CHAPITRE PREMIER
‘Indications générales de l'extraction des projectiles du thorax
Ici, comme en beaucoup d'autres domaines de la
chirurgie, la guerre a fait germer des idées nouvelles ou du moins créé des éventualités nouvelles. Le projectile intrathoracique se voyait évidemment en temps de paix, mais tout l'intérêt se concentrait sur les phénomènes primitifs : caractères de l’hémothorax dans les cas de plaie de poumon, modalité de l’intervention dans les cas de plaie du cœur ou des médiastins, et encore les discussions engagées sur ces points spéciaux visaient-elles surtout les plaies par armes blanches, infiniment plus fréquentes et plus dangereuses. | Les armes à feu employées étaient dans la grande majorité des cas des armes de calibre inférieur, offrant à l'observation des projectiles petits, de forme régulière, de puissance vulnérante limitée et surtout donnant rarement lieu à des accidents d'infection. Si bien que l’extraclion secondaire était à peine
pratiquée, au point qu’on était en train de faire
admeitre au public, pourtant disposé à douter de la tolérance des tissus vivants vis-à-vis des corps étrangers, l’innocuité absolue de quelques grammes de métal oubliés dans un coin de l’organisme. ,
Parallèlement, les procédés de repérage étaient dans l'enfance, surtout les procédés radioscopiques, et on n’employait guère dans les interventions rarissimes que le procédé très imparfait des deux radiographies pour les projectiles des membres et les repéreurs genre Contremoulins pour les régions dangereuses, comme le crâne. «
Les indications de l'extraction étaient surtout basées sur les symptômes cliniques observés, en rapport avec le voisinage d'organes importants : tout était affaire de cas, malgré le cri d'alarme poussé à un moment donné à propos des risques de saturnisme chronique entrainé par la présence de projeciles de plomb et dont l'importance ne suffit pas à faire dévier les chirurgiens de leur ligne de conduite habituelle. Dans l’ensemble, on respectait les proecliles /ocalement bien tolérés.
Or, s'ilest un organe qui soit complaisant envers les violences extérieures, c’est assurément le poumon. On connaissait avant la guerre la bénignité des plaies par épée, au cours des duels ; on avait vanté dans les guerres précédentes les « qualités humanitaires » dela balle du fusil qui annihilait au combattant sans le tuer en lui traversant gentiment la poitrine. On était loin de supposer que des projectiles d'une nature aussi septique que des
éclats d'obus déchiquetés. entrainant des fragments de capote, pourraient quelquefois s’ankyloser sans réaction générale dans le tissu pulmonaire, et à plus forte raison, qu'on pourrait promener à l’aveugle et matiœuvrer au voisinage du hile des instruments volumineux avec absence complète de troubles consécutifs. M Pourquoi celte tolérance a-t-elle paradoxalement donné essor aux plus hardies tentatives de chirurgie pulmonaire et a-t-elle abouti à l'extraction presque systématique des projectiles ? C’est qu’à côté des raisons d'intervenir chirurgicales proprement dites, inoruité de l'extraction des projectiles superficiels, nécessité d'aller quérir les projectiles profonds dangereusement placés, se sont dressées des raisons militaires. La méthode de Petit de la Villéon est avant tout une méthode militaire, c'est une méthode qui rend rapidement et sans danger l’homme « bon pour le service armé ». Heureusement, comme nous le verrons, toute sa valeur n’est pas là, sans quoi nous n’aurions pas à nous en occuper, puisque nous sommes en temps de paix. Mais il n’est pas douteux que la surproduclion à un moment donné de projectiles anciens inclus dans le thorax était susceptible de rendre indisponible un nombre assez élevé de blessés parfaitement bien portants et qui, en dehors de tout calcul intéressé, ne pouvaient s’accoutumer à l’idée de posséder impunément un corps étranger dans un organe aussi impor-
tant que le poumon.
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Ces blessés se plaignaient très sincèrement de. troubles divers, gêne respiratoire, essoufflement, névralgies, etc., dans le cas fréquemment réalisé de projectiles minuscules, n'ayant donné lieu à aucune espèce d’hémothorax. N'importe, le poilu est raisonpeur : lui laisser son éclat, c'était en faire un mauvais soldat, malgré les décisions motivées des plus éminents chirurgiens de secteur !
La meilleure preuve que l'extraction étendue des projectiles du poumon peut être une conséquence lointaine des exigences de l’esprit français, c’estqu'il nous a été rapporté que dans l’armée britannique, les choses se passaient tout autrement : Là, la décision du chirurgien expert faisait foi — ce dernier jugeait-il un projectile compatible avec le service, ’intéressé partait bel et bien au front, non opéré et ans rechigner.
[n'y a pas lieu de discuter ici la valeur respective au point de vue militaire ou autre de la soumission aveugle aux décisions des hommes compétents et des principes de discipline raisonnée en honneur chez nous. Le fait est là : on semble avoir pratiqué plus d’extractions de projectiles intrathoraciques en France que chez nos alliés.
Ce facteur d’inteérvention mis à part, et il ne fut pas le moindre, quelles sont les indications d’extractions qui restent actuellement, en dehors de -toute question de récupération d'effectifs ?
Il nous semble qu’elles peuvent être groupées sous. deux chefs : d’abord le cas où le projectile peut être