LES TRAITEMENTS DE L’OXYUROSE
La thérapeutique classique
Remarquons tout d’abord que 70 %, des porteurs d’oxyures qui venaient nous demander conseil, avaient préalablement suivi une thérapeutique helminthifuge. Dans ce chiffre, nous comprenons d’une part 48 % de médication empirique (en effet, dans la région lyonnaise, un grand nombre de mères de famille «donnent tous les mois, avec la lune, pour les vers ») et, d’autre part, 22 % de médications suivies, soit sur prescription magistrale ou sur conseil d’un pharmacien.
Dans le premier cas, les vermifuges étaient administrés une ou deux fois par mois, de préférence à la pleine lune ou au changement de lune. Cette prétendue corrélation entre le cycle lunaire et l’évolution des oxyures est une notion très ancrée dans la mentalité populaire et fait partie, tout comme l’emploi de la gousse d’ail dont nous aurons à parler plus loin, du bagage scientifique légué par les ancêtres aux jeunes générations. Dans certaines familles où les poussées d’Helminthiases semblent avoir été moins fréquentes, on traite seulement au moment de la lune rousse.
Les médicaments employés pour cette administration mono- ou bi-mensuelle sont, d’une part, le Semen-contra en infusion ou en granulé, d’autre part, des produits spécialisés, en général à base de Santonine et Calomel. L'emploi du
Calomel pur est assez rare. Quant au Violet de gentiane dont la pratique est si courante dans le public anglo-saxon, son emploi est pratiquement ignoré dans les milieux populaires lyonnais.
Lorsque l’on consulte les différents ouvrages traitant de la thérapeutique anthelminthique, on se rend compte, par la diversité des méthodes et des médicaments proposés, que la panacée infaillible en ce domaine est loin d’avoir été découverte.
GUIART (12) suppose que les femelles fécondées seules, occupent le rectum. Pour chasser les oxyures séjournant dans l'intestin, il préconise des anthelminthiques habituels :
Santonine, Calomel ou Thymol. Ce dernier médicament en particulier, semble retenir son choix, par son action à la fois antiseptique et anthelminthique, particulièrement utile dans l’appendicite vermineuse.
Pour expulser les femelles siégeant au rectum, GUIART propose des lavements quotidiens, avec un mélange à parties égales de glycérine et d’eau distillée. Par ailleurs, il propose une hygiène rigoureuse de la région anale, comportant notamment des bains de siège et des onctions sédatives du prurit avec de l’onguent napolitain, ou pommade au Calomel. Il recommande également un brossage répété des mains et notamment des ongles, et pour combattre l’autoinfestation, il conseille, éventuellement, l’application de Quassia amara ou de teinture d’Aloès pour rendre désagréable la succion des doigts.
Notre intention n’étant pas de présenter ici un tableau de toutes les thérapeutiques employées jusqu’à ce jour, nous avons choisi pour notre exposé les plus récentes et celles présentant un certain caractère d’originalité. Nous venons de citer GUIART, parce qu’il résume les conceptions classiques en la matière. |
Nous allons considérer maintenant une série de traitements employés soit en France, soit à l'étranger.
Aethone
Ce produit a été employé en France et en Syrie par CHALAMEL et CHAN- TRIOT (13). Il présente l’avantage d’une faible toxicité, ce qui permet une répétition de la médication jusqu’à guérison complète. Les auteurs affirment avoir obtenu des résultats probants dans des cas réfractaires à tous autres traitements.
Ils administrent quotidiennement : 100 gouttes aux enfants, 300 gouttes aux adultes pendant une semaine.
Puis ils recommandent de procéder pendant deux mois à des lavements bi-hebdomadaires, avec absorption, la veille et le jour même du lavement, des
doses habituelles d’aethone.
eos Violet de gentiane
D’après GRADwouL et Koury (14), la découverte des propriétés anthelminthiques du Violet de gentiane constituent un apport crucial dans la thérapeutique des oxyures.
Des travaux effectués par Wuricr BrADY et BozicEvicH (15) auraient démontré que le Violet de gentiane, un des rares anthelminthiques qui puisse être donné sans inconvénients à doses répétées, permet d’obtenir des résultats définitifs. Ces auteurs ont contrôlé leurs résultats par la méthode de la cellophane adhésive que nous avons signalée plus haut, et qu’ils appliquèrent quotidiennement entre le 14€ et le 21° jour, ou entre le 10€ et le 17€ jour, après l’administration de Violet de gentiane. Ils ont choisi ces dates de vérification en se basant sur les expériences de LEUCKART (16), dont la conclusion semble avoir été que les femelles gravides commencent à émigrer vers le rectum entre le 14€ et 31° jour après l’infestation.
WRIGuT et ses collaborateurs ont traité 163 porteurs d’oxyures, 99 enfants de moins de 16 ans et 64 adultes.
Il a obtenu 81,8 % de guérisons contrôlées. Dans 104 cas, il n’y eut aucun trouble. Certains malades cependant furent pris de nausées, de vomissements, de diarrhée, de constipation et de céphalée. Mais aucune réaction sérieuse ne se produisit. Il est vrai que les auteurs s’étaient bien gardés de traiter des cardiaques ou des sujets présentant un syndrome rénal.
Les doses administrées furent de : 0,06 g trois fois par jour avant chaque repas pendant huit jours — une semaine de repos, et répétition de la cure.
Les doses infantiles furent de 0,01 g par jour et par année d’âge apparent.
En France, le Violet de gentiane en capsules glutinisées est administré pendant vingt jours consécutifs, et peut être repris après un intervalle de 15 jours.
Aucune diète spéciale, aucune purgation ni lavement ne sont recommandés. Dans les rares cas d’intolérance, on recommande des interruptions plus fré-. quentes.
Nous rappelons que le Violet de gentiane n’a pas de formule propre, mais qu’il est un mélange dans des proportions variables de Violets de méthyle hexaet penta-méthylés ; c’est ce qui explique une posologie différente en France et aux États-Unis.
Hexylresorcinol L’emploi de ce produit comme anthelmintique a été préconisé par BRowN (17)
en 1937. Cet auteur a recours simultanément à la voie orale et à la voie rectale. L’on administre 1 gramme par jour, bi-hebdomadairement (0,10 par année