OBJECTIONS
M. Saint-Yves Ménard a cru pouvoir repousser toute assimilation entre la diphtérie des oiseaux et la diphtérie de l’homme, à la fois pour les raisons morphologiques et biologiques dont nous avons parlé plus haut, et par ce fait, de nature à impressionner davantage, qu'il n’a jamais observé au jardin d’acclimatation où il a longtemps exercé, de transmission de diphtérie de l'oiseau à l’homme. |
La diphtérie y a cependant régné violemment dans certaines années, et des faisandiers, habitant au centre des volières ont pu élever sans accident de nombreuses familles.
M. Saint-Yves Ménard ajoute, d’après le professeur Straus, que les gaveurs de pigeons des halles centrales, qui nourrissent parfois de bouche à bec des pigeons italiens atteints de diphtérie, passent pour n’avoir jamais gagné la diptérie.
Ce ne sont là, dit M. Longuet, que des faits néga-
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iifs, et les faits négatifs, en matière de contagion surtout, n’ont-jamais rien prouvé contre les faits positifs, : nombreux et de source absolument autorisée que nous avons cités.
L'opinion de M. le professeur Laveran n’est pas moins catégorique (Nouveaux élém. de path. générale, 18984). M. Saint-Yves Ménard et Mégnin, dit-il, ont, ces temps derniers, fortement battu en brèche l’origine ornithologique de la diphtérie: ils se sont basés sur les considéralions que vous savez.
Quant à nous, nous maintenons énergiquement notre assertion, avec tous les auteurs qui se sont spécialement occupés de cette grave question (Nicati, Emmerik, Bouchard, Delthil, Teissier, Longuet, Boïng), etc.
M. Laveran admet qu’il doit exister chez les gallinacés, tout aussi bien que chez l'homme, différentes espèces de diphtérie.
Il admet les transformations biologiques que subissent les microbes, en changeant de conditions de milieu; enfin il se base sur ce fait, que la diphtérie se diffuse bien plus par infection que par contagion intra-humaine.
Prétend-on que le choléra n’est pas contagieux, parce qu'il n’atteint pas tous ceux qui s’y exposent, et parfois volontairement — on connaît, et les journaux des deux mondes nous ont assez entretenus du fameux américain Pearson, médecin et journaliste, qui à Hambourg, pendant la dernière épidémie si meurtrière de choléra, absorba plusieurs centimètres cubes de culture pure du bacille du choléra, — cultures qui avaient fait périr tous les ani-
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maux inoculés, tandis que lui n’éprouva que quelques- “effets banals.
Petlenkoffer, de Munich, fit une expérience semblable qui échoua également, heureusement pour le savant professeur.
Personne cependant ne contestera la virulence du bacilledu choléra.
Inutile de citer ici les expériences de Trousseau et du regretté professeur Peter sur la diphtérie. Elles sont dans toutes les mémoires.
Que me répondra-t-on ?
Que l'organisme n'était pas en état de réceptivité, réponse heureuse et bien connue et qui répond à toutes les expériences négatives.
Quand il s’agit.de faits négatifs de fièvre typhoïde, c’est que le bacille d’Eberth n’a pas trouvé chez tous les individus, placés dans des conditions identiques, un milieu favorable à son développement.
Il en est, sans doute, de même, des conditions dans lesquelles se trouve placé le Jardin d’acclimatation, et beaucoup d’autres établissements.
Le Jardin d’acclimatation, comme on l’a fait remarquer, élablissement modèle de propreté et de bonne tenue, n’est pas un terrain de culture favorable à la propagation de germes infectieux; c’est un terrain réfractaire où 1l ne peut se produire rien de semblable aux promiscuités et aux incuries de nos fermes.
J'ai vu quelques gaveurs des Halles, et j’ai rapporté de leurs conversations une opinion un peu différente de celle de M. le professeur Straus.
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Ces ouvriers, ordinairement chargés d’enfants, habitent des quartiers populeux à loyers modiques, où tous les microbes et tous les virus de la nature se sont donné rendez-vous.
La diphtérie est aussi fréquente dans ces régions que la fièvre typhoïde ou les maladies des voies respiratoires,
Alors d’où vient la diphtérie, d’où vient l'infection ?
Cest là que commence le côté difficile de la question.
Ces milieux pauvres, ordinairement malpropres, sont infectés depuis des siècles par des générations de mi- -crobes. | | |
Aussi est-il difficile, pour ne pas dire impossible, de démèêler, dans ce milieu infecté, les différents éléments de contagion et d'émettre une opinion dans un sens ou dans l’autre. 3
J'aime mieux me placer pour ces recherches délicates, dans les conditions indiquées par Laveran et Teissier, dont nous avons parlé plus haut: « Il faut s’efforcer, pour étudier le développement de la diphtérie, de se placer dans des conditions favorables à cette étude, par exemple dans la campagne, dans les endroits surtout où elle n’a pas encore fait son apparition, et où toule conta- -gion directe, c’est-à-dire d'homme à homme, peut-être franchement écartée.
La possibilité de la transmission de la diphtérie des animaux à l’homme est un fait qui pratiquement est incoutestable, tout aussi bien que la transmission inverse. Une fois admise, elle comporte une sanction pratique en vue de la prophylaxie. Du reste, cette notion est déjà entrée
rire dans le domaine de l'hygiène et ceux qui ont cru devoir
appliquer des lois sévères contre ce mode de propagation de la diphtérie n'ont eu qu’à s’en louer.
Emmerich, à l’occasion d’une épidémie de diphtérie, où il incrimina formellement la diphtérie aviaire, demanda à la Société silésienne des éleveurs de volailles, d'inviter le gouvernement à prendre des dispositions pour faire abattre les animaux diphtériques afin d'empêcher la propagation de la diphtérie chez les enfants autant que chez les volailles.
Les mesures les plus sérieuses furent prises et l’on n’eut qu’à s’en louer.
En 1886, une épidémie meurtrière de diphtérie sévissait sur la population de Frankfort, elle avait été précédée d’une épizootie de même nature qui fit de grands ravages dans les basses-cours.
Les autorités, admettant sans hésitation les deux ordres de faits, signalaient dans une circulaire le danger que présentait pour le public l'épidémie aviaire, la maladie pouvant se transmettre par simple contact de la volaille malade.
Ce n’est pas seulement à l'étranger, en France aussi, des administrations locales ont cru de leur devoir de prendre telles mesures pour garantir la santé publique : témoin le fait cité par Boncour de Saint-Aignan, le rapport de Ferrand au conseil d'hygiène du Rhône et beaucoup d’autres.
Il faut remarquer que de l’avis même des adversaires théoriques de la possibilité de la transmission de la
PQ diphtérie par contamination aviaire, ces mesures on! toujours produit d'excellents résultats.
Par une surveillance attentive et quelques mesures radicales, on est arrivé non-seulement à enrayer la maladie, mais encore à la faire disparaître de localités où elle paraissait définitivement acclimatée.
Nous terminons par une citation de Haushalter de Nancy : « Bien qu'il soit permis de supposer actuellement qu’il existe une diphtérie aviaire qui n’est pas la même que la diphtérie humaine, cependant, en présence d’une diphtérie aviaire, devra-t-on agir comme s’il s’agissait d’une diphtérie vraie ».
« On isolera les animaux malades dans des cages en bois qui seront brûlées après usage, ainsi que les mangeoires, la paille, etc., on sacrifiera les oiseaux qui ne semblent pas pouvoir guérir, on brûlera les cadavres des oiseaux lués ou moris : on évitera tout contact direct, surtout de doigts blessés, des lèvres ou de la langue avec la muqueuse buccale des oiseaux malades. »