LES BLESSURES DE LA QUEUE DE CHEVAL
La dernière guerre européenne a permis un développement analytique. de la science neurologique dans toutes ses branches. Parmi celles-ci s’en trouve une qui à particulièrement gagné en précision et en documentation: c’est l’étude de l’atteinte du nerf, quel qu’il soit.
Les nerfs de la queue de cheval ne sont qu’une particularité de la neurologie, pour des raisons examinées plus haut. :
On a constitué des syndromes de la queue de cheval par blessures. Ils ont été individualisés très clairement. Mais leur évolution a été peu envisagée et elle présente un double intérét.
Leur évolution est précise. Leur symptomatologie bien groupée servira de terme de comparaison avec les autres affections de la queue de cheval.
Début. — Nous qualifierons un peu arbitrairement de période initiale les instants qui suivent de près la blessure et comprenant surtout les troubles énumérés par le blessé lui-même.
Deux grands symptômes frappent d'emblée.
a) Les douleurs. — Elles surviennent immédiatement après le traumatisme et ne font pas défaut. Le blessé dit qu’il a ressenti des «coups d’épingle », des «fourmillements, » de «l'électricité » ou «qu’il a eu les jambes coupées ».
Elles sont vives et généralement continues.
Néanmoins, sous une influence extérieure, transport, allongement des membres inférieurs, elles subissent des exacerbations et deviennent alors atroces.
b) Les troubles moteurs consistent en impotence des membres inférieurs, allant de la simple faiblesse à la paralysie complète. Le blessé s’effondre sur le sol et reste là tant que l’on ne viendra pas le relever.
Les troubles sphinctériens existent dès le début, et bien des blessés accusent quelques heures après le traumatisme l’absence de miction.
B. Période d'état.
Sensibilité subjective. — Les douleurs continuent à être le plus affligeant des signes fonctionnels.
Elles sont continues, allant de la piqûre simple au «broiement des articulations » L’exacerbation paroxystique est à cette époque une règle, et leur intensité est fonction de la lésion des nerfs. (De la compression simple à la section complète.)
Leur topographie traduit la lésion anatomique, mais il est à remarquer qu’il existe des points de localisation plus fréquents au niveau des articulations, hanche, genoux, coups de pied.
Ces régions qui sont garnies d’un réseau nerveux développé et fin sont les témoins fidèles de ce qui atteint les troncs nerveux.
Dans le cas de lésion de l’hémiqueue de cheval, les douleurs sont unilatérales.
Les douleurs provoquées sont faciles à mettre en évidence.
Le déplacement du blessé pendant son.examen suffit parfois à le faire souffrir atrocement.
Le pincement des masses musculaires et, en particulier, à la région interne et supérieure des cuisses, donne le même résultat.
Ce «signe des adducteurs » est un excellent procédé, servant à dépister des atteintes des nerfs périphériques. Décrit d’abord dans la sciatique, on l’a retrouvé dans les sciatiques symptomatiques et aussi dans les blessures des nerfs de la queue de cheval.
La manœuvre de Lasègue, recherchée dans la plupart des cas, a été positive.
La flexion ou l’extension du pied sur la jambe, de la jambe sur la cuisse ou de la cuisse sur le bassin ne seront que le complément de l’épreuve décrite précédemment.
Sensibilité objective. — La recherche de la sensibilité tactile décèle, à de rares exceptions près, toujours des placards d’anesthésie. Leur étendue varie avec la hauteur de la lésion et aussi le degré d’atteinte du nerf.
Une recherche des plus attentives est indispensable, car ces troubles peuvent se borner à une hypoesthésie peu marquée.
Il y a lieu aussi d'explorer tous les territoires innervés par les racines de la queue de cheval. Dans plusieurs cas cités plus haut, les troubles se bornaient à une anesthésie périnéale, scrotale ou périanale et décelaient ainsi une atteinte de racines très bas situées. Des troubles sphinctériens accompagnaient d’ailleurs l’anesthésie de ces régions.
Une fois (obs XIII) on ne put mettre en évidence aucune modification de la sensibilité objective. Mais il y a lieu de remarquer que ce blessé, opéré dix-neuf
jours avant son entrée au centre neurologique, avait été libéré d’un éclat qui comprimait la dure-mère au niveau de Liv. L'opération eut lieu le lendemain de la blessure. |
Dans le cas IV, l’anesthésie avait repressé de façon ceftaine au bout d’un mois, et, là aussi bien, il s’agissait d’une blessure osseuse sans perforation méningée.
Faut-il mettre sur le compte d’une amélioration rapide l’absence d’anesthésie dans l’observation XIII, ou simplement sur la bénignitéde l’atteinte des racines ? Cette seconde hypothèse paraît plus vraisemblable
Tout de suite il vient à l’esprit une idée: quelle est la valeur sémiologique de l’anesthésie tactile et douloureuse ? Faut-il chercher une relation précise entre son étendue et l’importance de la lésion ?
Dans le cas I de la 2e série (décès), on avait constaté une anesthésie au dos du pied, à la face postérieure des cuisses et sur une partie des régions fessières. Lors de l’autopsie, on trouva de petites attritions de Sx, Sur Siv droites et gauches sans perforation de la dure-mère.
Le parallélisme a donc été précis.
L’autopsie du cas n° IV de la 29 série montre une section de toutes les racines situées en-dessous de Lr, sauf toutefois de la racine sensitive de Lyr. Sur le vivant on avait trouvé une abolition de la sensibilité remontant jusqu’à moitié de la cuisse droite ; à gauche, elle n’embrassait pas la région située au-dessous du genou. Le scrotum et la verge étaient insensibles, le dos de la verge seulement hypoesthésié.
Encore une fois, relation précise entre l’étendue de l’anesthésie et la topographie des lésions.
Cette anesthésie est douloureuse, et c’est là un caractère que l’on doit signaler. Alors qu’à la piqure ou à la pression le sujet n’accuse pas réception, dans les mêmes territoires il ressentira des douleurs vives, parfois atroces, dont les propriétés ont été énumérées plus haut.
Les sensibilités tactile et douloureuse marchent le plus souvent de pair. Toutefois, l’obs. V de la 2e série nous présente une dissociation entre ces deux modes de sensibilité.
La sensibilité thermique, généralement, subissait les mêmes modifications que les précédentes. Mais plusieurs fois il y avait dissociation entre ses troubles et ceux des autres modes.
Il faut dire comme correctif qué, dans l’obs. IX, il s'agissait d’une plaie lombaire très haute, peut-être y avait-il par voisinage une lésion du cône.
Lhermitte signale dans quelques cas de blessures de la queue de cheval des dissociations de ce genre.
Sensibilité profonde. — Elle n’est pas modifiée, et le blessé conserve les notions d’attitude.
Troubles moteurs. — Nous avons vu plus haut, à la
période de début, l'existence de troubles moteurs très accusés.
Nous les retrouverons dans la majorité des cas soit équivalents, soit plus accusés.
Il s’agit, lorsque la lésion est haut située, d’une paraplégie flasque, complète et absolue. Aucun mouvement volontaire n’est possible aux membres inférieurs.
Les mouvements passifs sont possibles et avec une plus grande amplitude.
L’hypotonicité accompagne régulièrement cette pa-