I. Substances irritant les tissus
a) provoquant une irritation locale et un afflux de sang : alcools et esters des séries éthylique, butylique et amylique ;
b) substances engendrant une inflammation prolongée et une nécrose des tissus : Acides gras libres, acide valérianique en grande quantité, acide butyrique, acide formique, acide acrylique et acide propionique, ainsi que leurs aldéhydes.
IT. Substances hémolysantes : acide oléique, acide acrylique.
IIT. Substances ayant une action toxique sur les vaisseaux capillaires.
IV. Substances dont l’action s’exerce surtout sur les centres nerveux : corps de la série grasse dont la résorption entraîne des troubles nerveux, céphalées, irritabilité, insomnies par exemple, voire des formes plus graves rappelant des manifestations épileptiques et allant jusqu’au délire et aux hallucinations.
V. Bases toxiques dont l’action se rapprocherait de celle de l’Atropine et de la Cocaïne.
On peut se demander dans quelle mesure les signes cliniques présentés lors d’une ascaridiose dépendent du degré de l’infestation. Rappelons que BruMPT (34) rapporte d’après MANALANG (35) la technique suivante pour calculer le nombre de vers hébergés par un porteur : si un gramme de matières fécales renferme 1 420 œufs, on peut considérer que c’est la ponte d’une seule femelle que l’on a dénombré. On calculera donc le nombre de femelles d’après le nombre d’œufs décomptés et on multipliera par deux (un mâle pour une femelle) pour trouver le nombre total de parasites. Sans nous attarder à souligner que la rigueur scientifique d’une telle méthode reste encore à établir, nous voudrions cependant faire remarquer que la plupart des auteurs s’accordent à déclarer que les dispositions allergiques jouent un rôle important dans les manifestations de l’ascaridiose. Il nous paraît donc puéril de vouloir lier directement le syndrome de l’ascaridiose au nombre de parasites hébergés par un porteur. Dans cette perspective le tableau que nous avons donné plus haut et les commentaires que nous allons en fournir, ne peuvent être considérés que comme un regroupement d’une série d’observations.
Prurit anal
Nous ne noterons que les cas où le prurit pouvait être imputable à des Ascaris, c’est-à-dire lorsqu’après émission de quelques-uns de ces parasites dans les selles, toute démangeaison anale cessait. Ce prurit est beaucoup moins intense que dans l’oxyurose et fréquemment tient beaucoup plus d’une sorte de picotement à caractère fugace, que de l’irritation parfois insupportable que ressentent les porteurs d’oxyures. Il est également beaucoup moins fréquent ; nous n’avons eu à le noter que dans environ 10 % des cas d’Ascaridiose.
MATE Anémie
Bien que l’on admette que l’Ascaris ne se nourrit qu’exceptionnellement de globules rouges, nous avons eu cependant, assez fréquemment, l’occasion de constater chez des enfants parasités des signes évidents d’anémie. Toutefois, celle-ci n’a été contrôlée que dans de rares cas par l’examen hématologique. Dans ces cas bien précis, les sujets avaient été, pour la plupart, soumis à des traitements reconstituants (Extraits hépatiques par voie buccale et par injection, ferrothérapie et même Vitamine B 12). Ces traitements s'étaient avérés inefficaces, alors qu'après quelques semaines de médication helminthifuge, sans aucun adjuvant, le sujet débilité progressait vers la guérison.
Ce symptôme nous a paru le plus apparent, sinon le plus fréquent, vers la fin de l’hiver (février-mars). Nous n’en avons cependant pas fait un dénombrement précis, le contrôle hématologique n’en étant qu’occasionnel.
Asthénie
C’est un peu plus tard, au début du printemps, que les ascaridioses nous ont montré les sujets les plus fatigués ; parfois les adultes sont inaptes à entreprendre quoi que ce soit, ou quand il s’agit d’enfants, ceux-ci sont incapables de toute attention, de toute concentration à l’école et inhabituellement nonchalants au jeu.
Comme dans l’anémie, aucun traitement stimulant opothérapique ou galénique n’avait d'effet durable sur ces troubles, et les porteurs ne réagissaient positivement qu'après avoir été débarrassés de leurs parasites. Cette inaptitude au travail s’accompagnait presque toujours d’une certaine tendance à la somnolence, particulièrement sensible à la fin des repas.
Nous avons enregistré des signes très nets d’asthénie dans 15 %, des ascaridioses dénombrées.
Toux spasmodiques
Nous avons vu fréquemment des porteurs d’Ascaris atteints d’une sorte de toux sèche, sans expectoration et quelquefois durant plusieurs minutes, voire des heures. Ces toux sont suivies quelquefois de l’expulsion d’un parasite; elles s’avèrent rebelles à toutes les médications anti-spasmodique classiques (Codéine, Dionine, etc.) et céderaient plus volontiers à l’application d’un linge chaud ou à l'emploi de l'ail. D’après plusieurs témoignages que nous avons pu recueillir, cette pratique populaire de « collier d’ail » aurait réellement un effet de sédation.
Nous avons pu noter la production de ces troubles au moment les plus divers de l’année et si nous disons que nous les avons remarqués entre autres,
PME
en été, peut-être est-ce bien parce qu’en cette saison, toute toux est insolite. Peut-être aussi les fréquentes désinfections du rhino-pharynx que l’on pratique en automne et en hiver, contribuent-elles à rendre relativement moins fréquents, en cette saison, ces phénomènes.
États convulsivants
Les crises convulsivantes que l’on nous a décrites à l’occasion d’ascaridiose, semblent d’une part se produire moins fréquemment que dans l’oxyurose, mais, d’autre part, présentent un degré beaucoup plus intense que dans celle-ci. Tous les auteurs ne sont pas d’accord pour attribuer ces troubles aux corps de la série grasse émis par l’Ascaris dont nous avons parlé plus haut. Certains pensent que ces symptômes sont causés par des Bactéries intestinales dont le développement serait favorisé par la présence de l’Ascaris dans l'intestin. Ce seraient les toxines émises par ces bactéries et non celles provenant de la décomposition des Ascaris (ascaron, décrit par CHimamuRA et Fucir (36)), qui auraient une action neurotrope.
Quoi qu’il en soit, il nous a semblé que ces phénomènes nerveux se produisent plus fréquemment chez des sujets constipés que chez des porteurs éliminant régulièrement, ce qui nous amène à penser que les toxines émises le sont surtout après la mort de l’Ascaris ; qu’il s’agisse là de l’action d’une toxine contenue dans le liquide cæœlomique, comme le prétend MincazziNNi (1901) (37), ou qu'elle soit plus intimement liée aux tissus, comme le disent MACHEBŒUF et ManpouL (38) (1938), il ne nous appartient pas de le déterminer; ce qu’il nous paraît possible d’affirmer, c’est que ces produits semblent surtout émis par des Ascaris en voie de décomposition.
Ces crises s’accompagnent souvent d’Hypothermie, perte de connaissance, obnubilation, vomissement, émission involontaire d’urines. Après émission d’un ou plusieurs parasites, ils cessent complètement. Ici encore, la médecine populaire a recours au « collier d’ail », voire à l’ingestion d’ail.
On peut se demander également si ces états convulsivants ne sont pas à attribuer à une importante Hypoglycémie, telle celle dont fait état BINET L. et BETOURNÉ C. (57) qui se réfèrent aux travaux d’AGUILÉ A. (58). Cet auteur a signalé des cas d'Hypoglycémie mortels, provoqués par l’Ascaridiose chez de jeunes enfants. Il faut se rappeler, à ce propos, les manifestations du coma insulinique.
Fièvre y Elle peut atteindre 400 et même plus, sans aucun signe précurseur et laisse toujours perplexe l’entourage du fébricitant. Après quelques heures, la température revient à la normale, bien souvent sans qu’il y ait eu administration
d’aucun médicament; cet accès est suivi, en de nombreux cas, d'émission d’un ou plusieurs parasites dans les matières fécales ou par la bouche.
Nous avons eu surtout l’occasion d’enregistrer ce symptôme au printemps et en été, et en certaines occasions sa manifestation avait été considérée comme
une insolation.
Entérite
Elle se manifeste surtout en hiver, à tous moments de la journée. Les médications sédatives comme l’élixir parégorique ou les adsorbants comme le Charbon, s'avèrent inefficaces; la diète bien souvent ne fait que l’exalter et les crises se terminent fréquemment par l’émission de parasites.
Vomissements
Résultant quelquefois de l’action d’un Ascaris engagé dans l’œsophage et cessant après l’émission du parasite, ils sont parfois aussi précédés d’un état nauséeux, avec hoquètement. Ils se produisent surtout au réveil et sont riches en matières biliaires.
Perte de poids et arrêt de croissance
On imagine aisément que la croissance de quatre à mille parasites (comme on l’a signalé exceptionnellement) ne se fait pas sans prélèvement sur l’alimentation de celui qui les héberge, ni même que la production de milliers d’œufs par les femelles de parasites ne peut s’effectuer sans un notable recours aux albuminoïdes destinés à l’organisme de l’hôte parasité.
Le signe clinique qui traduit cette action spoliatrice est chez l’enfant un arrêt de la croissance et chez l’adulte une perte de poids quelquefois très marquée. |
Tout comme dans l’oxyurose, les traitements les plus riches en vitamines et en produits opothérapiques s’avèrent inefficaces. Cependant, la question se complique dans l’ascaridiose, par la fréquence des états nauséeux qui déterminent de véritables dégoûts alimentaires, et dans ces cas, la perte du poids due à l'entretien des parasites n’est pas compensée par une exagération de l'appétit. Ces pertes sont surtout remarquables à la fin de l’été, ou au début de l’automne, à la fin des vacances où, malgré des semaines de repos, le sujet infesté ne peut reprendre le dessus.
NA Tee Urticaire
Il est connu que pour certains sujets, porteurs ou non de parasites, le seul fait de pénétrer dans un laboratoire où l’on dissèque un Ascaris, peut engendrer des manifestations comme la conjonctivite, de l’asthme ou de l’urticaire.
FELLENBERG (39) rapporte qu’une femme avait contracté un urticaire par suite de l’infestation de son enfant par les Ascaris. Pour être peu étudiés, ces phénomènes n’en sont pas moins fréquents et très prononcés. Ils se produisent surtout chez des porteurs qui éliminent peu souvent leurs Ascaris et semblent donc pouvoir être également attribués à des toxines provenant surtout des parasites morts.