérie aviaire.

II. — Le germe diphtérique provenait-il des chiffons et des ordures ? C’est possible. Mais ce qu'on ne saurait récuser c’est le cas de diphtérie qui se déclara dans une maison, avenue de la Défense de Paris à Courbevoie, à la suite d’un achat de poules fait dans une maison du quartier des chiffonniers contaminé. La diphtérie frappa d’abord les volailles de la basse-cour, puis s'étendit aux deux enfants de la maison dont lun dut être trachéotomisé.

Le fait suivant s’est passé dans la commune de Thann dans le Haut-Rhin. Il m'a été communiqué par M. Was-

sermann au mois de septembre 1893.

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Depuis quelque temps, à la suite d’un achat de poulets sur les marchés de Thann, la diphtérie s'était déclarée dans plusieurs basses-cours de la commune. La diphtérie faisait des ravages sérieux parmi les poules et les pigeons, mais elle ne s'arrêta pas là.

Dans cette commune où jamais la diphtérie n'avait régné, de mémoire d'homme, on vit en peu de temps trois cas. Le premier enfant qui fut frappé succomba le septième jour. C’était dans la maison même où huit jours auparavant la diphtérie aviaire avait fait son apparition. Puis le fléau frappa une enfant d’une maison voisine. Il y eut en quinze jours trois autres cas.

Pour moi, j'incriminai uniquement la diphtérie aviaire d’être la cause de ces désastres. Aussi, je fis, par mesure administrative, abattre et brûler toutes les volailles attein- Les de diphtérie ou simplement suspectes. Les poulaillers furent brûlés, les basses-cours nettoyées et désinfectées. Les mesures les plus sérieuses furent prises pour désinfecter les maisons dans lesquelles il y avait eu des cas de diphtérie. La maladie disparut en peu de temps, aussi rapidement qu'elle était venue.

IT. — La troisième observation m'est personnelle. C’é. tait de l’avis du regretté D' Frerry, sénateur de Belfort, un fait très probant en faveur de l’origine aviaire de la diphtérie.

Le fait s'est passé dans un grand établissement agricole des environs de Belfort. Quelques poules récemment apportées à la ferme y avaient importé la diphtérie. Nous avons pu surprendre, pour ainsi dire, le début de la

diphtérie aviaire. Trois poules périrent en peu de temps,

puis quelques jours plus tard cinq jeunes élèves des volières furent atteintes. On fit appeler M. B..., vétérinaire, vieil ami de la maison. Me trouvant en ce moment à l’établissement j’eus l’honneur d'examiner avec lui quelques poules et pigeons contaminés.

Des fausses membranes d'un blanc sale recouvrent la langue et remplissent la gorge. Les narines en sont obstruées. Des muqueuses sous-jacentes aux membranes sont tuméfiées, facilement saignantes. À l’autopsie on trouve des fausses membranes jusque dans les intestins : ce qui explique sans doute cette diarrhée intense que nous avions remarquée plusieurs fois aux approches du dénouement fatal.

Pour ma part le diagnostic de diphtérie aviaire s’imposa. Aussi, fidèle aux convictions que j'avais rapportées de Heidelberg, sur la transmission à l’homme de la diphtérie aviaire, je me crus autorisé à présenter quelques observations, très respectueuses du reste, au propriétaire de l’établissement et à exposer mes craintes au vétérinaire. Celui-ci me crut bien jeune, il se contenta de sourire à ma naïveté.

Malheureusement les évènements que nous avions prévus sont venus justifier nos craintes et nous ont confirmé une fois de plus dans nos convictions. C’est une des filles du propriétaire, âgée de sept ans, qui fut atteinte la première. La diphtérie se déclara suivant ses habitudes sournoisement, traitreusement, par quelques malaises, un peu de mal de gorge. Rougeur, tuméfaction des amygdales faisant saillie assez prononcée dans la gorge. Plaques blanches, légères, sur l'amygdale droiteet le voile du palais.

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Au bout de quelques jours, l’état général s'aggrava rapidement. La dyspnée devint intense, il y eut des accès de suffocation. Les fausses membranes d’un blanc jaunâtre s’étendent sur les amygdales, la luette, la paroi postérieure du pharynx. |

Cette observation présente encore un autre point intéressant ; c'est que dans plusieurs cultures successives, on ne trouva pas les colonies si caractéristiques du bacille de Lülfler. L'examen microscopique, après coloralion au bleu de Lôüffler et d’après la méthode Roux et Yersin, ne révéla pas davantage sa présence. Pourtant on fit plusieurs préparations, ce n’est qu’au cinquième essai de culture, qu’on découvrit enfin les colonies blanc-jaunâtre, rondes, de bacilles spécifiques.

Pourtant nous n’avions pas douté un seul instant, que nous eussions affaire à un cas de diphtérie et une fois de plus nous avions raison.

Du reste il est bon de se souvenir qu’il faut quelquefois plusieurs essais avant de trouver dans ses cultures le bacille de Lüffler, alors cependant que la diphtérie est déjà tellement avancée que la vie du malade est en danger.

Témoin ce fait tout récent raconté par M. Marfan, les premiers jours de janvier 1894, dans son service à l'Hôpital des enfants malades.

Il s’agit d’un de ces cas de diphtérie avec fausses membranes.

M. Roux, de l'Institut Pasteur, consulté, fit deux ou trois cultures pour trouver le bacille de Lüffler. Le résul-

rgs es tat fut nul, il ne trouva pas le bacille en question. N’allez pas me dire qu’il faut attribuer cet insuccès à quelque erreur de technique. Non, le distingué bactériologiste ne commit pas d'erreur de diagnostic, s’il ne trouva pas le bacille de Lôffler, c’est sans doute qu’il n'existait pas. Mais alors, on peut objecter qu’il n’avait pas affaire à de fausses membranes diphtéritiques. On sait, en effet, et M. Cornil l’a écrit depuis longtemps, que toute fausse membrane n’implique pas nécessairement la présence du bacille de Lôüffler ; il y a des fausses membranes qui sont absolument étrangères à toute infection diphtéri-

que.

On me dira alors que ce n'’élait pas un cas de diphtérie vraie ; c'était de la pseudo-diphtérie. Ce fut aussi l’opinion de M. Roux. Pourtant l’état de, l'enfant devint rapidement alarmant. M. Roux fit de nouvelles cultures, on trouva enfin le bacille de Lôffler, l'enfant

succomba.

Notre enfant aussi avait la diphtérie et malgré les recherches bactériologiques infructueuses, on lui fit la trachéotomie, dès que les troubles respiratoires devinrent inquiétants. Cet enfant se remit après une longue et pénible convalescence. Il y eut encore dans le même établissement deux autres cas de diphtérie, un enfant de trois ans qui succomba, el une jeune bonne de quinze ans qui

faillit succomber également.

Mais revenons à notre point de départ. Il fallut bien admettre après ces trois cas de diphlérie la possibilité de la contagion par diphtérie aviaire. On prit alors, trop t5rd

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comme toujours, les mesures nécessaires pour s'opposer à une plus grande extension de la maladie.

Enfin nous terminons par les trois observations que vient de nous adresser M. Lepage, secrétaire de la société de médecine d'Angers (Bulletin de la Soc. méd. Angers, 1893). Il s'agit d’une dame G... soignée par MM. les D'* Quintard et Feillé : « Après avoir établi, dit M. le D' Quintard, que nous avions bien affaire à une infection diphtérique des voies aériennes, il était intéressant je crois d'en rechercher l’origine.

Avec le sens clinique qui le distingue, mon confrère, le Dr Feillé, avait jugé utile dès l’abord d'éclairer ce point d'une petite enquête à laquelle il se livra, il résulta qu'aucun cas de diphtérie n'existait dans le quartier et que Mme G... n'avait pu être soit directement, soit indirectement, contaminée par un malade.

Cela élucidé, poursuivant son interrogatoire, il apprit que huit jours avant le début de l’angine, on avait introduit dans la maison un poulet gâté dont l’intérieur était tapissé de productions blanchâtres. Vraisemblablement cetle volaille était atteinte de pépie maligne, rappelant par ses symptômes, nos plus graves affections diphtéritiques, Me G... en bonne maîtresse de maison, ayant trop consciencieusement flairé sa volaille pour se rendre compte de sa valeur comestible, avoit dû se contagionner soit directement par les voies aériennes, soit indirectement par les mains. On sait, en effet, qu'il suffit de se trouver par un malencontreux hasard, en état de réceptivité, pour favoriser chez soi le développement des colo-

ie nies bacillaires auxquelles par mégarde on offre ainsi le couvert et le gîte. Ce fut malheurement le cas de notre cliente, qui, dans les délais impartis à l’incubation, c’està-dire au huitième jour, vit éclore la diphtérie.

M. le D' Lepage d'Angers, sans pencher pour la théorie de Pinfection diphtéritique d’origine aviaire, nous rapporte cependant le fait suivant :

J'étais appelé à Saint Mathurin pour soigner un enfant de dix mois, atteint d’angine avec fausses membranes sur les amygdales. Je recherchais l’origine de l'affection et je ne trouvais pas de contagion humaine possible. Je n'avais pas souvenir d’un cas de diphtérie à 4 kilomèmètres à la ronde depuis bien des années et l’enfant n’était pas sorti du pays. En interrogeant la mère, j'appris qu'elle avait trouvé dans la basse-cour un poulet atteint de la pépie, qu’elle l'avait soigné sans résultat et finalement sacrifié ; elle avait partagé ses soins entre son enfant qu'elle élevait au biberon et le poulet qu’elle aurait voulu guérir.

A cette même date, 2 août 1893, M. le D' Atgier, raconte le fait suivant. Etant en Algérie, j'ai été appelé à donner mes soins à un enfant européen, dont la famille habitait une maison arabe avec cour intérieure sur laquelle s’ouvraient toutes les pièces du logis.

Cel enfant avait tous les symptômes d’une angine diphtéritique, bien que la guérison fût rapidement obtenue, la convalescence fut très longue et très difficile. Au cours de celle-ci, survint une paralysie du voile du palais qui dura trois mois.

L'enfant fut même pris pendant cette convalescence

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d’une perte de connaissance de deux heures de durée ; en revenant à lui il était hémiplégique : cette paralysie dura quelques h eures seulement. J’ai cherché aussi lorigine de la contagion. Je n'ai pu trouver dans le pays aucun cas de diphtérie humaine.

Dans la basse-cour, au contraire, située dans la maison, plusieurs poules étaient atteintes d’une affection, dont je n’ai pu, il est vrai, déterminer la nature.

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